Monsieur Gounelle avait rédigé un article dans la revue Évangile et Liberté sur ce que l’on peut dire aujourd’hui du Symbole des apôtres. Est-il vraiment apostolique ? faut-il adhérer au récit mythologique ? J’ai repris sous une forme familière et plus brève, ce que j’en ai retenu d’essentiel.

Nous entendons souvent réciter dans les églises et dans les temples ce que l’on appelle « le Symbole des Apôtres » en commençant par cette introduction : « Dans la communion de l’Église universelle, confessons la foi chrétienne » :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ;                                                                      Je crois en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie ; il a souffert sous Ponce-Pilate ; il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il est ressuscité des morts ; il est monté au ciel ; il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; il viendra de là pour juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit- Saint ; je crois la sainte Église universelle, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. Amen.

Ce texte a-t-il bien été rédigé par les apôtres ? Non bien sûr car il a été écrit bien après leur mort, entre le troisième et le sixième siècle. Mais alors ce texte résume t-il en quelques phrases la prédication des apôtres ? Absolument pas ! En effet il y a des différences importantes entre Matthieu, Paul, Marc ou Luc. Ils n’ont pas la même manière de comprendre la vie chrétienne, l’organisation de l’Église, la fin des temps, et bien d’autres choses encore même s’ils sont d’accord pour affirmer que Dieu se manifeste dans la personne de Jésus-Christ, et que ce dernier apporte le salut. Et ce différences sont  une excellente chose car cela signifie que l’Évangile- la Bonne Nouvelle- s’exprime de diverses façons. La  foi chrétienne se confesse de différentes manières et non pas sous la forme d’une pensée unique et autoritaire. Imposer comme le font certaines églises une formulation unique de la foi chrétienne, c’est trahir, c’est caricaturer l’enseignement des apôtres.

Mais alors ce Symbole dit des apôtres, ne résume t-il pas leur enseignement ? Là encore la réponse est non ! Il ne dit pas un mot du baptême, de la communion, du Royaume de Dieu dont Jésus a pourtant beaucoup parlé. En fait le Symbole des Apôtres se réduit à une liste de croyances. Or Jésus n’a jamais demandé d’adhérer à des croyances. Il a simplement proposé d’avoir une relation vivante avec Dieu, d’avoir confiance en lui, comme on peut avoir confiance en quelqu’un que l’on aime.  La foi est communion,  vie avec Dieu, et non pas  un paquet de doctrines. 

Avant de réciter ce Symbole des Apôtres, on l’introduit en disant : « Dans la communion de Église Universelle, confessons la foi chrétienne ». Or, sans nous en douter,  on dit là une grosse bêtise parce qu’en récitant ce texte, on ne confesse qu’une forme parmi d’autres de la foi chrétienne. Cela signifie que si  par souci œcuménique, à l’occasion d’une rencontre entre catholiques, protestants, orthodoxes, nous croyons affirmer notre unité en récitant d’une même voix ce Symbole des Apôtres, nous nous trompons car il a été l’objet de discordes, de disputes, peut être même de meurtres tant il a suscité de conflits.

Ce texte confond mythe et mythologie. Le mythe exprime sous forme de récits, des expériences spirituelles, des mystères qui ne relèvent pas de connaissances scientifiques, ou d’un savoir soumis à la seule logique. Le mythe ne prétend pas affirmer une vérité d’ordre rationnel, démontrable. Le mythe fait réfléchir, s’efforce de donner du sens. La mythologie est une perversion du mythe quand elle prétend faire du mystère exprimé par le mythe, un savoir que l’on pourrait  mettre sur le même plan que celui des connaissances ordinaires. Un peu comme on raconterait ce que l’on a fait hier ou comme on raconterait la guerre de 14-18. La mythologie exige que l’intelligence que se soumette à l’absurde de la croyance. Le mythe permet  au contraire d’échapper à la superstition.  Si je m’arrête par exemple, sur les récits de Noël, je raconte un mythe avec lequel je tente d’exprimer ce qui pour moi est une manière de dire que Jésus vient de Dieu, qu’il marque le début d’un nouveau monde, une nouvelle façon de donner un sens à la vie. Mais je n’essaie pas de faire croire que les mages ont vu l’étoile qui les guidait s’arrêter au dessus de l’étable où Jésus venait de naître comme l’aurait fait un GPS. Si j’y croyais, je serais passé du mythe à la mythologie. De même si je dis que Jésus est monté au ciel, qu’il s’est assis à la droite de Dieu, qu’il reviendra pour juger les vivants et les morts, je peux faire de la mythologie ou au contraire adhérer au mythe en exprimant d’une façon aujourd’hui maladroite, que j’ai confiance en Dieu car il m’aide à ne pas rester convaincu que la mort et l’absurde triomphent en toutes choses. Monsieur Gounelle termine son exposé en s’étonnant que le Symbole des Apôtres ne dise rien de ce que Jésus a fait pour les petits, pour les malades, pour les rejetés de la société. Il n’y a effectivement pas un mot pour rapporter ce que Jésus a pensé des riches, des chefs religieux de son temps, et nous raconter ses joies car il n’avait pas tout le temps souffert sous Ponce Pilate.

La mythologie la plus étrange du Symbole des apôtres est l’histoire de la descente de Jésus aux enfers. S’agit-il simplement de dire que Jésus est passé par une extrême souffrance ou qu’il est effectivement descendu sous terre dans un lieu  où le diable maintiendrait dans une ardente fournaise tous les renégats ? Est-ce que le mot « chair » désigne la réalité de la personne toute entière, avec son histoire, ses sourires et ses pleurs, ou la seule réalité physiologique ?

Bref ! Il est évident que le Symbole des Apôtres n’est plus une confession de foi pour aujourd’hui ou pour demain. Il est simplement le résultat d’une réflexion menée il y a 1500  ans par des chrétiens qui s’efforçaient de dire quelle était la nature du Christ en utilisant les outils de la philosophie grecque dont ils disposaient à l’époque.

Notes prises par H. L. d’après l’article de Mr Gounelle sur le Symbole des Apôtres