Conférence donnée par M. Henri Persoz à Grenoble le 16 novembre 2012-11-19

 

La résurrection des morts et la résurrection de Jésus ont  été un point central du christianisme pendant 20 siècles. La croyance en la résurrection des morts n’est pourtant plus la même aujourd’hui. Sous quelle forme peut-on y croire ? Cette question est trop importante pour l’éluder, car trop de personnes espèrent en quelque chose. Mais en quoi ? L’Église a évolué. Elle a dit par exemple «  ce sont les âmes qui ressuscitent ». Or cette croyance est d’origine platonicienne et non évangélique. On constate qu’aujourd’hui la notion de la résurrection des morts s’est intellectualisée. La définition particulièrement absconse qu’en donne l’encyclopédie du protestantisme le prouve.
 
Ce souci de la résurrection des morts n’est pas central dans les évangiles. Par contre, le thème de l’amour y est particulièrement développé. On peut remarquer que l’apôtre Paul qui parlait beaucoup de la résurrection des morts au début de son ministère n’en parle plus dans sa dernière lettre aux Romains.  En fait la résurrection des morts a été l’obsession des Églises, car ce fut pour elles, un formidable instrument de pouvoir. N’affirmaient-elles pas « qu’hors de l’Église, il n’y a point de salut » ? Force nous est de faire le constat qu’à cause de cette impensable résurrection des morts, et d’autres articles de foi aussi incroyables,  bien des chrétiens ont quitté leur Église. Il est donc nécessaire de leur dire que cette résurrection des morts, n’est pas essentielle dans les évangiles. Des lecteurs du livre « L’impensable résurrection », actuellement hors de toute Église,  en ont été très séduits justement parce qu’ils y ont découvert que l’on peut être chrétien sans croire en la résurrection des morts. C’est particulièrement à ce public que Monsieur Persoz s’adresse.

Dans l’Ancien Testament, le peuple juif ne parlait pas de la résurrection des morts. Abraham comme Moïse ne sont pas ressuscités. C’est sous l’influence de la Perse que l’idée de la résurrection commence à s’imposer et à s’infiltrer dans la population juive au deuxième et troisième siècle avant Jésus Christ. Si les pharisiens y croyaient, les sadducéens n’y croyaient pas comme le confirme l’entretien de Jésus ces derniers ( Mc, 12, 18-27 ) . Ils interrogent Jésus pour savoir de qui la femme qui a eu sept  maris sera l’épouse quand elle mourra à son tour ? Il leur répond « « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».

Au premier siècle, une partie de l’Église, celle des judéo-chrétiens peu influencés par Paul, ne s’intéresse guère à  la résurrection des morts. L’évangile de Thomas, comme la  didachè écrits à la fin du premier siècle, comme  le roman pseudo  clémentin, qui  ne sont pas dans le canon, n’en parlent pas. Par contre le christianisme paulinien très hellénisé, a bâti son message sur la résurrection.  Le courant judaïsant du christianisme primitif s’intéresse beaucoup plus à la sagesse enseignée par Jésus. Ce courant a été de plus en plus effacé au profit du courant paulinien. Les synoptiques ne parlent presque pas de la résurrection des morts, sauf dans la séquence des sadducéens déjà citée.

Aujourd’hui les mots de Royaume de Dieu, de salut, de jugement dernier n’ont pas un sens évident.  Mais la tradition de l’Église a interprété ces mots dans le sens d’une résurrection. Le Royaume de Dieu évoque parfois le paradis, mot qui n’est utilisé que deux fois dans les évangiles. Le mot salut évoque pour certains le sort des personnes dans l’au-delà. Le jugement signifierait-il ce que l’on subira une fois mort ?

Entre les années 70-80, l’atmosphère en Palestine est vraiment apocalyptique. Le peuple juif vit une situation désespérée. Ce peuple avait été sous les dominations babylonienne, perse, grecque, et enfin romaine. En 70 le Temple et une partie de Jérusalem sont détruits. La conséquence est la suivante : le peuple se réfugie dans l’attente d’un salut apporté par le Fils de l’Homme. L’on se réfugie dans   l’attente d’un temps à venir meilleur. L’espoir est alors que Dieu règnera en lieu et place des Romains. Ce Fils de l’Homme est pour Paul la figure du Christ qui revient. Les synoptiques parlent beaucoup du Royaume de Dieu que Jésus a présenté en utilisant les images des paraboles. À la façon juive illustrant la venue du Royaume par l’intervention de Dieu délivrant le peuple des oppressions notamment Romaines, Jésus oppose la vision d’un Royaume intérieur consistant en une autre conception du monde, et modifiant du tout au tout les schémas traditionnels. L’image type est l’exhortation suivante « les premiers seront les derniers » avec la considération accordée aux déshérités et la priorité aux petits de ce monde. Dans l’évangile de Marc ( 12, 14 ), au cours d’un entretien  avec un scribe pour savoir quel était le plus grand des commandements, Jésus lui déclare qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu parce qu’il avait convenu qu’aimer son prochain comme soi-même fût bien le plus grand des commandements. Le Royaume de Dieu est manifestement le Royaume de la solidarité.
De ces deux formes d’espérance, l’une est passive. C’est la forme juive. L’autre est dynamisante, incite à l’action pour que le monde soit meilleur. C’est celle de Jésus. Dans le même ordre d’idée, Schweitzer dira que le rôle des religions est de rendre l’homme meilleur. Un exemple : le christianisme classique a interprété la parabole des ouvriers  de la onzième heure en affirmant que les ceux de la dernière heure payés au même prix que les premiers embauchés, correspondait à l’idée selon laquelle les convertis à la veille de leur mort, seront quand même sauvés. Alors que la parabole parle d’une utopie sociale : ceux qui n’ont pas pu travailler beaucoup doivent avoir quand même de quoi vivre. Sur le salut, quand Jésus dit à celui ou celle qu’il « sauve » « tu es sauvé », cela signifie en fait « tu es guéri », « secouru », « tiré du malheur ». Les mots sauvetage et salut correspondent au même mot en grec. C’est la tradition chrétienne qui en a fait   deux significations différentes. « Être sauvé » dans le Nouveau Testament a donc bien un sens différent de « Être ressuscité ».

Jésus a modelé le monde. Ressuscité équivaut à « être suscité à nouveau ». C’est au travers  de milliers de personnes qu’il est intervenu et intervient encore dans le monde. Il fallait vraiment qu’émane de lui une extraordinaire présence pour que ses disciples aient de lui cette vision après sa mort. Aussi peut-on dire , avec l’Église, qu’il est vraiment ressuscité.

Les lettres de Paul sont antérieures aux évangiles. Il parle souvent de la résurrection des morts. On note que dans les lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens, les plus anciennes, il en parle et y croit vraiment. Il nous transporte dans un monde différent du nôtre. Il fait descendre Jésus du ciel. Il voit tous les morts ressusciter. Les vivants, ceux qui ne seront pas encore décédés au moment du retour du Christ, seront emportés avec Jésus et avec lui-même. Il écrit : « Nous les vivants serons emportés dans le ciel ». Il est donc très en phase avec la vision apocalyptique. Mais dix ans plus tard, Paul revient à la réalité. Se rendant compte que l’événement attendu de la parousie tarde, dans l’épitre aux Romains écrite dix ans plus tard, il ne parle plus de la résurrection des morts. Or c’est la lettre qui synthétise parfaitement sa pensée. Au chapitre 6 de cette épitre, le chrétien meurt avec le Christ au moment de son baptême, Le baptême est bien une noyade, une mort  à partir de laquelle, dit Paul, on peut vivre une vie nouvelle, assimilée à la résurrection du baptisé qui se met alors au service de Dieu. Il s’agit de la mort à soi-même. C’est une mort spirituelle, un détachement de soi. L’image que l’on peut en donner est celle de cette histoire vraie d’un  prisonnier, condamné à mort, qui, finalement est gracié. Il vit fictivement sa propre mort et se déclare dès lors véritablement vivant. Dans Romains 6, Paul a fait de la résurrection une nouvelle vie, conséquence d’une mort spirituelle. Il y a là un parallèle avec l’entretien de Jésus avec Nicodème appelé par Jésus à une nouvelle naissance.

Le langage sur la résurrection des morts dans les églises n’a pas toujours été très clair. Il reste aujourd’hui même, ambigu, marqué par l’incapacité à dire en quoi elle consiste.  Il permet à chacun d’espérer ce qu’il veut. Les évangiles en parlent  peu. Juste avant la parabole du bon samaritain, un homme de loi explique à Jésus que, pour hériter de la vie éternelle, il faut aimer Dieu et son prochain. Jésus répond « fais ceci et tu vivras ». Il ne dit pass : et tu vivras éternellement. Le geste du bon Samaritain montre ensuite que la véritable vie est celle qui s’épanouit dans la solidarité.


Échanges par le jeu des questions – réponses

-          À la question : qu’en est-il de la résurrection de Jésus, le conférencier répond que la résurrection de Jésus consiste en son passage évident dans la mémoire de l’humanité.

-          Question : que faites-vous de récits d’apparition ?

Réponse : autant les récits évangéliques des événements précédant la résurrection de Jésus, le procès, la montée à Jérusalem, la crucifixion ne manifestent pas de divergences, autant par contre les récits de la résurrection sont tous différents. 
La relation des faits n’a pas pour souci de donner une preuve historique. Ces récits sont une façon d’exprimer le ressenti, le vécu des événements par les témoins ayant participé à cette expérience.

-          Question : quelle est votre conception de la mort ?
 
La réponse à donner n’est finalement pas du ressort du christianisme ; Jésus, formé dans les écoles religieuses juives, n’avaient pas de raisons d’être particulièrement renseigné sur ce qui se passe après la mort. Il n’était ni médecin ni biologiste. C’est bien pour cela qu’il n’en a pas vraiment parlé, qu’il n’a donné aucune explication. Personnellement, je pense que si nous survivons à notre propre mort, c’est dans la mémoire des vivants.

-          Question : N’y a-t-il pas une dimension mystique, effectivement peu présente dans le protestantisme à prendre en considération ?

Réponse : l’entrée dans l’Église se fait par diverses portes. C’est bien que certains empruntent des portes ayant une dimension mystique. Mais d’autres portes sont nécessaires pour ceux qui ne sont pas sensibles à la mystique. Je me préoccupe de les maintenir ouvertes.

-          Question : La théologie libérale répond à la demande manifestée à la suite des Lumières et des découvertes scientifiques de davantage de rationalisme pour quitter une réflexion centrée sur un monde « d’en haut » imposant ses lois à un monde « d’en bas ».  Mais n’y a-t-il pas un courant libéral poussant le christianisme à se penser comme un humanisme laïc, voire athée, et un christianisme restant attaché à la présence spirituelle, voire à une manifestation rationnelle de la révélation ?

Réponse : Effectivement, il y a certainement ces deux courants dans le Comité de rédaction de la revue Évangile et Liberté et encore d’autres courants. Si je suis assez radical dans ma pensée théologique cela tien à ma formation première qui est scientifique, ce que n’ont pas eu les pasteurs présents au comité

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