La conjugalité est dépouillée de sa signification au bénéfice de l’enfant sur lequel s’investit et se projette totalement le couple. Le risque est de voir l’enfant  comme englué dans un amour dévorant qui lui interdit de s’ouvrir à l’extérieur. Ceci se manifeste très tôt et l’enfant n’en peut plus d’être tant aimé. Du matin au soir et du soir au matin, maman, parfois papa, souvent les deux, s’emploient à satisfaire tous ses désirs. Il ne peut donc plus rien désirer. Il a tout, tout de suite. Dès lors la violence s’installe, car c’est la dernière solution pour se libérer de cette confusion porteuse - de façon implicite - de l’inceste qui terrorise l’enfant. Cet enfant-roi est une catastrophe dans les crèches et les écoles maternelles dans lesquelles il sévit très tôt. Si l’éducatrice tente de le « recadrer », les parents protestent et dénoncent l’éducatrice à la direction, au maire s’il s’agit d’une crèche municipale. Mais le plus terrifiant est le moment où cette violence se tourne à l’âge de  12 ou 13 ans contre les parents qui sont battus par leur propre enfant. Les chiffres des parents battus sont effarants. 25 % des appels téléphoniques adressés aux associations contre la maltraitance seraient donnés par les parents battus, aux Etats-Unis. Ce phénomène parcourt tous les pays submergés par le changement culturel induit par la société technicienne et la mondialisation : Etats Unis, Japon, Chine maintenant et bien entendu la France. Les chiffres donnés seraient 5 à 16 % aux Etats Unis, 4 % au Japon, et 0,6 % en France.[1] Ce qui m’a le plus stupéfié est d’apprendre que les parents maltraités sont essentiellement des juristes, des médecins, des psychologues, c'est-à-dire des milieux au niveau social élevé qui avaient eu le souci d’éduquer leur progéniture de façon démocratique et responsable.  Il ne faudrait toutefois pas croire que les milieux défavorisés soient à l’abri de ce problème. En sont également victimes les femmes seules, désireuses qu’elles sont de compenser le manque d’amour dont elles ont été l’objet de la part du compagnon qui les a abandonnées.                                                                                                                                              Tout individu héritait dans la famille traditionnelle  de son passé. Il était riche de tout ce que ses parents par exemple avaient pu lui transmettre. Il s’était très tôt identifié à l’un ou l’autre. Toutes ces identifications, idéalisées souvent, avaient fonctionné à l’image de pelures d’oignons qui, par couches successives, lui permettaient dès l’enfance, de structurer sa personne. Un jour venait où il voulait devenir la personne qu’il pensait, croyait être en vérité. A l’adolescence cela donnait lieu à une crise de rejet systématisé du modèle parental. Il vivait une crise, une révolte contre l’autorité du père. Cette prise d’indépendance est aujourd’hui de plus en plus tardive.

 



[1]  Cyrulnik, ibid.