De quel Dieu parle-t-on ? Et si ce n’était pas Dieu qui avait créé l’univers ? C’est ce que pensent la plupart des théologiens. En fait l’idée de Dieu peut très bien s’accorder avec les avancées de la science.

 Quand on dit : « Dieu n’existe pas, car s’il existait il n’y aurait pas autant de mal sur terre ! », de quelle sorte de Dieu parle-t on ? D’un Dieu tout puissant, capable de faire des miracles, des choses surnaturelles ? Magiques ? Un Dieu qui aurait même créé le monde avec tout ce qui s’y trouve ? Alors je pense que ce Dieu-là n’existe pas.

 Voici par contre une idée originale d’un Dieu possible : Dieu en fait aurait pu avoir créé notre monde à partir d’un pré-univers, d’un univers, d’un chaos qui était déjà là. Et Dieu sauverait notre monde de ce tohu-bohu. Les rédacteurs de la Bible en ont eu eux même l’intuition. La preuve ? Elle est contenue dans le premier verset de la Bible qui commence par ces mots : « La terre était informe et vide (était tohu-bohu ), l’esprit de Dieu planait au dessus des eaux ». Il y avait donc déjà quelque chose de créé. Par qui ? On ne sait. Mais c’était déjà là. Alors Dieu a peut-être fait ce qu’il a pu de ce chaos pour le sauver. Dieu serait à l’image du potier qui crée une amphore en « la sauvant », en l’extirpant de la glaise qu’il travaille. Maintenant il peut y avoir des loupés, des ratés dans la terre que le potier façonne. Il n’y est pour rien si à la cuisson, un grumeau de l’amphore vole en éclat et provoque un défaut.

- Une autre idée originale : Et si Dieu était « l’auteur » de l’existence de ce monde sans pour autant en être le « créateur » à proprement parler ? Prenons l’image de la neige qui fait apparaître le sol lorsqu’elle fond. Ou l’image de la mer qui se retire à marée basse. Au début la planète Terre était entièrement recouverte par l’océan. Puis l’océan s’est rétréci. Il a diminué de volume. Et les continents sont apparus. Mais on ne peut pas dire que la mer a créé les continents. Elle ne fait pas exister les continents en les créant. Elle les fait exister en se retirant. Dieu a peut-être tout simplement adopté le monde sans l’avoir créé. En se retirant ? Il veille alors simplement sur le monde en lui manifestant de l’amour.

- Mais je penche plutôt vers une nouvelle vision des choses : Les enseignements de la physique quantique nous proposent une compréhension générale du réel telle que Dieu et le monde puissent être pensés ensemble, dans leurs interactions créatrices et réciproques. Pour ces scientifiques, le réel n’est pas composé d’entités statiques et indépendantes les unes des autres, mais se caractérise par un flux constant de transformations et d’interdépendances. La réalité est dynamique, changeante, en « process ». La création n’est donc pas définitive et achevée, mais évolutive et ouverte sur l’avenir. De même, la personne humaine, comme tout ce qui compose le réel, n’est pas définie une fois pour toutes. Elle reste en constant devenir. Il est donc maintenant possible de penser Dieu en accord avec ces données scientifiques.

- Si je résumais, je dirais en citant le pasteur Castelnau… « Dieu se trouve… au cœur du monde comme « le levain qu’une femme a enfoui dans la pâte pour la faire lever » (Matthieu 13.33) Il ouvre sans cesse l’avenir, introduisant des possibilités nouvelles dans nos pensées et dans le monde : mais il ne détermine pas de manière autoritaire celles qui seront acceptées ou refusées par les hommes. Il propose, appelle, influence, enthousiasme ; les humains sont libres d’accepter ou de refuser. Il tient compte des résultats qui en adviennent pour modifier son action. Il est créateur, non seulement au-dedans de nous les hommes, mais aussi des animaux, des plantes et peut-être aussi des minéraux ; Il est indispensable à la vie du monde ; il participe à tout ce qui se passe, à toutes les réalités auxquelles nous avons affaire et d’abord à nous-mêmes. Il agit en tout ce qui bouge ; rien n’échappe à son action de même que rien n’échappe aux rayons du soleil et à l’air qui nous baigne. À moi de répondre positivement à ce qu’Il propose. Dans ce cas je participerai à la création continue du monde en devenir ».

- Une dernière image pour parler de la transcendance : Lorsque je suis « tombé » amoureux de ma femme,…j’ai bel et bien été séduit par un être extérieur à moi, par une personne qui m’échappait (car on ne peut jamais véritablement connaître l’autre), d’autant plus que j’étais dépendant d’elle. Il y a donc bien, en ce sens transcendance. Mais il n’en est pas moins clair que cette transcendance de l’autre, c’est en moi que je la ressens. Bien plus, elle se situe, si l’on peut dire, dans ce qui est le plus intime au sein de ma personne, dans ce qui se trouve dans le plus intime, dans la sphère du « cœur » comme on dit si bien. On ne saurait trouver plus belle image de l’immanence que cette image du cœur. C’est ce dernier qui est par excellence, tout à la fois le lieu de la transcendance, de l’amour de l’autre comme irréductible à soi, et de l’immanence du sentiment amoureux à ce que ma personne a de plus intérieur. Transcendance dans l’immanence donc. De la même façon, Dieu est en nous comme nous sommes en Dieu. C’est une réalité, une dimension qui se cultive se travaille pour l’épanouissement de notre être.

H. Lehnebach qui n’a pas trouvé tout cela tout seul, mais après avoir braconné dans les écrits de Cobb, Houziaux, Castelnau et d’autres encore.