La foi exprime la relation à Dieu. Il s’agit d’une rencontre. « L'essentiel dit Pernot, est d'aimer Dieu, de le chercher, de cheminer avec lui, de l'espérer ». La conscience d'une communion avec Dieu caractérise la vie chrétienne. Avoir la foi c'est cultiver le mystère qui englobe notre vie.

« La spiritualité , c'est à dire la relation avec le Saint Esprit que Jésus nous a révélé en le vivant lui même, est un des pôles de la vie chrétienne » (Borg ).

 

Par la foi, j'accepte d'être accepté comme je suis par l'amour que Dieu a pour moi. Le mot foi a la même racine que le mot confiance. Avoir la foi c’est avoir confiance. Je m'accepte. Tel que je suis. Notre vie est injustifiable, inacceptable, impardonnable. Et pourtant elle est justifiée, acceptée, pardonnée par la grâce seule. Accepter la grâce c'est accéder à une forme de paix intérieure.

 

L'apôtre Paul dit « J'ai été crucifié avec Christ. Ce n'est plus moi qui vit, c'est Christ qui vit en moi ». Parler de nouvelle création c'est dire que l'on a une autre vision du monde. « Si quelqu‘un est en Christ, il y a nouvelle création. Tout ce qui était d'autrefois a passé. Toutes choses deviennent nouvelles ». 2 Cor. 5, v. 17. Gal. 3, 21 et 23-29, Rom. 6, 3-14. Là il y a une chose essentielle à comprendre. Je peux aimer quelqu’un, admirer une personne pour ses qualités, sa beauté par exemple, ou son intelligence. Cela signifie que si par hasard cette personne devenait chauve, vieillissait, montrait qu’en fait elle n’était pas si intelligente que cela, ou moins belle qu’avant, je ne l’aimerai plus ou je ne l’admirerai plus. Je n’aimais donc cette personne que pour ses particularités. Je n’aimais pas vraiment la personne pour elle-même. Dieu nous aime pour nous-mêmes et non pas pour nos particularités. Certains croient par exemple que pour être aimé par Dieu il faut avoir une bonne morale et obéir parfaitement aux commandements de son catéchisme. C’est totalement faux. Est-ce qu’une mère aime plus son enfant parce qu’il est obéissant? Des mères de famille préfèrent parfois l’enfant le plus turbulent de la famille! Dieu nous aime en tant que personne. Quand quelqu’un vit cette rencontre avec la personne de Dieu, il découvre quelle est sa véritable identité. Il dit alors comme l’a fait l’apôtre Paul « je suis une nouvelle créature ». Il sait qui il est véritablement. Il prend alors profondément confiance en lui. Il se sait aimé. Cette rencontre décuple la confiance en soi en même temps que la confiance en Dieu. Il ne se définit plus par ses qualités, par ses particularités, ses appartenances, ses loyautés mais par la personne qu’il est devenu.

 

Après une psychanalyse réussie le sujet se sent autorisé à être ce qu'il est. Il se sent « chez lui » ou « chez elle », tranquille avec soi même et libéré de l'idée qu'il lui faut se trouver un rôle, satisfaire à l'attente des autres telle qu'il l'imagine d'ailleurs. Il s'accepte tel qu'il est. Il n'a plus à chercher quel bon choix il doit faire. Quelle décision il doit prendre pour être en accord avec lui même.

Dans un film d'Eric Rohmer, « conte d'hiver » Charlotte Very incarne une jeune femme qui vit cette expérience. Bien que non croyante, elle entre par curiosité dans une église à noël pour faire voir une crèche à sa petite fille. Elle s'assied et prie dira t elle plus tard, un dieu qui n'est pas le dieu des chrétiens. Elle prend soudain conscience de la véritable personne qu'elle est. Elle n'a plus à essayer de faire le bon choix entre tel ou tel homme mais à simplement être celle qu'elle voit, elle même en vérité. Elle se sent parfaitement autorisée à être qui elle est, tranquille enfin avec soi même. Elle s'installe dira t on, définitivement chez soi. Et bien la rencontre avec la personne de Dieu provoque ce type de découverte.

 

 

La psychanalyse révèle que nous ne sommes pas des êtres tout puissants. Elle permet aussi d'accepter notre angoisse. La foi ajoute ici quelque chose: si j'accepte ce que je suis, c'est parce que je crois que je suis accepté tel que je suis par la grâce de Dieu. Je m'accepte parce que j'accepte d'être accepté.

 

Je peux dire « j'ai la foi » parce que j'ai fait l'expérience de m'être trouvé, comme si j'avais pris conscience de mon véritable moi, de mon identité après avoir vécu cette rencontre avec Dieu. Il peut s'agir pour certain d'une sorte d'illumination brutale, qui s'impose. Il peut s'agir d'une simple prise de conscience qui s'affirme peu à peu. Mais si  la foi est le chemin qui conduit à cette découverte, ce n'est pas la prise de conscience d'une « sagesse », d'une acceptation philosophique, comme le ferait un stoïcien. Il y a eu ici  l'expérience d'une rencontre avec une réalité toute autre. Ce n'est pas l'aboutissement d'une méditation, ou d'une psychanalyse, mais un point de départ à la suite d'une rencontre avec une réalité transcendante.

 

Galates 6, 15 :  « ce qui importe ce n'est ni la circoncision, ni l'incirconcision. C'est une création nouvelle ». Tillich ajoute :   « le message chrétien est annonce d'une nouvelle création. Nous appartenons à l'ancienne création et le christianisme nous demande de participer à la création nouvelle ». Ce qui importe n'est pas d'être juif ou païen mais d'être uni à celui en qui la réalité nouvelle est présente. La circoncision peut représenter la religion et l'incirconcision représenter la laïcité. Aucune religion n'a d'importance. Il ne s'agit pas de comparer notre religion à celle des autres. Les laïcs ont aussi leurs rites.

 

Être réconcilié avec Dieu c'est être réconcilié avec nous mêmes. C'est également être réconcilié avec les autres.

On est uni à soi, non dans l'orgueil et la suffisance mais dans l'acceptation profonde d'avec soi. Notre être tout entier est unifié.

 

La conséquence est la confiance en soi, et dans ce que je ne sais quoi qui peut surgir.

 

J'avais souvent illustré l'homme habité par la foi à un funambule. Le fil est tendu entre deux piliers. Le croyant se tient debout sur un des deux piliers. Il se sent rassuré. Il vient de vivre cette expérience de la rencontre avec le Tout Autre. Il prend son balancier et s'engage sur le fil. Il est sans certitude. Il n'a en fait que le souvenir des certitudes qu'il avait avant de partir à l'aventure sur son fil. Il tient le balancier qui l'aide à ne pas tomber. Le balancier c'est l'image de l'église peut être, ou celle de ses convictions. Le balancier n'est qu'un outil, une aide qui en soi même na vaut pas cher mais c'est tout de même utile. Enfin il atteint l'autre pilier. Il est réassuré. Il pourra repartir. Ainsi en est-il de la foi. Une vie en pointillé avec des haltes de loin en loin. Parfois la réassurance en Dieu se fait très rare. Il n'y a plus qu'une absence, un vide, un désarroi.  Les plus grands saints connaissent fort bien cette absence, ce manque de foi.

Houziaux rapporte une autre image du funambule. Il l'emprunte à Giono. « Le romancier Giono a utilisé cette image du funambule sur un fil. Mais il ajoute que c'est Dieu lui même qui, à l'autre bout du fil, tient le fil sur lequel avance le funambule. C'est encore plus frappant. Tel ce funambule, nous avançons vers Dieu sur un fil soutenu au dessus du néant par la main invisible de Dieu. Oui la vie est une marche en équilibre sur un fil, soutenue par le miracle de Dieu, et qui aboutit au mystère de Dieu. Dieu c'est l'autre rive. . Il ajoute « la foi c'est l'aimantation par l'énigme, le silence, la nuit de Dieu. La foi n'est pas une manière de décliner des certitudes. Au contraire c'est l'aimantation de l'énigme. »