Gilles Castelnau :  La théologie du Process

Le terme de « process » désigne un processus, une avancée. André Gounelle dit un « dynamisme créateur » Les théologiens du Process ne veulent plus ignorer les apports de la science moderne, qu’ils estiment intègrent à leur conception de Dieu et du monde. Ils élaborent une théologie du Dieu créateur, du devenir.


-I-

Un Dieu expliquant le monde

 -1.Regardez autour de vous, nous demandent les théologiens du Process : tout bouge, grandit, se complexifie. Nous assistons sans cesse au renouveau des hommes, des animaux, des plantes, de la nature entière. Tout naît, se développe, puis disparaît pour laisser la place à d’autres mouvements ; beaucoup de possibles se présentent à nous constamment. D’où tout cela vient-il sinon d’un Dieu créateur. Il est plus facile de discerner l’action de Dieu que de la nier. En nous, pas sans nous, plus que nous.

.- 2. Dieu ouvre sans cesse l’avenir, injecte des possibilités nouvelles dans nos pensées et dans le monde. Il ne détermine pas celles qui seront retenues ou refusées : il propose et l’homme ou la nature dispose. Pas « inch Allah » ni « Dieu voulant ».

.- 3. La sortie d’Égypte. Dieu n’a pas créé son peuple à partir de zéro ; il ne le fait jamais : il l’a pris là où il en était et l’a fait passer d’un avant à un après par un acte de création, qui laissait place ensuite, bien entendu à de nouvelles séries d’actes créateurs. Dieu propose, influence, tient compte des résultats qui en adviennent pour modifier son action : C’est la joie qu’il veut en ce monde et il agit et ouvre des possibilités jusqu’à ce qu’il y arrive.

.- 4. Dieu a son idée : il tente d’influencer le projet par persuasion et non par contrainte ou par force. Il souhaite qu’on s’épanouisse, que le monde s’harmonise. L’évolution du monde, son « process », concerne Dieu : il n’est pas le « tout autre », immobile et impassible ; il est « Emmanuel », Dieu au milieu de nous.

.-5. D’autres puissances que celle de Dieu sont à l’œuvre dans le monde, concurrencent et s’opposent à la sienne. Notre prière est justement une de ces forces et, loin de s’opposer à la volonté de Dieu elle fait au contraire partie dans son plan divin. Un Dieu créateur

.-6. Non pas un créateur siégeant à l’extérieur du monde, à l’extérieur de nous-mêmes. Il n’est pas un super empereur regardant toutes choses de là-haut et dont nous, misérables vermisseaux, essaierions d’obtenir parfois de lui quelque faveur ! Dieu n’est pas « ailleurs », il n’est pas « au ciel », il n’est pas « tout autre », il est le dynamisme intérieur aux hommes et au monde.

.- 7. Il est aussi le Dieu des animaux, des plantes, et peut-être des minéraux.

.8- . Il est présent dans la vie de notre monde, il en est le moteur, l’âme, il en est l’élan. Il est aussi indispensable à la vie du monde que le moteur à la vie d’une voiture. Il participe à tout ce qui se passe, à toutes les réalités auxquelles nous avons à faire et d’abord à nous-mêmes. Il surgit en tout ce qui bouge : rien n’échappe à son action de même que rien n’échappe à l’air qui nous baigne.

.- 9. Il ne faut pas le chercher dans des « miracles », dans l’extraordinaire et le surnaturel, modifiant le cours des événements de l’extérieur. On le rencontre dans le quotidien, l’habituel, le normal. Tout vient de lui, toute vie est par lui. Rien n’est plus normal que de croire en lui. Le flot de la vie.

.- 10. Dès que nous constatons autour de nous une transformation, un processus, « Process » de vie, c’est Dieu qui lui donne son élan. S’il n’y avait pas de Dieu donnant la vie, tout serait mort, rien ne bougerait, tout se décomposerait misérablement. Dieu fait, sans cesse, avancer les choses ; puis, lorsqu’elles ont atteint leur résultat, leur « joie », un autre événement prend la suite du précédent. Le monde est un immense flot incessant de milliards d’événements en devenir permanent, dont chacun est une mini création originale de Dieu.

.- 11. Ainsi la sortie d’Égypte se compose bien d’un avant (la souffrance en Égypte), d’un après (la vie libre au désert puis en Canaan) et d’un pendant qui est l’acte créateur proprement dit. Arrivé au désert, le peuple souffrait de la faim et de la soif et nouvel acte créateur de Dieu lui a redonné son élan et ainsi de suite. Ce peuple sortant d’Égypte était composé, dit le récit de l’Exode, de 600 000 personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, dont chacun avait son individualité, ses joies, ses peines, se problèmes, ses espérances ; les vieillards avaient leurs rhumatismes, les adolescents leurs amours. Et Dieu ne se détournait d’aucun d’eux, mais renouvelait chacun d’étape en étape, de mini création en mini création.
De plus chacun de ces individus était lui-même composé d’une quantité d’éléments physiques, moraux, spirituels, vivant, se développant, se transformant : digestion, circulation sanguine, pensées... Si tout fonctionne si bien dans chacune de ces merveilles que sont les corps humains (et animaux !) c’est que Dieu les crée et les recrée sans cesse.

II

L’histoire n’est pas écrite d’avance, Dieu agit en douceur

.- 12. Dieu est plus féminin que masculin. La femme, dit-on, est plus souple que l’homme : elle accepte, discute, tolère, sourit, pousse doucement, attire par séduction. Dieu a de la tendresse.
Il ne faut pas dire qu’il est SEIGNEUR et MAITRE.

.- 13. Dieu ne connaît pas l’avenir  ; il n’est pas omniscient, omniprésent, omnipotent. L’histoire n’est pas écrite d’avance ; Dieu connaît le présent qu’il est en train de promouvoir, mais l’avenir dépend de ce que les hommes en feront. Le moteur d’une voiture ne sait pas où va la voiture avec l’élan qu’il lui communique. (Dieu n’organisera pas de « fin du monde »).

.- 14. Dieu oriente et donne l’élan, donne l’espérance comme Jésus le disait : « va », « lève-toi et marche ». Mais si la réponse est négative, Dieu persévère et sans jamais renoncer, donne toujours d’autres possibilités.
Dieu donne la vie aux plantes ; mais si un rocher écrase la plante, Dieu lui permet de s’adapter et de trouver son chemin vers la lumière ; si on ôte le rocher, elle changera à nouveau le sens de sa croissance. Il en est de même avec les hommes et les civilisations.

.- 15. Dieu a fait alliance avec le peuple hébreu ; mais si le peuple ne saisit pas cet élan d’amour et d’espérance, Dieu fera subsister « un reste » Ésaie 10. 21 et si le « reste » lui-même est décevant, Dieu trouvera une jeune fille de Nazareth pour un nouveau commencement de son histoire de vie. Si la jeune Marie avait répondu : « je ne suis pas la servante du Seigneur, qu’il ne me soit pas fait selon ta Parole », Dieu ne se serait pas découragé, il n’aurait pas abandonné dessein et aurait trouvé autre chose, quelqu’un d’autre, ailleurs, car jamais son dynamisme créateur ne s’épuise.

III

Panthéisme ou théisme

.- 16. Dans le panthéisme (Dieu est tout). Cette conception de Dieu est celle des religions africaines, de l’hindouisme, des mystiques chrétiens ou musulmans. On découvre au fond de soi une réalité profonde qui est présente aussi chez les autres, qui est le fondement de l’univers entier. « Dieu » qui est tout. Dieu est immobile. Il n’y a rien à attendre de nouveau. Tout est déjà là. On recherche seulement la fusion avec Dieu, avec l’Esprit du monde. Le théisme dit que Dieu est face à nous comme un Seigneur, comme un père ; il est un Autre. Le monde vit et Dieu le regarde comme un homme regarde et cultive son jardin, avec soin et bienveillance ou colère et menace : face à lui. Problème dit de la « théodicée », c’est-à-dire de la « justice de Dieu » : comment un Dieu bon et tout-puissant laisse-t-il le mal exister ? Le pan-en-théisme (tout est en Dieu) est la troisième voie proposée par les théologies du Process. Elle participe à la fois du théisme et du panthéisme : elle ajoute au panthéisme l’idée que Dieu garde une liberté, une volonté. Le théisme classique incline à la soumission, au conformisme, à conserver ce que Dieu a fait et dit dans le passé Le Process incline à l’optimisme, à l’inventivité et à la créativité. La fidélité du théologien du Process est dans son ouverture et sa participation à la volonté de Dieu d’un monde toujours meilleur que le fidèle va s’efforcer d’imaginer et de mettre en œuvre en s’enracinant dans le dynamisme créateur qu’il reçoit de Dieu.

.- 17. Teilhard de Chardin voyait toutes choses converger vers un état idéal parfait, qu’il nommait le point Oméga. Pour les théologiens du Process, Dieu ne connaît pas l’avenir, n’en est pas maître, et tout ne va pas forcément vers la réussite.

.- 18. Vendredi-saint. Le monde a le pouvoir de s’opposer à la volonté de Dieu. Les hommes ont montré jusqu’où va leur capacité de refus en tuant Jésus-Christ, l’envoyé de Dieu. Le Fils unique, celui qui incarnait sa volonté, concrétisait son appel. Dieu souffre dans son amour.

.- 19. La liturgie fait prendre conscience de l’orientation et de l’élan que Dieu fait monter en nous. Nous y sommes rendus attentifs et encouragés par les chants, la prédication, la prière. Le culte dirige notre attention vers la Présence de Dieu. Sa Parole nous y atteint. Il est vrai que tout le monde reçoit la chaleur du soleil, c’est pourtant ceux qui se font systématiquement bronzer qui en profitent le mieux. Ainsi en est-il de l’exercice de la piété. Attention : quelle conception de Dieu est suggérée par la liturgie ? Ne pas le nommer « Seigneur ». Dieu n’est pas un souverain féodal ? Un sacrifice centré sur l’idée de culpabilité ? À qui est offert ce sacrifice du Christ ? Pas de prière demandant à Dieu d’intervenir alors qu’il est intervention permanente.

 

IV

Le chef d’orchestre

.- 20. Plutôt qu’à un souverain, dit le professeur André Gounelle, il faut comparer Dieu à un chef d’orchestre qui propose la partition aux musiciens ; partition de vie et de joie. Il distribue des partitions plus simples ou plus riches selon les moyens de chacun. Il encourage, dynamise les musiciens et suivant leur jeu peut modifier leur partition. Il souffre des fausses notes et de la mauvaise qualité de certains musiciens. L’orchestre n’atteint jamais la perfection. Il y a un premier violon, Jésus-Christ, dont le rôle dans l’orchestre est primordial. Il ressent la joie de la réussite des musiciens : Dieu est un Dieu de joie.

Le mal

.- 21. L’image de l’orchestre dont Dieu conserve la direction sans se laisser décourager par les résultats médiocres des musiciens suggère que Dieu n’est pas impassible, mais qu’il souffre des fausses notes, du mal.

.- 22. Il ne se contente pas de réprouver le mal, de le regretter. Il propose toujours à nouveau une autre « partition » à celui qui ne peut pas ou n’a pas voulu suivre le mouvement de l’harmonie générale.
Le mal n’est pas éthique, mais dysharmonie.

.- 23. Il ne punit pas, il ne détruit rien, il n’annule rien, mais il reprend et transfigure tout. Il invente toujours une nouvelle solution positive et créatrice et efface à sa manière les résultats destructeurs des actions contre nature des hommes, des bêtes, de la nature. Il est une force active qui se combine ou se heurte avec d’autres forces actives.

.- 24. Ainsi la résurrection de Jésus-Christ est-elle la réplique, la réponse de Dieu à l’horreur de la croix. Affirmer sa « toute-puissance » signifie que l’on peut compter sur lui pour ne jamais être véritablement vaincu, mais être toujours capable de faire renaître la lumière à travers les ténèbres, le sourire après les larmes et faire jaillir la vie de la mort.

Supplément

 - La pensée populaire catholique et évangélique identifie facilement Jésus à Dieu marchant sur la terre et surnaturel. Les théologiens du Process ne parlent pas ainsi

 - Les théologies de la libération, un certain christianisme politique ou social se centre avant tout sur un engagement concret dans le monde. Un certain christianisme politique ou social se centre avant tout sur un engagement dans le monde. Les théologiens du Process ne parlent pas ainsi

 - Le piétisme met l’accent sur la vie spirituelle, centre la spiritualité sur la vie de prière et l’action de Dieu dans les cœurs. Les théologiens du Process ne parlent pas ainsi.

 Une certaine pensée traditionnelle met l’accent sur le Dieu juste qui nous voit pécheurs, sur la repentance, et le sentiment de culpabilité. Les théologiens du Process ne parlent pas ainsi.

Pas de trinité - pas de creatio ex nihilo - pas d’incarnation de Jésus-Christ ni de sacrifice expiatoire - pas de révélation Le mal, le tout-puissant « Pourquoi Dieu m’a-t-il pris mon enfant ? » « Pourquoi a-t-il permis sa mort ? ». Les théologiens du Process enseignent que Dieu œuvre toujours et en toutes circonstances pour le bien et qu’il n’est pas le seul maître de ce qui survient. Ce n’est pas lui qui est responsable de la mort d’un enfant ; bien au contraire, nous croyons que Dieu a tout fait pour le sauver et qu’il souffre avec nous de notre malheur.

L’éthique. L’homosexualité.

Dieu désire le bonheur des hommes, plutôt que défendre des lois. Il souhaite le bonheur des homosexuels ce qui n’implique certainement pas pour eux un mariage hétérosexuel ou l’abstinence d’une vie entière, ni non plus d’ailleurs, une vie dissolue et débauchée. Dieu appelle les homosexuels à une vie régulière avec un partenaire fidèle.