Pressé de répondre à ceux qui s’interrogent sur ce qu’est le libéralisme, je me suis largement inspiré d’un article de Laurent Gagnebin[1]  pour répondre de façon assez brève comme l’exige un blog, pour espérer être lu.

 

Dès le début du protestantisme, il y a eu des orientations libérales avec par exemple, Zwingli, Castellion, Socin, et des orientations orthodoxes avec Luther, Calvin. Dans toute religion, il y a certains courants de tendance conservatrice, et d’autres courants de tendances novatrices. Cela est vrai pour le christianisme comme pour le bouddhisme, l’islam et le judaïsme. Contrairement aux orthodoxes qui veulent rester fidèles aux discours de leurs prédécesseurs, les libéraux souhaitent repenser les doctrines. Être libéral, c’est tenter de dire sa foi dans le vocabulaire de son temps, en tenant compte des réalités culturelles, scientifiques, philosophiques actuelles. C’est, dit simplement A. Gounelle « penser sa foi ».

Les caractéristiques libérales portent sur trois points essentiels dont le premier est la méthode exégétique utilisée pour la lecture de la Bible. Les libéraux ne pensent pas que la Bible est un écrit qui aurait été dicté par Dieu lui-même. Ils ont la certitude qu’elle est un témoignage humain qui traduit une rencontre vécue avec Dieu. Certes ! Elle est Parole de Dieu, mais Parole qui s’est transcrite au travers des textes humains. Le lecteur va donc s’efforcer de retrouver le sens du texte avec l’intention de son auteur en le replaçant dans le contexte de son origine, dans le cadre, le milieu religieux, historique, culturel de l’époque à laquelle il a été écrit. C’est la méthode historico-critique que tout le monde ou presque utilise aujourd’hui. Je dis presque, puisque nombre de fondamentalistes croient, comme les islamistes pour le Coran, que le texte a été directement dicté par Dieu lui-même, ce qui en fait un texte sacré à prendre à la lettre. Or il y a pluralité de textes, avec même parfois des contradictions, des divergences pour relater le même récit. Et il y a pluralité d’interprétations.

La deuxième caractéristique est le refus du dogmatisme. Le libéralisme refuse l’autoritarisme de celui qui, prétendant détenir la vérité, veut l’imposer. Il revendique un pluralisme théologique et s’oppose à l’orthodoxie. Un protestant libéral se permettra de relire pour les mettre en question, les doctrines traditionnelles car elles ne sont pas pour lui, objet de foi. Elles ne peuvent dire ce qu’il faut croire ou ne pas croire. Elles traduisent  l’effort fait dans un temps donné, pour penser la foi. Les doctrines ont une histoire. A nous d’en tenir compte pour comprendre la pensée de ceux qui les ont élaborées, afin non pas de les rénover, de les réactualiser, mais d’innover, en en tenant au besoin compte.

La troisième caractéristique du libéralisme est une tentative de purification des doctrines. La vision du monde qu’avaient les rédacteurs de la Bible entre le sixième siècle avant Jésus Christ, et le premier siècle de notre ère n’a rien à voir avec la nôtre, vu ce que la science nous a appris de l’univers. Les données bibliques sont donc à traduire pour les exprimer dans nos représentations modernes. C’est également vrai sur le plan théologique. La Réforme avait commencé au seizième siècle au sujet  des saints, de Marie, de l’autorité accordée à la tradition, de l’Église. Le libéralisme s’interroge maintenant sur nombre de sujets comme la divinité de Jésus, les miracles, la résurrection de Lazare, le salut accordé au prix de la mort expiatoire de Jésus, le Symbole des apôtres qui ne dit mot de l’enseignement de Jésus, ou encore la toute-puissance de Dieu. La trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit est plus facilement comprise par un libéral comme étant des modalités différentes de la présence du Dieu unique plutôt que pour la réalité de trois personnes distinctes.

Pour conclure, nous dirons que l’esprit qui anime le libéralisme n’a pas pour finalité de poser la foi comme produit de la raison.  La foi vient d’ailleurs comme un acquiescement à Dieu. Mais la foi appelle la raison, lui donne des mots, des concepts, des explications pour la penser. Pour terminer voici une citation de Raphaël Picon : « A la question de savoir ce qui nous permet de considérer telle ou telle pensée comme libérale, nous aimerions avancer un dernier critère, de contenu, et non plus seulement de méthode. Ce critère se résume au mot qui est sans doute le plus important du christianisme : la conjonction « et ». Le christianisme est la religion de l’incarnation, de la rencontre du ciel et de la terre, de l’au-delà et de l’en deçà, du fini et de l’infini, de l’humain et du divin ; Jésus Christ est précisément l’incarnation de ce « et » entre Dieu et l’humain. La théologie chrétienne a pour tâche de penser cette articulation complexe. » [2]

                                                                                                              H. Lehnebach



[1] L’oratoire du Louvre et les protestants parisiens. Sept. 2011. Labor et Fides.

[2] ibid