Notes d’après la conférence du pasteur Philippe Fromont d’Alès.

Sébastien Castellion était en matière de tolérance, en avance de deux bons siècles sur l’Édit de Tolérance et davantage encore si l’on pense à l’Église du syllabus de 1864 et de l’infaillibilité pontificale de 1870 !
Pour obtenir le texte de la conférence envoyer un mail à hugues.lehnebach@yahoo.com 

Ce qu’est l’hérésie

Pour Sébastien Castellion (S.C.) l’hérésie n’est pas une secte, mais « une voie que l’on suit », un choix que l’on fait. Il n’en donne pas une définition théologique. La saine doctrine dit-il en citant 1Tim. 1, 5-6, est ce qui rend les hommes sains, doués de charité, de foi. La doctrine n’est pas concernée. Il a donc une définition qui se réfère à l’éthique. A l’opposé Calvin considère que la saine doctrine est ce qu’il affirme lui-même par exemple de la cène ou du baptême. L’hérétique pour Calvin est celui qui ne pense pas comme lui. Nous sommes donc tous hérétiques par rapport à quelqu’un d’autre. Définir l’hérésie d’un point de vue théologique revient finalement à définir une orthodoxie.
Un hérétique pense S.C. , est un obstiné qui persiste dans sa faute ou dans ses erreurs. Les hérétiques sont de deux sortes : les opiniâtres en ce qui concerne  les mœurs,  et les autres en ce qui concerne la doctrine. Comme la doctrine est humaine, il y a autant de doctrines du baptême ou de la Cène que d’Églises. Il en est des doctrines comme du voyageur qui doit changer de monnaie en changeant de pays. Il faudrait une monnaie d’or valable dans tous les pays. De même, il faudrait un même socle théologique dans toutes les Églises, sinon les formulations dogmatiques du baptême comme de la Cène peuvent être différentes. Cela reflète la différence de compréhension et d’expression .
Qu’est-ce qui est essentiel ? C’est la foi de celui qui est fondé sur Jésus-Christ. A ce titre il n’est donc pas condamnable en raison de ce qu’il croit.

Les réformateurs et l’hérésie

Pour les réformateurs, il y a hérésie quand il y a déviance en matière de doctrine. Cette hérésie-là ne mérite pas une punition par le glaive. Qui suis-je pour condamner les choix faits par un autre ? Prêchant sur le texte du bon grain et de l’ivraie, S.C. conseille de laisser effectivement croître l’un et l’autre. Tuer celui qui est dans l’erreur, c’est lui ôter toute chance de trouver le droit chemin.

S. C. postule la relativité de la vérité théologique. Cette vérité théologique n’existe pas en soi. Il n’y a que des opinions, que des choix possibles parmi d’autres. Elle est relative aux connaissances, à la linguistique, à la philosophie t, à la théologie du moment. Dieu seul connaît la vérité théologique. La confession de foi constitue une compréhension de Dieu pour celui qui l’énonce au moment où il l’énonce. Elle est vraie, mais relative.

La vérité sur Dieu n’appartient pas aux hommes. Saint Augustin dans son ouvrage sur La Cité de Dieu, pose une dialectique entre le glaive spirituel et le glaive temporel de l’Empire. Luther va récuser le dualisme augustinien et affirmer que les deux pôles sont référés l’un à l’autre et relèvent différemment du même Dieu. S.C., plus radical que Luther dit qu’il y a bien royaume de Dieu et règne des hommes, mais ils sont indépendants l’un de l’autre. Le règne de Dieu a ses lois qui régissent l’âme alors que les règnes des hommes - magistrats, princes, évêques- s’étendent sur les corps et les biens des hommes. Ces derniers ne peuvent légiférer sur ce qui concerne l’âme. Le règne de Dieu échappe à l’humain. En conséquence, il ne peut y avoir de vérité théologique absolue. Personne ne peut croire pour un autre, et contraindre quelqu’un à croire. Chacun doit pouvoir croire comme il le veut. Chacun est responsable pour lui même devant Dieu.

La vérité pour S.C.

La vérité est une concordance entre la pensée et le discours. La vérité consiste à dire ce que l’on pense, même si l’on se trompe. C’est la conscience qui est souveraine. On est dans la vérité quand on dit ce que l’on croit après avoir médité la Bible, après avoir réfléchi, en restant conscient des limites de sa croyance.

Perspective d’une religion non dogmatique

Élaborer une religion non dogmatique c’est promouvoir la paix au sin même de la religion. Dans « l’art de douter et de croire » S.C. s’appuie sut Mt. 24, 24 qui annonce que les derniers temps verraient surgir de faux Christs, pour dire que des hommes dépourvus  de méchanceté finissent par douter de la vérité chrétienne. Il est hanté par  la quête du vrai en matière religieuse. Élaborer une religion non dogmatique revient à extraire la religion du magistère. C’est valoriser le Dieu errant qui s’aventure hors chemins battus, qui ose s’affranchir de la tradition théologique pour chercher avec ses sens et son intelligence.


P.S. Le débat qui suivrait la lecture de cette conférence me semble peut être poser la question traitée par Kant.
Après avoir compris que tout message de l’extérieur, tout contact avec le « réel » est immédiatement transformé par notre sensibilité, ce qui fait que la chose en soi est en fait inaccessible, il va plus loin que Descartes qui se demandait « comment se fait-il que l’homme se trompe ? Il  s’interroge : « comment se fait-il qu’il y a du vrai ? »
Par ailleurs, interpellés par l’inter religieux, nous pouvons nous poser la question suivante : ne sommes-nous pas arrogants de penser que le christianisme est une vérité universelle ?  Devons nous adopter une position « inclusiviste »qui intégrerait dans le christianisme certaines données d’autres religions qui pourraient avoir été inspirées  de façon implicite par le Christ ?