Présentation de la premiere partie : Paul Keller.

Henri Hatzfel a été pasteur de l’ERF. Il a quitté le pastorat pour devenir professeur de sociologie à la Faculté de Nancy après avoir dirigé l’Institut du Travail à Strasbourg. Il a gardé un excellent souvenir de son ministère pastoral bien que n’ayant plus la foi. Il propose dans cet ouvrage une lecture sociologique de la religion. Cette lecture est athée. Il en est venu à considérer que la religion est née de l’effort accompli par les hommes pour mieux comprendre et mieux diriger leur vie. Mieux on comprend ce qu’est l’activité symbolique des hommes, plus la religion  apparaît comme un phénomène normal. Les hommes ont commencé par communiquer par des rituels qui permettaient de s’exprimer. Ils sont passé ensuite aux mythes grâce auxquels ils ont affronté la réalité. C’était ouvrir la porte à l’imagination pour comprendre le monde d’une façon différente de celle qu’utilise la science.

Les objets symboliques  sont des objets concrets faits par nos devanciers. Ces objets permettent d’exprimer des idées. C’est à la tradition que nous devons tout cet acquis. La pensée n’est pas affaire individuelle car le langage est bien l’affaire de tous. Penser c’est être introduit dans un monde de symboles élaborés par nos devanciers.                                                                                                                     Tout comme la langue, la tradition évolue. C’est l’homme, les hommes vivant ensemble, qui constituent peu à peu l’univers symbolique.

Les rituels :

Les rituels sont le premier mode d’expression. Ils prennent les formes les plus variées. S’il s’agit de rites contemporains, pensons aux rituels des fans dans les matches de foot, à la descente d’avions d’un président par exemple. A l’image des rituels des animaux, nous avons le salut, le sourire, le rire…Autant de rituels qui marquent les relations entre les personnes. L’exemple du rite funéraire est parlant. Il est impossible de laisser le corps du défunt parmi les siens. Le groupe décide donc d’agir avec les gestes conformes à nos représentations de la mort. L’Eglise et les Pompes funèbres y collaborent. L’homme apprend à se respecter dans ses morts et ses vivants. Le monde des rites est soumis à des lois avec un ordre. La pensée intervient par le rite pour assurer l’ordre, et remédier si besoin au désordre. Les rites mettent des forces en scène. Le pouvoir du rituel réside dans les paroles qui font partie du patrimoine du groupe qui dispose de récits, des légendes. Récits et légendes deviennent des mythes intégrés au rituel. Le rituel non seulement dit, mais il agit aussi. Les acteurs se convainquent qu’ils participent à l’action et bénéficient alors de la force attestée par la tradition si on la respecte. La pensée du groupe passe à l’invention de la relation avec les dieux. C’est un moment capital de l’invention de l’homme par lui, même. Le rite est alors l’action envers les dieux, moment capital de l’invention de l’homme par lui-même. Le rite devient une action envers les dieux qui sont donnés par la légende. La légende de la sortie d’Egypte qui se greffe sur un rituel agraire antérieur pour donner le rituel de la pâque juive en est un exemple. Par la suite sur ce rituel se greffera le récit des derniers jours et de la mort de Jésus. On pourra reconnaître dans le récit de la Passion tous les éléments anciens du rituel et de la légende.

L’imagination :

Les légendes apportent non seulement une réflexion sur l’expérience humaine mais aussi la force de l’imagination. La légende donne une information sur les hommes et une information sur les dieux. L’homme ne se découvre lui-même qu’en inventant l’histoire des dieux. A la recherche de ses dieux, c’est finalement lui-même qu’il découvre. Il invente. Les hommes sont à la recherche d’une puissance qui remédie à la précarité de l’existence. Grâce aux rituels  la religion devient un imaginaire institué.

Tradition et imagination

Mauss disait « une religion est un système organisé de notions et de pratiques collectives ayant trait  aux êtres sacrés qu’elle reconnait ». Les dieux en fait ne sont les fruits de l’imagination de personne. Ils sont le fruit d’un travail perpétuel accomplit depuis toujours par tous. L’imagination est contenue dans la tradition. Elle est nécessaire car nous vivons en face de l’inconnu et nous cherchons des réponses. Il s’agit de répondre à ce défi de trouver des réponses à l’inconnu. L’homme imagine donc ce qu’il ne voit pas, ce qu’il ne sait pas. Ces idées fausses ou discutables assurent une unité au groupe grâce à un imaginaire institué. Ainsi les idées des hommes, instituées dans les religions, deviennent des forces.

                La religion n’est pas que croyances. Elle est participation à des forces, à un ordre. Elle est « vie avec » les puissances qu’elle imagine : cérémonies, processions, sacrifices…Religion et société mêlent leur devenir.                                                                                                                                                  Puis se pose la question du destin de l’individu avec la question de son salut. Il ne faut pas oublier qu’a d’abord existé la prise de conscience grâce aux rituels en premier lieu, des lois régissant les choses ici bas et des puissances dont naîtront les dieux. Cette prise de conscience contribuera à l’élaboration d’institutions politiques.  Les religions demeurent dans le droit fil de la tradition la plus ancienne pour cautionner et soutenir un régime politique.  Elle conforte le pouvoir en place.( cf . Kosovo, Iran, Israël …)                                                                                                                                                             Le scientifique qu’est Changeux dit que pour lui, rien n’est inconnaissable. Et pourtant il demeurera toujours une part d’inconnu. Changeux trouvera c’est vrai, réponses aux questions qu’il se pose dans son laboratoire sur un plan technique. Mais il ne répond pas à la question du sens. Qui suis-je ? Que sais-je ? Où allons-nous ? Comment consoler ? L’imaginaire crée bien le monde auquel l’homme peut s’adosser. Il offre un lieu de méditation sur l’homme lui-même, sur son destin. Ce travail avec les dieux donne des lois, des règles morales indispensables car la vie commune ne peut exister avec le seul lien de la langue. L’imaginaire fonde la société avec son Prince et avec à côté la société de l’Eglise qui appartient au royaume de Dieu. L’institution religieuse a un rôle important car elle apporte l’éthique, les valeurs. Les deux mondes ne sont pas séparés mais ils sont mêlés l’un à l’autre. L’individu alors apparaît dans la culture de la religion. Des penseurs vont se poser des questions sur leur propre personne. Le travail symbolique va alors se fixer sur l’individu. Cette voie nouvelle peut finir par réagir ( avec des prophètes ) en opposition à la religion même pour la rénover. Cela induira une nouvelle image de Dieu et des relations différentes avec ce Dieu.

                On attend du christianisme qu’il fortifie notre existence, qu’il donne aux institutions un supplément de pouvoir. Il est dispensateur de sacré qui aide l’Etat. Par ailleurs l’imaginaire du croyant travaille à l’intérieur de l’imaginaire institué de puis longtemps. L’Occident a construit l’image du Dieu unique dont l’image a évoluée. Aujourd’hui s’exprime le désir d’une altérité transcendante. Ce Dieu rassemble les communautés. Il est protégé par son inconnaissabilité.

Echange au sein du cercle local :

Notre foi n’est pas celle d’Hatzfeld. Dieu est aussi un acteur dans notre histoire. Le christianisme est certes, œuvre humaine, mais il n’est pas qu’œuvre humaine.

L’approche historique et l’approche théologique sont différentes l’une de l’autre. Morillat et Prieur par exemple ont fait intervenir dans leur émission des théologiens comme commentateurs. Ils font des événements une lecture qui se veut historique. Devons nous en conclurent pour autant que notre compréhension des événements ne doit  être qu’historique ?

                Hatzfeld  insiste sur l’inconnaissable de l’homme, inconnaissable qui pour lui est constitutif de notre quête de connaissance avec ces armes qu’est en particulier l’imagination. Il y a l’attitude de l’homme qui s’avance vers l’inconnu avec une démarche humaniste et l’attitude du croyant pour lequel la religion est affaire de foi dans une démarche théologique