L’hétéronomie est l’utilisation d’un vocabulaire utilisé dans l’antiquité et au moyen âge pour annoncer l’évangile. Cette langue faisait appel au surnaturel pour exprimer d’indéniables vérités spirituelles. Retrouver la saveur de ces vérités en utilisant le vocabulaire de la modernité est un défi à relever. Cela exige de laisser de côté les affabulations.

 Tout le langage construit par le christianisme pendant 2 000 ans s’est transformé en une langue étrangère à partir du XXe siècle. La raison en est qu’au XVe siècle une révolution copernicienne s’est produite. « L’humanisme dit Lenaers, provoqua l’émergence au siècle suivant des sciences modernes, qui en quelque 300 ans changèrent la face de la terre ». Les mots ont perdu leur ancien contenu et ont acquis une nouvelle signification. L’image que l’on se faisait de Dieu était inspirée par exemple par l’image du roi d’alors, Tout-Puissant, au dessus des lois. S’il existe encore aujourd’hui des rois, ils ne suscitent plus ces sentiments aux concitoyens qu’ils côtoient. Ce changement du sens des mots a mis du temps pour s’inscrire dans la modernité. Pourtant bien des gens pensent encore comme on pensait au Moyen-âge. La plus grande partie des prêtres et des pasteurs parlent encore aujourd’hui en donnant aux mots le sens qu’ils avaient autrefois. Ils parlent aux fidèles cette langue du passé. Bien entendu, ils sentent pour la plupart que cela n’a plus guère de sens aujourd’hui. Mais par routine, ou plutôt pour ne pas affoler leurs auditoires, ils persévèrent.

Parler d’un Dieu tout-puissant capable d’intervenir dans le monde en mettant au défi les lois de la physique ne peut plus convaincre grand monde aujourd’hui. Prêtres ou pasteurs parlent aussi du Fils de Dieu qui, il y a 2000 ans, serait descendu du ciel, puis après sa mort, serait ressuscité et serait remonté au ciel 40 jours plus tard, en attendant de revenir un jour juger les vivants et les morts. Ils n’ont pas renoncé au monde « d’en haut ». Ils souhaitent que les fidèles gardent au cœur et en tête la vision chrétienne du passé, qu’ils aient toujours la conviction que notre univers dépend totalement d’un autre univers et fassent de temps à autre appel au surnaturel. Exactement comme si notre monde était dirigé par un Dieu omniscient, tout-puissant, résidant "là-haut" dans les cieux. Les chrétiens doivent alors rester habités par l’espérance que les puissances célestes vont répondre avec bienveillance à leurs prières, à leurs supplications. N’est-ce pas la vérité puisque la Bible le dit ? Mais pourquoi ignorer que les auteurs des textes sacrés du passé s’exprimaient dans une culture et un environnement très différent du nôtre pour dire des vérités pourtant toujours à redécouvrir.

 Cet univers pré moderne d’autrefois, se définit comme univers hétéronome parce que dans cette perspective, notre monde est complètement dépendant de cet autre monde, de « ce monde d’en haut ». L’ennui est que plus personne aujourd’hui n’adhère intellectuellement à cette vision hétéronome. Et, fatigués de faire semblant d’y croire pour ne pas peiner leurs prêtres ou leurs pasteurs, les fidèles quittent les temples et les églises. La langue que prêtres ou pasteurs leur parlent ne correspond plus à grand-chose pour eux. Le travail commencé par quelques humanistes au XVe , poursuivi au XVIe siècle, a en effet fissuré l’unanimité avec laquelle on acceptait l’existence de cet autre monde. Descartes lui-même, et maints humanistes, hommes de science de son époque, adhéraient encore à une vision hétéronome. Mais peu à peu, au fil des siècles, « il ne resta plus aucun recoin où l’hétéronomie aurait pu se réfugier. La baguette qui dirige le ballet des planètes et des astres ne se trouve pas hors de ce monde : le cosmos suit sa propre mélodie, obéit à ses propres lois, est autonome. Un nouvel axiome, opposé à celui de l’hétéronomie, faisait son entrée et éliminait peu à peu l’ancien ». [1]

 Retrouver la langue de la modernité pour dire notre foi dont les fondements sont toujours ceux des Écritures est possible. Cela demande bien entendu un petit effort. En effet, il va falloir mettre au rebut un catéchisme complètement dépassé, et cela heurte nos habitudes. Il va également être nécessaire de retranscrire les vérités contenues dans ces textes parfois mythologiques, pour en retirer la vérité contenue sans s’arrêter aux images et aux mots utilisés par leurs auteurs. Ces derniers vivaient dans une culture et un environnement totalement différents du nôtre. Leur univers n’hésitait pas à faire appel au surnaturel pour exprimer la vérité de leurs expériences spirituelles. Garder le suc, l’essentiel de leur vécu et l’exprimer avec le vocabulaire de la modernité, c’est la seule façon de restituer le message d’amour de l’évangile pour qu’il soit compris et entendu aujourd’hui .

H.Lehnebach

 

 

L’Hétéronomie

L’hétéronomie est l’utilisation d’un vocabulaire utilisé dans l’antiquité et au moyen âge pour annoncer l’évangile. Cette langue faisait appel au surnaturel pour exprimer d’indéniables vérités spirituelles. Retrouver la saveur de ces vérités en utilisant le vocabulaire de la modernité est un défi à relever. Cela exige de laisser de côté les affabulations.

 Tout le langage construit par le christianisme pendant 2 000 ans s’est transformé en une langue étrangère à partir du XXe siècle. La raison en est qu’au XVe siècle une révolution copernicienne s’est produite. « L’humanisme dit Lenaers, provoqua l’émergence au siècle suivant des sciences modernes, qui en quelque 300 ans changèrent la face de la terre ». Les mots ont perdu leur ancien contenu et ont acquis une nouvelle signification. L’image que l’on se faisait de Dieu était inspirée par exemple par l’image du roi d’alors, Tout-Puissant, au dessus des lois. S’il existe encore aujourd’hui des rois, ils ne suscitent plus ces sentiments aux concitoyens qu’ils côtoient. Ce changement du sens des mots a mis du temps pour s’inscrire dans la modernité. Pourtant bien des gens pensent encore comme on pensait au Moyen-âge. La plus grande partie des prêtres et des pasteurs parlent encore aujourd’hui en donnant aux mots le sens qu’ils avaient autrefois. Ils parlent aux fidèles cette langue du passé. Bien entendu, ils sentent pour la plupart que cela n’a plus guère de sens aujourd’hui. Mais par routine, ou plutôt pour ne pas affoler leurs auditoires, ils persévèrent.

Parler d’un Dieu tout-puissant capable d’intervenir dans le monde en mettant au défi les lois de la physique ne peut plus convaincre grand monde aujourd’hui. Prêtres ou pasteurs parlent aussi du Fils de Dieu qui, il y a 2000 ans, serait descendu du ciel, puis après sa mort, serait ressuscité et serait remonté au ciel 40 jours plus tard, en attendant de revenir un jour juger les vivants et les morts. Ils n’ont pas renoncé au monde « d’en haut ». Ils souhaitent que les fidèles gardent au cœur et en tête la vision chrétienne du passé, qu’ils aient toujours la conviction que notre univers dépend totalement d’un autre univers et fassent de temps à autre appel au surnaturel. Exactement comme si notre monde était dirigé par un Dieu omniscient, tout-puissant, résidant "là-haut" dans les cieux. Les chrétiens doivent alors rester habités par l’espérance que les puissances célestes vont répondre avec bienveillance à leurs prières, à leurs supplications. N’est-ce pas la vérité puisque la Bible le dit ? Mais pourquoi ignorer que les auteurs des textes sacrés du passé s’exprimaient dans une culture et un environnement très différent du nôtre pour dire des vérités pourtant toujours à redécouvrir.

 Cet univers pré moderne d’autrefois, se définit comme univers hétéronome parce que dans cette perspective, notre monde est complètement dépendant de cet autre monde, de « ce monde d’en haut ». L’ennui est que plus personne aujourd’hui n’adhère intellectuellement à cette vision hétéronome. Et, fatigués de faire semblant d’y croire pour ne pas peiner leurs prêtres ou leurs pasteurs, les fidèles quittent les temples et les églises. La langue que prêtres ou pasteurs leur parlent ne correspond plus à grand-chose pour eux. Le travail commencé par quelques humanistes au XVe , poursuivi au XVIe siècle, a en effet fissuré l’unanimité avec laquelle on acceptait l’existence de cet autre monde. Descartes lui-même, et maints humanistes, hommes de science de son époque, adhéraient encore à une vision hétéronome. Mais peu à peu, au fil des siècles, « il ne resta plus aucun recoin où l’hétéronomie aurait pu se réfugier. La baguette qui dirige le ballet des planètes et des astres ne se trouve pas hors de ce monde : le cosmos suit sa propre mélodie, obéit à ses propres lois, est autonome. Un nouvel axiome, opposé à celui de l’hétéronomie, faisait son entrée et éliminait peu à peu l’ancien ». [1]

 Retrouver la langue de la modernité pour dire notre foi dont les fondements sont toujours ceux des Écritures est possible. Cela demande bien entendu un petit effort. En effet, il va falloir mettre au rebut un catéchisme complètement dépassé, et cela heurte nos habitudes. Il va également être nécessaire de retranscrire les vérités contenues dans ces textes parfois mythologiques, pour en retirer la vérité contenue sans s’arrêter aux images et aux mots utilisés par leurs auteurs. Ces derniers vivaient dans une culture et un environnement totalement différents du nôtre. Leur univers n’hésitait pas à faire appel au surnaturel pour exprimer la vérité de leurs expériences spirituelles. Garder le suc, l’essentiel de leur vécu et l’exprimer avec le vocabulaire de la modernité, c’est la seule façon de restituer le message d’amour de l’évangile pour qu’il soit compris et entendu aujourd’hui .

H.Lehnebach