Le réveil des églises protestantes :

 

Ce sont les Églises de la Confession d’Augsbourg et Réformée d’Alsace et de Lorraine qui ont les premières sonné l’alarme en publiant en 1979 Nature menacée et responsabilité chrétienne. Le Conseil œcuménique des Églises à Vancouver en 1983 fait prendre conscience de l’ampleur du problème en abordant le thème « Justice , paix et sauvegarde de la création » . Mais ces alertes sont tournées en dérision par ceux qui vont peu à peu devenir les principaux responsables et leaders de l’Église Réformée qui publient L'agitation et le rire[1]. Cet ouvrage critique l’assemblée œcuménique de Vancouver (1983) qui aurait dramatisé l’urgence des problèmes posés pour la survie de l’humanité. Pour les auteurs « le processus apparaissait de moins en moins comme une nécessité urgente ».  Ces théologiens avaient en fait grandement minimisé les effets de la croissance sans contrôle. Les propos tenus les placent à leur corps défendant, aux côtés des technocrates qui eux se mettent délibérément au service des économistes néo-libéraux.

 

Considèraient ils que l’homme protestant était dégagé de l’histoire, de l’avenir de la planète ? Leur analyse théologique s’appuyant sur une mauvaise compréhension de la théorie des deux règnes de Luther nous a fait prendre un retard dramatique. Une brève recension du chapitre intitulé la transition écologique relevée dans le livre L’illusion financière de Gaël Giraud[2], nous alerte et nous interpelle. Oui ! La nature est menacée et notre responsabilité de chrétiens est engagée.

 

L’extraction du pétrole pose problème

 

Sur la planète terre nous avons beaucoup de pétrole, de charbon et de gaz. Mais il y a un problème : l’extraction du pétrole est de plus en plus onéreuse. En effet quand on atteint la nappe de pétrole dans le sous-sol, le pétrole jaillit sous la pression souterraine. Puis au fil du temps, la pression diminue. Il faut alors chercher le pétrole. Et cela coûte de plus en plus cher. Sur 3 % d’augmentation du produit intérieur brut ( P.I.B.) par habitant au cours des trente glorieuses, 2 % provenait des énergies fossiles. Le reste provenait du travail. Depuis 2005, il n’est plus possible d’augmenter cette extraction qui stagne à 1 % vu les difficultés et le coût de l’extraction.  La conséquence est qu’aujourd’hui, la croissance ne dépasse pas les 1 %. Hélas ! Cela va durer. Il est inutile dit Gaël Giraud, de sacrifier les enfants grecs, les jeunes Espagnols, d’affamer les fonctionnaires espagnols, d’envoyer les fonctionnaires de catégorie C de la ceinture parisienne aux restos du cœur à la fin du mois, en croyant que c’est la solution pour retrouver la croissance ! Mais le gaz de schiste n’est-il pas la solution ? Certes ! Comme le sous-sol est aux États-Unis la propriété des propriétaires du sol, la production du pétrole de schiste est en augmentation vertigineuse aux U. S. pour les dix ans qui viennent. Une infime minorité va ainsi mettre en danger l’avenir de la planète.

 

 

 

 

 

L’augmentation de la température

 

Nous ne parviendrons pas à limiter à 2 °C l’augmentation de la température d’ici la fin du siècle. Nous serons alors plus près des 3 à 6 degrés. La planète ne sera plus habitable. En effet, si nous atteignons 5 ° ce sera l’apocalypse : montée des eaux, inondation de nombreux littoraux, migrations climatiques en nombre, sécheresses, pluies diluviennes, destruction totale de la forêt amazonienne, ce sont autant de catastrophes qui nous attendent. À partir de 3 °, la production agricole sera compromise.

 

Le défi de la transition énergie-climat

 

La création que Dieu nous a confiée est très fragile. Notre société de consommation et de production n’est absolument pas compatible avec le respect de cette création. Il nous faut donc apprendre dès maintenant à manger moins de viande rouge, à ne plus boire d’au en bouteille, à ne plus prendre l’avion, à préférer le train à la voiture, et à substituer les portables aux ordinateurs fixes. Cela ne suffira pas. Il va falloir modifier le fonctionnement de la société vers une économie beaucoup moins énergivore et moins polluante. Si nous nous mobilisions en ce sens, il est envisageable que dans deux générations nous accomplissions une révolution équivalente à ce que fut la révolution industrielle du dix-huitième siècle. Trois étapes s’imposent. La première est celle de la rénovation et de l’isolation du vieux bâti. La deuxième concerne le réaménagement du territoire en vue de restreindre la mobilité en rénovant le transport public et en repensant l’urbanisme. Les villes plus petites doivent pouvoir s’approvisionner grâce à une polyculture de proximité. Enfin la transformation de nos modes de production et  d’énergie s’impose également.

 

Coût de la transition

 

L’évaluation du coût du programme d’investissement à réaliser est de l’ordre de 3 % du PIB pendant 10 ans, soit 3 000 milliards d’euros pour l’Europe sur une décennie. Quand on pense que les États ont pu mettre à disposition des banques 4 000 milliards d’euros depuis 2 008, et que la B. C. E. a créé 1 000 milliards d’euros entre décembre 2011 et février 2012, cela ne semble pas impensable. Si l’Europe devenait le leader mondial de cette transition qui s’impose au monde entier ; elle y gagnerait vraiment beaucoup. Mais elle semble accepter de laisser la Chine de s’engager à sa place dans ce chantier prometteur. Certes ! La Chine pollue beaucoup, mais elle a pris ce problème très au sérieux.   Le problème financier peut être résolu par la création de la monnaie ex nihilo, tout à fait concevable, C’est bien ce que font les banques.

 

L’implication des chrétiens

 

Les chrétiens se sont habitués au discours lénifiant des économistes qui nous ont pourtant conduits à la crise. Ils les ont crus. Pourtant les chrétiens sont a priori les mieux préparés à ne pas sacrifier au veau d’or. « À vrai dire, la génération qui arrive aujourd’hui à l’âge adulte a même une responsabilité historique : soit elle réussit à amorcer cette  transition (au moins dans les pays anciennement industrialisés,) et l’on parlera d’elle dans les livres d’histoire de la fin de siècle ; soit elle n’y parvient pas, et l’on parlera d’elle en termes très différents » nous dit G. Giraud. Nous sommes en fait déjà responsables de la vie et de la mort de nos arrières arrières petits-enfants que nous ne connaîtrons jamais.  Dieu nous a confié cette planète si fragile. Notre vocation est de la protéger en osant rompre avec nos habitudes et nos façons de décrypter la réalité, là sous nos yeux, pour transmettre une terre  habitable pour les générations futures. Ne rien faire, c’est en fait les assassiner de sang-froid.

 

H.L.

 



[1] L’agitation et le rire, Contribution critique au débat « justice, paix et sauvegarde de la création , Les Bergers et les Mages, 1989 avec la collaboration de L. Schlumberger, F. Bergeron, J.L. Parlier, J.D. Causse, R. Bennahmias, B. de Cazenove.

[2] Gaël Giraud,Illusion financière, ed. de l’Atelier 2013. L’auteur est chercheur en économie au CNRS.