La notion du temps

Pour Platon et la pensée des Grecs, la roue des générations réintègre l’existence humaine dans un mouvement cyclique où le passé se répète et où, chaque chose une fois advenue, retourne à ce qu’elle était. La délivrance réside pour eux dans le fait que nous passons de notre existence d’ici-bas, liée au cycle temps, dans l’au-delà, soustraits au temps. Le salut, pour le peuple juif, au contraire des grecs, s’inscrit rigoureusement dans le temps. Il correspond à une vision linéaire du temps. L’accomplissement du royaume est réellement à venir. C’est cette compréhension du temps judéo-chrétien qui va être retenu dans notre culture occidentale. Il y a une création, un passé, un présent et un messie qui inaugurera le Royaume à venir.

Une attente permanente du salut

Le Premier Testament est le livre d’une attente sans cesse grandissante. Dieu apparu à Abram et lui dit : «  Je mets mon alliance entre toi et moi ; je te multiplierai à l’extrême…Je te donnerai …le pays où tu séjourneras en immigré. La promesse se réalise sous la conduite de Josué quand il conquiert le pays de Canaan. Malgré cette évidence d’une promesse bien tenue par Dieu lui-même, le peuple ne considérait pas que la promesse divine était définitivement accomplie pour autant. Plus tard David était placé à la tête de l’État. Il avait considérablement élargi les frontières du pays. Cela n’empêcha pas les prophètes d’annoncer de nouvelles actions salutaires en faveur du peuple choisi.

Israël est en perpétuel mouvement. Comme s’il était sans cesse engagé dans une grande marche. Ils avaient connu la délivrance hors de l’Égypte, l’alliance conclue au pied du mont Sinaï, L’élection du roi Saül, les triomphes du roi David …Cela n’est jamais assez. Israël reporte toujours plus loin son attente. Oui ! Le Premier Testament est bien le livre d’une attente qui toujours s’amplifie.

Une passerelle de l’Ancien au Nouveau Testament

Il y a un chemin qui conduit de l’Ancien Testament au Nouveau.  Les prophètes voyaient toujours leurs contemporains en de ça des attentes de Dieu. Cependant que le peuple se pensait toujours protégé par Dieu, ils attendaient toujours un nouvel Exode, une nouvelle alliance, une nouvelle cité de Dieu, de nouvelles actions divines en leur faveur.

Le schéma type de cette nouvelle alliance on en a la trace dans Jérémie 31 : « Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël…Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai sur leur cœur ; je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple ». Les prophètes transposent sans cesse le passé dans le futur.

Les apôtres et les évangélistes vont agir dans le même sens. Ils vont reprendre les données de l’histoire des péripéties de cette alliance puis les modifieront,  et finiront par dire : « Ce qui était attendu s’est manifesté ».  Le Christ , le Seigneur va être décrit comme celui qui entre en possession de cet ancien héritage. Ils vont adapter les anciennes traditions à la situation nouvelle inaugurée par Jésus. On ne lira plus les Écritures comme si elles étaient dominées de bout en bout par le souci de respecter la loi sous l’angle de la pureté. Jésus invalide l’interprétation qu’avaient les pharisiens de la Torah en radicalisant l’appel à aimer son prochain comme soi-même du Lev. 19,18, en détruisant  toute limite à l’amour, allant  jusqu’à dire : « Priez pour ceux qui vous persécutent ».

Le sentiment de l’urgence qui domine est que désormais l’on se trouve devant un autre temps, le temps de l’accomplissement par Dieu. «  Nous étions esclaves des éléments du monde. Mais, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son fils né d’une femme et sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi » dit Paul dans l’épitre aux Galates.

La venue annoncée du Messie, le Christ, se réalise

Le Magnificat de Marie dans l’évangile de Luc « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit se réjouit en Dieu, mon Seigneur, parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.  …sa miséricorde s’étend d’âge en âge… » (  Lc 1, 46…)  est un parallèle du psaume 34 : « Magnifiez le Seigneur avec moi, exaltons ensemble son nom ! J’ai cherché le Seigneur et il m’a répondu ! »(574) Tous ces événements sont appliqués à Jésus.

Les évangiles de Mattieu et de Luc n’ont pas le souci de rapporter les événements de la naissance de Jésus en historiens avertis. Ils racontent un conte qui annonce chacun à sa façon que Jésus est manifestement le Messie annoncé, le Christ. En effet leurs communautés n’ont pas la même connaissance des textes de l’Ancien Testament. Les uns sont des juifs convertis. Matthieu va alors faire constamment référence à l’Ancien Testament qu’ils connaissent bien. Les chrétiens auxquels Luc s’adresse n’ont  pas la même culture. Nombreux parmi eux sont d’origine païenne. Il va être pédagogue. Son catéchisme va faire des allusions à L’Ancien Testament et c’est à un ange qu’il confiera le soin d’annoncer que l’enfant qui va naître est bien le Messie attendu. Les premiers croyants venus adorer l’enfant seront des bergers, des païens. Oui, Jésus est bien l’envoyé de Dieu et le salut touche le monde entier, au-delà du peuple élu. 

L’Ancien  Testament disait ce qu’est le Christ, le Nouveau Testament dit qui il est. Les deux testaments se réfèrent l’un à l’autre comme le souligne André Gounelle avec cette citation de  Luther: « Il n’est aucun mot du Nouveau Testament qui ne regarde en arrière vers l’Ancien, dans lequel il est annoncé d’avance ».

Jésus arrive c’est l’aujourd’hui, le maintenant annoncé qui se réalise. Le livre des Actes confirme : « Moïse et tous les prophètes ont annoncé ces jours-là » (3, 22 ss) . La Bible ne connaît ni un Jésus historique, ni une idée du Christ mais le Christ Jésus attesté par l’Ancien et le Nouveau Testament.

La Bible n’est pas l’Écriture sainte tombée du ciel. Elle l’est seulement dans la mesure où elle témoigne du Christ, incarnation de Dieu. La Parole a été faire chair. Pour les chrétiens, cette histoire donc du salut a le Christ pour centre. Pour les juifs le Messie est toujours à venir.

Conclusion

Il n’y a donc plus besoin pour le christianisme de rechercher quel sera « le reste », c'est-à-dire quels seront les élus  qui assureront la mission qui consiste à sauver le peuple de ses errements. Jésus en effet est le Christ, celui qui a réalisé ce qu’il fallait faire pour que le salut soit accordé. A partir du point central de la résurrection de Jésus, le chemin du salut passera du Christ à ceux qui croient en lui, et qui, sauvés par la foi en sa mort, sont conviés à accomplir la mission qui était confiée autrefois au reste. C’est l’Église qui est devenue dépositaire du salut, du royaume à venir.Ce serala thèse développée par l’apôtre Paul (3, 6 à 4,v.7).
 

H.L.