La société technicienne s’est installée et fonctionne comme religion séculière. Forte de l’appui du néolibéralisme, elle règne sur l’humanité. Les églises s’en accommodent et en meurent.

 La domestication par la technique

Les technologies sont omniprésentes et ont totalement domestiqué l’esprit humain. L’individu totalement détaché de toute prise sur le réel vit à son insu un changement culturel total. L’homme n’a plus de contact directs avec la nature si ce n’est de façon artificielle comme peut l’illustrer la visite d’un parc municipal réaménagé du tout au tout pour obéir à un a priori esthétique et de confort qui n’a absolument plus rien de naturel. Ainsi le contact avec la nature authentique et naturelle est un luxe à consommer de loin en loin en dose homéopathiques en regardant les émissions télévisuelles de Hulot par exemple. Pour savoir quel temps il fera demain, on ne regarde plus le ciel, mais on écoute le bulletin météo de France Inter ! Les contacts entre personnes transitent par des instruments techniques et deviennent virtuels. Les membres d’une famille communiquent plus par l’intermédiaire du portable, du téléphone, des SMS, que de face à face. L’individu vit dans une bulle aseptisée à l’image des enfants malades dépourvus de toute défense immunitaire. « L’impact technique met en question la totalité du fait famille, et celle-ci cesse d’être une réalité sociologique reliée au corps social pour dépendre avant tout du système technique : elle est devenue « famille dans le milieu technique ».

 Le cancer technicien

Le néolibéralisme a bénéficié de l’aide du système technicien dans lequel vit le monde occidental. La technique est devenue la médiatrice entre l’homme et la nature, entre l’homme et le milieu technicien et entre les hommes eux-mêmes. Le milieu naturel a disparu. Il n’est que de voir comment la ville gagne du terrain sur la nature environnante par l’extension de la banlieue qui grignote sans arrêt sur l’espace naturel. Le système technicien est un ensemble d’éléments en relation les uns avec les autres qui fonctionnent de telle façon que l’évolution de l’un provoque une évolution de l’ensemble et que toute modification de l’ensemble se répercute sur chaque élément. Qui dit système dit interdépendance de toutes les composantes de l’ensemble. Il y a système comme on peut dire que le cancer est système. Il y a un mode d’action similaire dans le système technicien à celle du cancer qui interfère en tous les points de l’organisme. Il y a prolifération d’un tissu nouveau en rapport avec le tissu ancien grâce à une relation entre les métastases. Le cancer est un organisme incapable de vivre par lui même. Il en est de même pour le système technicien. Il ne peut se manifester, exister que dans la mesure où il s’insère dans un corps social. La nature sociale préexiste au système technique et c’est en elle que ce système trouve son insertion, son support, ses possibilités de développement.

 L’hédonisme consumériste, moteur du néolibéralisme

Le niveau de vie s’est élevé de façon considérable depuis un siècle. Nous sommes habitués à un confort sans lequel il nous semblerait impossible de vivre. Le tiers de la population qui vit chichement quand ce n’est pas dans la pauvreté, ressent de façon très frustrante l’impossibilité de bénéficier du confort que représente la possibilité d’offrir un téléphone portable à chacun des enfants, d’avoir la télévision, et même d’être abonné à Canal-plus, sans oublier la voiture indispensable pour aller travailler ! Le cadre de vie idéal est celui qui permet de vivre de plein pied dans la société de consommation. C’est ce que l’on identifie à l’accès au bonheur. Et même si la consommation n’est pas une fin en soi, la possibilité de « se faire plaisir » ensemble par l’achat « délirant » d’un jakousi » par exemple, ou d’une piscine que l’on n’utilisera finalement qu’à titre exceptionnel, sera une compensation à la frustration d’un jeune couple privé du temps passé ensemble, vu leur rythme de travail. Ce pouvoir potentiel de consommer, tel est l’idéal proposé dès le plus jeune âge.

 Effets du sécularisme, nouvelle religion séculière

Le néolibéralisme et la société technicienne ont donné naissance à une quasi religion séculière d’inspiration immanente. Cette religion purement séculière s’oppose à la religion se référant à une transcendance, au christianisme en particulier tout comme à l’hindouisme, à l’Islam. L’acceptation du sécularisme conduit à l’élimination du religieux théiste. Ce sécularisme d’inspiration néolibérale nourri par la technique moderne vide les temples et les églises incapables de répondre à la question du sens telle qu’elle se pose aujourd’hui. La civilisation technicienne et le néolibéralisme ont répondu pendant un certain temps en donnant du sens à la quête de la satisfaction des besoins de l’individu égoïste, en quête d’un bonheur hédoniste. Ce temps prend fin avec la désillusion. Les questions qui se posent actuellement sont celles du sens de l’existence, de la liberté contre l’autoritarisme, de la justice, de l’espérance. Si la religion reste prisonnière de ses dogmes, de ses rites dont les significations sont dépassée, elle tombera de plus en plus en désuétude. Elle sera relayée par une « sainte ignorance » revendiquée par les intégristes évangéliques, catholiques, musulmans, ou hindouistes, car l’angoisse les conduit à se sécuriser en refusant de réfléchir au non sens des vaines certitudes. Pourtant, une demande religieuse demeure. Pourtant face à la désillusion suscitée par la religion séculière encore en place, la réponse de Jésus à la Samaritaine reste aujourd’hui plus que jamais valable : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le père….Mais l’heure vient-et maintenant elle est là- où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». ( Jean 4, 21 et 23).

H. Lehnebach