L’existence de Jésus en question:

 

Nombreux sont les auteurs qui contestent avec parfois beaucoup de violence, l’existence historique de Jésus. Le livre de Luigi Cascioli « la fable du Christ » en est un exemple. En fait il y a des traces historiques de son passage ici bas suffisantes pour ne pas mettre en doute sa réelle existence. Ce dont on peut douter, c’est de la vérité historique des évangiles qui raconte ses faits et gestes. La rédaction du premier des évangiles faite par Marc date de l’an 70 environ. C’est-à-dire 40 ans après la mise à mort de Jésus. Marc a utilisé des documents qu’il avait pu trouver et des récits qu’il avait entendu des premiers témoins. C’est dire qu’il ne s’agit pas du tout d’un compte rendu objectif, scientifiquement établi comme le ferait un historien aujourd’hui. Et il est pour moi évident qu’entre le Jésus historique et le Jésus objet de foi dans les églises, il y a une grande différence.

La vie de Jésus a été comprise, interprétée par les chrétiens dès le début de l’église primitive d’une telle manière que cela ne correspondait plus au Jésus historique. Et c’est tout à fait normal. Quand quelqu’un vous raconte comment était son père ou sa mère, il raconte l’idée qu’il s’en est faite. Trois frères et sœurs qui racontent un événement qu’ils ont vécu ensemble et dont ils ont gardé le souvenir, en rapporte chacun sa version. Cela n’a que peu à voir avec la réalité strictement historique. C’est la vérité de celui qui raconte, qui se raconte lui-même en parlant de ses parents. Celui qui écoute le récit rapporté par ces enfants, va faire la part des choses. Il va trier entre ce qui lui semble probable et la part d’invention à cause de l’émotion ressentie. Et l’auditeur pourra arriver à se faire une idée assez exacte de ce que le père ou la mère de ces trois enfants représentait pour chacun d’eux. Il retiendra surtout l’émotion, le vécu de celui qui rapporte les faits. Il sera ensuite très prudent avant d’oser dire que le père ou la mère dont on a parlé ont effectivement dit ceci ou fait cela. Quand on lit les évangiles, il en est de même. Les quatre évangiles racontent chacun à leur manière leur vision de la rencontre qu’ils ont faite directement ou non avec la personne de Jésus. Nous, à notre tour, essayons simplement de comprendre, de partager ce que les disciples de ce Jésus avaient compris, vécu et partagé avec Jésus sans être vraiment certain que les choses se sont effectivement passées comme ils l’ont raconté. C’est l’expérience spirituelle vécue qui nous importe.

L’échec historique de Jésus

Jésus a en fait eu peu d’audience de son vivant. Le nombre de ses disciples était restreint. L’on sait qu’à côté des 12 apôtres, il y avait environ 70 disciples qui le suivaient occasionnellement. Dans l’évangile de Luc on apprend même que des femmes faisaient aussi partie des « fans » comme on dirait aujourd’hui. Certaines étaient épouses de notables et participaient financièrement aux dépenses. On note que lorsque Jésus fut mis à mort, ses disciples l’ont abandonné. Certes ! Il a eu des auditoires importants. Mais la foule est versatile et lorsque Jésus va être crucifié, la foule qui l’acclamait à l’occasion de son entrée à Jérusalem l’abandonnera deux jours plus tard.

La prédication de Jésus était axée sur la venue du royaume de Dieu qui, à ses dires, était imminente ; Et voici que ce royaume n’est pas venu. Il s’est donc clairement trompé. Cela à interpellé l’église primitive qui 15 ou 20 ans plus tard se demandait pourquoi le royaume n’était pas encore arrivé. Enfin il a été mis à mort pour deux motifs : l’un pour blasphème aux yeux des Juifs, l’autre pour complot contre l’empire romain. Aux Juifs qui avaient le pouvoir religieux, il disait que croire qu’il suffit d’obéir à la loi pour avoir le salut est une erreur, car seule la loi de l’amour compte. Il ajoutait que le salut n’était pas réservé aux seuls Juifs, mais au monde entier, et en particulier aux exclus comme les malades et les prostituées. Cela ne leur plaisait pas du tout. Pour eux c’était un blasphème, car ils pensaient que pour être sauvé par Dieu, il fallait être Juif et obéir de façon stricte à la loi. Quant aux Romains qui occupaient le pays, ils n’appréciaient guère qu’un homme qui enthousiasmait les foules annonce qu’un jour viendrait où le royaume de Dieu remplacerait celui de César. Il n’est donc pas étonnant que Jiifs et Romains s’entendirent pour trouver une raison de la mettre à mort.

Sa réussite

Le succès de la prédication de Jésus s’est malgré tout avéré extraordinaire. Son message s’inscrivait dans un contexte « porteur ». En effet il y avait à l’époque dans le pays d’Israël, un climat d’attente d’un messie, c’est-à-dire d’un sauveur. Le peuple était enclin à donner prise à tout message d’espérance qui annonçait une réforme du judaïsme. Il faut dire que la vie était extrêmement dure. L’insécurité sur les routes était totale. Le peuple n’attendait plus rien des prêtres. Le culte sacrificiel du Temple était déconsidéré à cause de la corruption des prêtres et à cause de leur compromission avec le pouvoir romain. Les « messies » protestataires, les révolutionnaires de l’époque, étaient assez nombreux. La plupart du temps, ils étaient condamnés comme personnages subversifs par les Romains qui occupaient le pays. Il y avait des faiseurs de miracles. L’activité de guérisseur de Jésus n’était donc pas du tout exceptionnelle. À l’époque, cela ajoutait à son crédit populaire.

 Son message

Jésus ne se positionne pas comme un ascète. Il prêche un Dieu de grâce qui fait lever son soleil sur les justes et sur les injustes (Mt. 5, 45). Il a une égalité de traitement pour les Juifs et les non-juifs comme les Samaritains, (Lc. 17, 11-19 ). Il a de la compassion pour les femmes ( Lc 8, 32 ), les enfants (Mc. 10, 13-16 ). Il se laisse approcher par les malades, les pauvres, les réprouvés, les femmes de mauvaise vie. Ce sont là des signes du royaume qu’il annonce. Cette prédication est à contre-courant. Elle sera reprise plus tard par ses disciples qui se feront bénévolement prêcheurs itinérants de ce royaume qui vient.

La résurrection

La réussite de Jésus sera totale après que ses disciples aient vécu l’événement de la résurrection. Une fois Jésus crucifié, mis à mort comme un bandit, la déception des disciples était totale. En effet ils avaient tellement cru que Dieu allait intervenir pour installer le Royaume dont Jésus avait parlé, qu’ils étaient désespérés. Et voici qu’ils font l’expérience de la résurrection. Ressusciter peut se traduire par se lever, se mettre debout, se réveiller. À la suite d’expériences spirituelles étonnantes, ils prennent conscience que la présence spirituelle dont Jésus était imprégné est à leurs côtés pour peu qu’ils se lèvent, se mettent eux-mêmes debout, se réveillent, bref ! ressuscitent eux-mêmes. Jésus avait été en communion parfaite avec Dieu. C’est en cela qu’il était envoyé par Dieu, ce qui se traduit par Christ, ou messie. Les disciples furent à leur tour habités d’une manière fusionnelle par cette dimension christique. C’était le Christ qui habitait en eux. Cela a suffi pour révolutionner le monde, c’est-à-dire pour poser les bases du royaume qui vient.

 Il est toujours à l’oeuvre.

Compter sur les Églises pour poursuivre le combat serait une erreur, car elles ont oublié la bonne nouvelle de l’évangile pour s’organiser en religions. Mais cette présence christique est toujours à l’œuvre et se manifeste ici ou là, loin des regards, en prenant des formes et des visages insolites. Des enfants dans un village perdu d’Afrique, assis sur une natte, qui apprennent à lire dans une école misérable, pourront aller à la découverte des paroles du Christ et se mettre à leur debout, prendre conscience de la valeur infinie qu’ils ont aux yeux de Dieu et se mettre en marche. Ils sont une illustration de ce levain au travail envers et contre tous les pouvoirs destructeurs, démoniaques de ce monde. H.L.