Le mot Christ, d’origine grecque, vient du mot « messie » d’origine hébraïque. Pour les Juifs le mot messie a un sens précis, différent de celui du mot christ pour les chrétiens.

Pour les Juifs

Le mot messie a la même racine en hébreu (mshh) que le mot qui signifie « onction ». L’onction consistait à enduire quelque chose ou quelqu’un d’huile d’olive. On mettait par exemple de l’huile sur un bouclier pour le rendre glissant. Mais l’onction était en général un acte religieux qui consistait à verser de l’huile sur un objet de culte et le plus souvent sur la tête de quelqu’un, ce qui signifiait que cette personne était consacrée en vue d’un office sacré, d’une tâche à accomplir. Les rois d’Israël, investis par une onction solennelle, sont appelés le mashiah, le messie de Dieu qui a reçu l’onction du Seigneur. Le titre de messie a ainsi été donné à Cyrus le Grand pour avoir permis le retour en terre d’Israël des exilés à Babylone. L’onction royale est associée à la dignité de fils de Dieu. Celui qui a reçu l’onction appartient à Dieu et jouit de sa protection. C’est de là que vient le fait que l’on donnera le titre de messie  à celui qui bénéficie d’une attention particulière de la part de Dieu, sans qu’il roi ou prêtre.

À partir du 1 er siècle avant J. C. alors que depuis longtemps il n’y avait plus de rois, le « messie » va devenir une figure centrale à l’articulation de « ce monde-ci » et « du monde à venir », comme un justicier, qui interviendra pour le salut d’Israël, c'est-à-dire pour son indépendance, voire sa suprématie sur les autres nations, et parfois en faveur de toute l’humanité. On a pu se le représenter comme roi ou comme un  grand prêtre. Sa venue a aussi l’image d’un prophète sauveur malgré ses souffrances et sa mort.

Pour les chrétiens

Le Nouveau Testament utilise la plupart du temps la traduction grecque du mot messie par le mot khristos ( d’où viendra le mot de « chrétien » ). C’est le titre qui est donc donné à Jésus. Jésus semble avoir évité ce titre à cause des connotations politiques du mot associé à la notion de royauté. Il préférait utiliser le titre de « fils de l’homme ».

Pour les chrétiens aujourd’hui le mot christ est devenu une sorte de nom de famille de Jésus. C’est une erreur parce que le mot christ désigne plutôt une fonction, comme une personne peut exercer la fonction de juge, de ministre, de préfet. Parler du « Christ » ce serait alors parler de Jésus venu remplir la mission confiée par Dieu de révéler la façon dont on doit comprendre le sens des Écritures, la signification de la loi, de l’histoire de l’alliance conclue entre Dieu et le peuple d’Israël.

 Nous pouvons aussi donner à ce mot une dimension cosmique. Le mot ne désignerait plus quelqu’un remplissant seulement une fonction particulière, ou la personne du Jésus historique, mais le principe de la vie, de la création permanente, de la lumière, l’action permanente de Dieu dans le monde. 

 Jésus en tant que Christ

Tillich utilise souvent la désignation suivante de Jésus : « Jésus en tant que Christ ». Il voit dans le Jésus de Nazareth historique, la personne qui a été en communion totale avec Dieu. « Jésus devient le Christ en triomphant des forces qui essaient de le rendre démoniaque, et le tentent en le poussant à …obtenir qu’il ne se sacrifie pas lui-même comme medium de la révélation. Ces forces voulaient qu’il évite la croix ».

Jésus était en communion permanente avec Dieu. Il était sans cesse habité par la présence de Dieu. C’est en quoi il est le Christ. Cette dimension « christique » transparaissait dans sa personne, celle de l’Etre nouveau, de l’homme parfait, capable d’atteindre sa dimension divine, d’être pleinement à l’image de Dieu. Cette présence de Dieu transpirait de ses propos, de ses actions, de ses silences, quand il priait.

C’est cette image de Jésus que ses disciples ont gardée à l’esprit. L’événement « Christ » se tient dans l’image qu’en ont gardée les disciples. Ils nous l’ont transmise en rapportant certains de ses discours, les événements importants qu’ils ont vécus avec lui. Ils ont parfois enjolivé les faits. Ils ont même été peut-être jusqu’à inventer des miracles merveilleux. C’était leur manière de nous transmettre le sens de la vérité cachée qu’ils ont voulu nous faire partager sous les détails du récit.

Si nous allons nous aussi sur les chemins de Galilée, à la redécouverte de cette image du Christ telle qu’elle surgit à l’écoute des textes, alors nous aussi pourrons rencontrer le ressuscité. Et comme les femmes au tombeau, nous serons saisis de joie. La seule chose à faire est de « retourner en Galilée », comme les disciples, c'est-à-dire en nous replaçant sous la lumière des évangiles qui relatent le vécu des disciples quand ils étaient en Galilée aux côtés de Jésus. Nous vivrons alors en Christ, comme le dit l’apôtre Paul.

John Cobb dit : « De nombreux chrétiens, y compris Luther, disent que nous pouvons être des « christs » pour notre prochain, ce qui veut dire que la notion de christ n’est pas liée à la seule personne de Jésus. Mais l’idée de « christ » a tout son sens en Jésus, car à travers lui, nous avons compris que l’univers vit en Dieu, puissance créative et rédemptrice agissant partout et en tout temps. C’est cette onction particulière qui, à notre insu, nous a fait prononcer des paroles ou fait les gestes qui ont redonné l’espérance, l’envie de vivre à des personnes en peine placées sur notre chemin. C’est en Jésus que Christ se fait connaître, qu’il est présent et qu’il est réel. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que Jésus est le Christ »[1].

Cette dimension « christique », qui permet d’être habité par le christ a inspiré ces mots  à l’apôtre Paul « Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». J’en déduis que cette « dimension christique » a habité des personnes qui ont fait avancer le monde vers un meilleur. On pense à des personnes comme Martin Luther King, sœur Emmanuelle, Monseigneur Romero.. Mais je crois que cette dimension christique a habité des personnes qui n’étaient pas chrétiennes comme la Bouddha Gautama, Gandhi, Nelson Mandela.

H.L.