Cet exposé permet de voir combien la religion chrétienne, tributaire de l’imaginaire indo européen, peut en oublier l’essentiel des évangiles.

Les notes ci dessous font suite à une réunion avec un groupe d’amis « Réformés ». A partir du livre de Louis DUMONT « Homo hierachicus » sur le système hindou des « Varnas » ( castes) et des études de Georges DUMEZIL ou d’Emilia MASSON, il avait été proposé d’esquisser les grandes lignes du système indo-européen de représentation, puis à partir de là et comme  en contrepoint,  de montrer la radicale originalité de la  Religion annoncée par Jésus de Nazareth, telle qu’elle ressort des témoignages des premières communautés chrétiennes. Commençons par le système indo-européen.

a)       C’est un système polythéiste : Un système complexe mais ordonné et hiérarchisé des dieux. L’ordre de dieux explique l’ordre du monde cosmique et social. C’est un tout qui se tient. Le cosmos est le reflet de l’ordre divin. Le monde est à l’image du divin.

b)       Il y a trois niveaux de dieux :

      Les ou le dieu d’en haut. Zeus/ Jupiter le roi de l’Olympe. Il est mâle.

Les dieux du milieu. Dieux de la guerre et du pouvoir. Ce sont des dieux mâles.

Les dieux d’en bas, dieux de la fécondité. La terre mère qui engendre et produit des fruits, des plantes. Ce sont les dieux femelles.

Ces dieux sont terrifiants. Il y a un lien avec les forces telluriques. Force et pouvoir. Il faut amadouer ce monde terrifiant en se soumettant par des sacrifices. Cet ordre est immuable. Il n’y a pas d’histoire, mais il y a le mythe de l’éternel retour. Derrière les cycles on a l’immutabilité des mondes. Les mythes des origines expliquent comment les dieux ont façonné le monde. Soit il y a combat entre les dieux, soit il y a accouplement entre le dieu mâle et le dieu femelle (Jupiter et Héda ).

Le sacré est défini par Otto comme «  fascinosum et tremendum », tout à la fois fascinant et terrifiant. Cela attire parce que c’est la vie. Et c’est terrifiant parce que cela nous dépasse. » Tu ne peux voir ma face sans mourir ». De là vient une certaine idée de la transcendance comme altérité. Il convient d’apaiser la colère des dieux par des sacrifices. Il faut des victimes expiatoires (bouc émissaire).

c)       L’ordre du monde façonné par les dieux :

Ce monde est tripartite,  trifonctionnel. Il y a les cieux, demeure des dieux d’en haut, et le sous sol, forces de la vie et de la fécondité. Entre les deux, la terre. L’ordre social est tripartite constitué d’ordres, de »Varnas » (« Couleurs ») appelés communément castes. En haut, la caste des prêtres ? Les Brahmanes dans le système hindou. Ils sont mâles et ce sont les  guides spirituels. (Le clergé).  Au milieu, le pouvoir politique et la force des armes. C’est l’ordre des princes et des chefs. (Les « Ksatriyas », la noblesse). En bas, les agriculteurs, les éleveurs, les commerçants, les artisans. Ceux qui produisent. La fécondité (Le Tiers-Etat). En haut la suprématie de la direction, au milieu la force de l’ordre, en bas le travail, les serviteurs.

C’est un ordre hiérarchique du supérieur et de l’inférieur, avec ceux qui commandent et ceux qui exécutent. On verra que c’est la représentation d’un monde pur, opposé au monde de l’impur. Une religion de la séparation et de la « distinction ». En haut l’esprit, en bas la chair, d’où la supériorité de la vie spirituelle et intellectuelle, en lien avec le sacerdoce, un certain mépris pour le travail et pour l’activité pratique.

Les prêtres sont ceux qui médiatisent les rapports entre les dieux et les humains, le peuple. Ils sont de sexe mâle. Les femmes ne peuvent être prêtres. Elles sont impures par définition. La relation avec les dieux passe par les prêtres. Ils offrent des sacrifices pour apaiser la colère des dieux, solliciter leurs faveurs. Ils savent. Ils déchiffrent les astres (Les mages ne sont pas des rois. Ce sont des savants-religieux). Ils sont les guides et dirigent. Les autres sont sous la domination des prêtres, des clercs qui détiennent le savoir.

d)       Représentation anthropomorphique de cet ordre :

1-       Les 3 niveaux du corps : la tête, le tronc, le bas du corps. La vieille femme Ossète de Moldavie, décrite par Emilia Masson, qui chaque matin en s’habillant noue  une écharpe autour de son cou,  puis une ceinture autour de sa taille, en disant : « je sépare le monde supérieur du monde médian. Je sépare le monde médian du monde qui est d’en bas ». C’est bien d’un monde d’inégalité du supérieur et de l’inférieur, du noble et du vil qu’il s’agit. La représentation tripartite se retrouve dans la nature qui est elle aussi à l’image de Dieu.

2-       L’arbre sacré est  représentatif de l’ordre de dieux et de l’ordre du monde. Les branches sont dans le ciel. Le tronc, image de force et de puissance. Les racines dans la terre, image de fécondité. Avec les 3 couleurs de l’ordre social : les prêtres, les guerriers détenteurs de force, gardiens de l’ordre et enfin le peuple, les éleveurs, les agriculteurs. Cette apparition de l’arbre au milieu du paradis terrestre s’explique, tout comme l’interdiction de manger du fruit : vous serez comme des dieux, vos yeux s’ouvriront. C’est l’équivalent de Prométhée qui s’empare du feu, attribut de Zeus dans l’Olympe.

e)       Un ordre inégalitaire lié au pur et à l’impur:

Cet aspect est décisif, car il dit des choses fondamentales sur notre conception de l’univers et donc de nous même, sur le sens de la vie, sur notre rapport aux autres et à Dieu. Ce monde inégalitaire est une inégalité dans l’ordre du pur et de l’impur. De là vient l’obligation de se tenir à l’écart des impurs, des intouchables. L’impureté est du côté des écoulements de ce qui sort du corps. Les excrétions. Le pire des écoulements est celui du corps qui pourrit. Cela commence par sentir mauvais, puis cela se liquéfie, va dans l’eau et retourne à la terre. Tu as surgi de la terre et tu retourneras à la terre qui est ta mère. La terre qui t’a engendré te reprend. Etre enterré dans la terre de ses pères.

Ensuite il y a toutes les excrétions, la sueur…les excréments, et les écoulements des femmes, surtout s’il y a perte de sang. Cette pauvre femme qui rencontre Jésus. Elle est impure en permanence, parce qu’elle est affligée de pertes de sang. Enfermée dans son impureté. Les femmes normales ne sont impures que par périodes, au moment de leurs règles et au moment de l’accouchement. Elles doivent être purifiées. Les femmes sont forcément du côté de l’impureté. Elles sont inférieures et dangereuses. Il faut se purifier avec de l’eau, par des rites, par des sacrifices. Plus on est du côté du corps, plus on est du côté de la chair, plus on est du côté du sexe, plus on penche vers l’impureté. Thomas d’Aquin dit que plus l’homme mange, plus il a des écoulements de sperme. Le jeûne, l’ascèse, le régime végétarien. Nos jeunes filles anorexiques parce qu’elles veulent se tenir du côté de l’intelligence et de la pureté, sans se compromettre avec la bouffe et le sexe. Cf. à l’inverse les orgies qui sont à la fois des fêtes de la grande bouffe et des fêtes du sexe, de la débauche. Pour être du côté du supérieur, du côté des dieux d’en haut, il faut se tenir à distance de cela. Les brahmanes, les prêtres doivent se tenir du côté des purs. Pour être en communion avec les dieux supérieurs, ils doivent se tenir séparés du monde. Ils doivent chercher l’ascèse qui met en communion avec Dieu. D’où les brahmanes végétariens, les jeûnes, le célibat des prêtres catholiques, le monachisme, les chartreux. Bien entendu les prêtres ne peuvent être des femmes. Et de plus, ils doivent se tenir le plus possible à l’écart des femmes. L’on saisit la position de J. P. II et de Benoît XVI. Ce n’est pas une question pratique. C’est une question de principe. Au temps de Jésus les femmes juives ne pouvaient être témoin. Elles ne peuvent participer au repas de communion des hommes. Derrière cela, et en poussant les choses,  il y a l’idée  que le monde est mauvais…Que le corps est dangereux. Il faut aller vers le monde d’en haut. L’idéal est l’ascension vers le ciel. Cela touche la conception de la transcendance de Dieu, de notre rapport à lui, de la communion avec Dieu ou avec le divin. Notion de distance et de séparation.

Cet ordre du monde est immuable : il n’y a pas d’histoire. Ce sont les cycles de l’éternel retour. Cet ordre immuable et sa hiérarchie dans l’ordre du pur et de l’impur, dans l’ordre aussi du pouvoir, s’impose à chacun ; nul ne saurait s’y soustraire. C’et un « fatum » qui pèse sur chacun. Il nous faut accepter cet ordre. Toute tentative de révolte pour sortir de son rang, de sa place de son ordre, remet en cause l’ordre du monde et doit être sévèrement réprimé par le pouvoir. Non seulement cette révolte est anti-sociale, mais elle est proprement blasphématoire, car elle remet en cause l’ordre des Dieux, et derrière celui-ci l’ordre du monde et l’ordre du pouvoir qui sont divins. Il faut accepter dans la soumission et l’obéissance à cet ordre divin, et donc ne point sortir de la place qui nous est assignée : les castes,  et pire les hors-castes que sont les parias impurs.  Pas plus qu’il n’y a d’histoire, il n’y a de sujet libre. La liberté est proscrite : soumettez-vous et acceptez l’ordre dans lequel une place vous a été assignée.

Actualité de cette conception du monde et de la religion. Cela traine dans notre église, chez Saint Paul, dans notre monde, et dans le monde de l’entreprise, des préfets, des députés. Tel est le monde religieux qui entoure Jésus, et qui se prolonge encore aujourd’hui dans nombre de nos schémas de pensée et dans nos comportements.

II

La révélation de Jésus se produit dans ce monde religieux, baigné des schémas religieux du système indo européen. Jésus se situe pour l’essentiel en rupture avec ce système religieux. Il annonce une nouvelle religion. Les disciples vont avoir de la peine à suivre. Quand ils vont essayer de  rendre témoignage de leur rencontre avec le Christ et de son message, ils vont trainer avec eux des lambeaux de cette conception indo européenne. On va avoir dans les textes un mélange des deux visions des choses, comme des eaux mêlées. Mesurons donc la nouvelle radicalité de Jésus.

a) le Dieu unique : c’est la fin du polythéisme. Le récit mythique de l’origine du monde est modifié. Le monde n’est pas issu d’un combat entre les dieux ou d’une copulation céleste entre un dieu mâle et une déesse. Les astres divinisés sont créés par Dieu. Nous ne sommes plus soumis aux puissances et terrorisés. Il n’y a plus de dieux mâles et de dieux femelles. Le Dieu unique est au delà de la division des sexes. Il est le Dieu Père, mais il est aussi le Dieu qui a des entrailles de mère  pour ses enfants.

a)       Nous sommes face au seul Dieu maitre de toutes choses. Dieu « Pantocrator ». Mais ce Dieu n’est plus un dieu terrifiant mais un dieu qui se fait proche, solidaire. Il passe alliance avec les hommes et se tient fidèlement aux côtés de ses fidèles, dans la patience. Un Dieu de tendresse et compatissant. Les entrailles de Dieu. Selon Jean, Jésus dit à ses disciples « Je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis ». « Notre Père ».  Enfants de Dieu ; La confiance ; Dieu veille sur vous. Soyez sans crainte. N’ayez pas peur. « Je ne vous laisserai pas orphelins » Le « Paraclet », Celui qui se tient à côté de toi en soutien, en défenseur, en frère. Christ est celui-là, avant de nous envoyer l’autre « Paraclet », l’Esprit.

b)       Des enfants libres.  « La liberté des enfants de Dieu ». Jésus appelle, invite à le suivre. Il séduit. Il annonce une Bonne Nouvelle. Il annonce la libération de ceux qui étaient captifs, soumis aux forces dominatrices, « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Celui qui ouvre, j’entrerai chez lui et je prendrai la Cène avec lui ».  Cela signifie que l’église de la terreur, des dragonnades, de la peur de l’enfer…n’est pas évangélique. Pas davantage l’église de la contrainte qui veut soumettre les fidèles. L’empereur de Rome, la réforme grégorienne, le pape plus grand que l’empereur. Le « Souverain Pontife» de la réforme grégorienne n’a aucun fondement scripturaire.

c)       Jésus appelle à la communion dans la liberté avec Dieu. C’est une relation spirituelle. Tout l’évangile de Jésus est là. Il n’y a plus de sacrifices au sens strict. « Je ne veux plus de vos sacrifices ».  Le sacrifice que je vous demande est votre cœur renouvelé, c’est de répondre librement « OUI »  à ma grâce, c’est d’accueillir ma Parole C’est de répondre à mon alliance. La vie donnée pour les autres, c’est cela le sacrifice spirituel. Dieu est amour. Il nous appelle. Il nous demande de rentrer dans cette logique du partage et de la communion.

d)       Tous frères, tous égaux. Il n’y a plus de supérieur et d’inférieurs. Le mythe de la table ronde. « Il en va du Royaume de Dieu comme d’une ronde où chacun se tient par la main, en sorte que les premiers sont les derniers et les derniers les premiers ». « Ne vous faites pas appeler Seigneur, Père, vous n’avez qu’un Père, celui qui est dans les cieux. Vous n’avez qu’un seul maître, qu’un seul Seigneur ». Frère Benoit, frère Guy, frère Philippe. Les fils du Tonnerre qui demandent les premières places. « Vous savez que les chefs des nations leur commandent en maîtres et font sentir leur puissance. Vous vous ferez serviteurs de vos frères ». C’est l’opposé de la puissance et du triomphalisme. Cf. Mt. 20, 20.Le lavement des pieds dans l’évangile de Jean tient lieu de récit de l’institution de l’eucharistie. Jean 13 : la vie donnée de Jésus pour les autres. Comme une mère donne sa vie pour ses enfants. L’amour de Dieu est gratuit et il est premier. Dieu n’a pas besoin de rachat. Il attend notre oui, libre. Faut-il exprimer cela par le mythe du bouc émissaire ? Est-ce nécessaire ?

e)       La fin des sacrifices : rencontre avec la Samaritaine. « L’heure vient où ce n’est plus sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père…L’heure vient et elle est là où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ».  C’est la prière de Jésus dans le secret,  c’est le « Notre Père »,  la prière du cœur, la prière simple (Mat. 6). Les rites païens faisaient souvent dans l’exubérance, dans l’exaltation, avec enthousiasme. Jésus nous apprend la prière toute simple du Notre Père. Il nous invite à nous retirer dans notre chambre, et là, de prier notre Père,  dans la confiance. Chacun peut avoir ainsi un accès direct à Dieu, car l’Esprit nous est donné qui nous fait dire : « Abba, Père ! » La relation de chaque disciple avec Dieu est directe, sans l’intermédiaire des prêtres, Jésus étant le seul médiateur et le seul prêtre. A moins de dire que tous sont prêtres avec le Christ, en Lui, par Lui et à sa suite.  Sous réserve de l’Epître aux Hébreux qui nous rappelle  que Christ est l’unique prêtre et que tous sont prêtres avec lui, le mot prêtre, au sens sacerdotal du terme, est interdit de séjour dans le Nouveau Testament,  sauf à parler en termes péjoratifs des prêtres juifs ! Et le mot « laïc » n’y apparaît jamais. La communion des disciples de Jésus n’est plus séparée entre d’un côté  les prêtres (sacerdotaux) et de l’autre ceux qui ne le seraient pas, les « laïcs ». Le système indo-européen de la division et de la séparation est mort.Jésus prône une religion de la modestie, discrète : modération, pudeur. Pourquoi ? Par respect de la transcendance de Dieu. On ne saurait nommer Dieu. Cf. le tétragramme. La prière silencieuse. L’évangile révélé aux simples. Refusé aux sages et aux habiles.

f)        Le renversement de l’ordre du pur et de l’impur. Heureux les cœurs purs. Jésus touche les intouchables. Les lépreux, les femmes impures. Le pur et l’impur, c’est ce qui se passe dans notre relation à autrui, dans notre « Corps », c’est à dire nous même dans notre relation au monde et aux autres. Le pur et l’impur, c’est ce qui sort du cœur de l’homme. Les femmes  ne sont plus impures, et du coup elles ne sont plus inférieures. Assises en situation de disciples, comme Marie de Béthanie. Les disciples sont assis. Marie, l’une des disciples préférée (Evangile de Philippe versets 55 et 56).

g)       A un monde sans histoire et à un ordre immuable, dans lequel on est pris comme dans un carcan et auquel il faut se soumettre, Jésus oppose une autre religion, qui  ouvre une histoire, à commencer par la propre histoire de chacun d’entre nous :  il appelle, il invite, il demande de se mettre en route. Le chemin, la route, l’histoire…Abraham : « va vers le pays que je t’indiquerai. Et il partit pour un pays qu’il ne connaissait pas ». L’Exode. L’itinérance…Le pèlerinage. Il y a une histoire du salut pour Israël et pour l’église, mais d’abord pour chacun d’entre nous. Etre disciple, c’est suivre Jésus, se mettre en marche. « Nachfolge » de  Dietrich Bonhoeffer. La « Suivance de Christ ». C’est plus fort que l’imitation de Jésus Christ. La foi met en marche. L’espérance fait marcher vers la Jérusalem céleste, l’utopie. « La douceur n’est pas un état, c’est un moteur ». Cf. Les béatitudes. Le Dieu qui se fait proche appelle chacun : c’est la « Vocatio ». Il y a un lien étroit entre la vocation, les  « charismes », le chemin à découvrir, le commandement, la mission.

h)        A la suite de ce qui est déjà annoncé dans le Premier Testament ( Lévitique 19, Deut. 20, Exode    ), où les  Commandements sont la conséquence d’une relation théologale à Yahvé, le Dieu Unique,  -- chaque impératif est scandé par le rappel : « Je suis Yahvé, celui qui t’a fait sortir de la servitude de l’Egypte »      -- de même dans la religion de Jésus c’est le rapport à Dieu notre Père qui est le  fondement de notre comportement à l’endroit de nos frères.  L’éthique est toujours affaire de rapport à Dieu notre Père. Il ne s’agit pas de morale moralisante dans laquelle des clercs enfermeraient le peuple des fidèles, comme dans un carcan et dans la soumission ; il s’agit d’un rapport de service, d’amour, de solidarité, de tendresse, de compassion et de communion avec les frères et les sœurs. C’est ce  service qui est service de Dieu et Communion avec Christ et avec son Père, dans l’Esprit.

i)                       Renversement dans la manière de voir la transcendance de Dieu. Il s’agit bien d’un Dieu tout autre.  C’est même un approfondissement de la conception de la transcendance. La transcendance de Dieu apparait dans l’humanité de Jésus. Cet homme est le visage de Dieu, parce qu’il est l’amour de Dieu. Dieu ne vient pas dans la puissance, mais dans le service. La transcendance de Dieu apparaît dans l’humanité des frères (Mt. 25). Dieu ne se manifeste pas dans l’extraordinaire, dans le merveilleux, dans le miraculeux, dans la sortie de l’humanité, mais au contraire dans le cœur de la vie. Non pas aux limites ; le dieu bouche-trous  dénoncé par Bonhoeffer dans ses dernières lettres de prison, mais au centre de la vie. C’est le scandale de l’incarnation. (I Cor. 1). 

III

  Si l’on mesure la radicale  nouveauté du message de Jésus de Nazareth par rapport au système de représentation des religions indo-européennes, alors nous tenons deux clés de lecture. Un première que je vous laisse le soin de développer par rapport au système  religieux de la Contre-Réforme [1], que l’on peut lire comme la réintroduction en force de tout le système indo-européen dans ce qu’était le pur Evangile. La Réforme, c’est à dire le retour à l’Evangile du Christ, s’impose à chacun et à toutes nos Eglises, faute de quoi il n’y aura jamais de retour à l’unité.

La seconde est de nous fournir une clé herméneutique dans la lecture des textes rassemblés dans le Canon des Ecritures.  S’il est vrai que celles-ci, pour ce qui est  du Nouveau Testament, rassemblent les témoignages de foi des premières générations apostoliques, il ne faut pas nous étonner, devant la radicalité  du message de Christ, si le juste témoignage charrie  aussi quelques  scories, quelques adhérences à l’ancien  système religieux. Il ne faudra pas s’étonner non plus, si l’introduction des catégories hellénistiques a mêlé dans la transmission de l’Evangile des  éléments qui viennent de plus loin et qui sont typiques du système indo-européen. Les eaux sont mêlées, comme nos propres eaux le sont. Méfions-nous : le vieux fond culturel indo-européen circule aussi dans nos veines et dans nos schèmes mentaux ; nous avons de la peine à en sortir, c’est  un effort permanent que nous devons entreprendre pour nous laisser interpeller par l’Evangile. Mais c’est encore plus vrai du Premier Testament : lui aussi charrie beaucoup de choses. Certes les  hébreux ne sont pas des indo-européens, et la langue hébraïque n’est pas une langue indo-européenne,  mais le peuple juif a été sous influence et ballotté dans  tous les sens, entre le Nil et l’Euphrate ; il était entouré de peuples indo-européens, et leur influence  se  sent dans nos textes.  On peut alors lire le Premier Testament ainsi que le Nouveau, comme   la longue histoire de la tentative de « sortie » du système indo-européen pour aboutir à l’Evangile du Christ.  On sort d’une conception magique de l’inspiration pour comprendre celle-ci comme une histoire conduite par Dieu certes, mais au travers de la quête d’hommes et de femmes  pour découvrir le  visage du vrai Dieu. Christ est l’aboutissement de cette histoire, même s’il est vrai qu’elle se poursuit  et que chacun d’entre nous  doit s’y engager à son tour. Voilà  qui nous permet d’être exorcisés de tout risque de fondamentalisme…

D’après les notes prises par H.L. suite à l’exposé de Xavier Charpe. Avril 2009.              

 

 



[1]  Déjà avec la réforme grégorienne.