Nos souhaits ? S’atteler à la correction des dérives du protestantisme et pointer les effets de l’erreur de Calvin pour que le monde aille mieux ! c’est possible.

Au seuil de cette nouvelle année, nous pouvons faire des vœux et prendre de bonnes résolutions. Le monde en a vraiment besoin. La crise s’est installée pour un bon moment si j’en crois Gaël Giraud qui fait remarquer dans son livre « L’illusion financière »[1], qu’au cours du dernier siècle la croissance économique des pays industrialisés  était due à la hausse de la consommation de l’énergie fossile par habitant. Donc plus on consommait de charbon, de pétrole, de gaz, plus on polluait le monde! Mais plus le Produit Intérieur Brut (PIB) augmentait. Effectivement, sur 3 % d’augmentation moyenne du PIB par habitant au cours des trente glorieuses, 2 % environ provenait de l’accroissement de la consommation de pétrole, de charbon et de gaz. 1% seulement provenait du progrès technique et de la révolution managériale, Bref ! D u travail. Or ces ressources énergétiques vont diminuant. S’il y a encore des réserves de pétrole, leur extraction est de plus en plus difficile, de plus en plus onéreuse. Quant à l’énergie atomique, il faut aller chercher le lithium en Afrique, et cela coûte de plus en plus cher ! Sans compter le coût à venir des désinstallations des centrales nucléaires !  La conséquence est évidente : le rêve d’un retour aux temps des trente glorieuses est illusoire. La planète va fournir de moins en moins de ressources énergétiques. Il va falloir accepter de changer de paradigme et apprendre à vivre autrement. Il y a devant nous deux chantiers : celui de l’écologie, et celui de la réforme du capitalisme.

Peut-on avancer sur le chantier de l’écologie avant d’avoir résolu le problème du supra capitalisme ? Nous pourrions le souhaiter mais cela semble difficile. Il faudrait paraît-il, 50 milliards d’investissement par an en France pendant 10 ans pour amorcer le virage. Le supra capitalisme qui règne en France comme ailleurs ne veut pas investir en ce domaine car cela ne lui rapporterait rien à court terme.

Le protestantisme a sa part de responsabilité dans le développement du capitalisme. Le capitalisme libéral et l’éthique des affaires sont nés effectivement sous l’influence du protestantisme. «  C’est le credo social de la Confédération des Églises protestantes américaines qui lança en 1908 le vaste mouvement de l’éthique des affaires »[2]. La culture américaine a imposé ce système au monde entier. Le libéralisme est directement influencé par la culture protestante qui repose sur trois principes 1) seule compte la foi personnelle. 2) L’être humain reçoit la grâce seulement de Dieu 3) La foi, nourrie par la grâce, se fortifie par la lecture de la Bible et la mise en pratique des vertus fraternelles. « Le libéralisme est issu directement de ces trois principes. C’est l’éthique individuelle de chacun        ( l’être humain seul devant lui-même et devant Dieu) qui, développant un comportement vertueux conforme aux grands commandements bibliques, permettra le bonheur individuel et le bien être de tous au sein de la communauté. » La valeur affichée est l’intégrité. Le mensonge est impardonnable. Toniutti ajoute : « Dans ce contexte, les valeurs affichées n’ont qu’un seul objectif : fournir le résultat économique adéquat à l’assurance de la grâce de Dieu sur soi et l’avènement de sa grâce. C’est sur ce vocabulaire que se sont structurés les codes d’éthique ou le code de conduite des affaires dans les entreprises. Ce mode de management est enseigné dans toutes les grandes écoles du monde entier ». Chinois, Européens ou Africains ne sont pas conscients qu’ils mettent en œuvre cette idéologie. Mais elle est bien passée dans les mœurs. Les actionnaires sont ceux qui ont reçus la grâce de Dieu puisqu’ils sont détenteurs des richesses nécessaires à l’élaboration du bonheur de la communauté.

Ainsi donc l’origine du capitalisme américain qui domine sur le monde entier a-t-il le protestantisme pour origine ? Mais quels en sont donc les principes ?

La culture américaine s’inspire de la pensée de Hobbes ( 1558-1679) pour lequel l’homme est un loup pour l’homme, ce qui l’incite à privilégier son intérêt personnel en utilisant au besoin la contrainte sur l’autre. C’est le premier élément de la philosophie exprimée sur l’être humain inhérente à la culture américaine. Seule une loi régulant avec force les comportements interindividuels permet la vie collective. Hobbes dans son livre le Léviathan, prônait l’instauration d’une dictature. Ainsi la loi garantit elle la liberté et la justice. Tel est le fondement de la Constitution américaine qui vise deux objectifs : préserver chaque individu de la violence de tout autre et favoriser le développement d’un mode de vie en vue du bonheur individuel.

Le deuxième élément découle des principes du protestantisme déclinés ci-dessus : La vie, le bonheur dépendent de l’individu seul responsable devant lui-même et devant Dieu, et non du système dans lequel il évolue. Il n’y est pour rien ! Suivant Calvin, il est prédestiné au salut ou non. Chacun occupe la place qu’il doit occuper en fonction de ses capacités, de ses compétences, et de sa capacité à atteindre ses objectifs. Si chacun remplit sa tâche, l’équipe est gagnante. S’il ne réussit pas, il est naturel de le licencier sans difficultés. Il n’était pas « élu ». On comprend pourquoi Obama a tant de mal à mettre en place l’équivalent d’une sécurité sociale. La notion d’État providence est irrecevable pour un descendant des puritains calviniste débarquant en Amérique du Mayflower ! La meilleure relation entre Dieu et soi-même consiste à occuper la place à laquelle Dieu vous prédestinait. Chacun doit simplement optimiser sa relation à Dieu et la bénédiction divine se renouvellera de jour en jour. Je n’ai pas à m’occuper des autres. La bonne relation de chacun avec Dieu favorisera le succès collectif à la condition que la valeur affichée soit l’intégrité. Le mensonge est impardonnable.

Qu’en est-il de la main invisible du marché ?

Un des pères du libéralisme est Adam Smith qui développa la théorie de la main invisible du marché. Il était tout à fait en phase avec la théologie calviniste. Rappelons en le principe : Un boulanger fabrique du pain.  Il ne le fabrique pas pour nourrir gratuitement la population mais pour servir son intérêt personnel car il est fondamentalement égoïste. Il veut gagner sa vie et le plus d’argent possible. Ses clients sont très contents d’avoir un bon boulanger. Suivant donc le principe protestant : si chacun satisfait son intérêt individuel, l’intérêt collectif est assuré. La main invisible du marché assure le bonheur de tous ! Tel a été l’argument sans cesse développé par les tenants du supra capitalisme. Ils oublient malheureusement une chose essentielle pour Adam Smith : l’intégrité et la prise en compte de l’intérêt de tous les partenaires, qu’ils soient financiers, producteurs, vendeurs ou clients.

Le dernier principe du capitalisme américain est que le plan de Dieu sur l’humanité à travers les affaires consiste à préparer l’avènement de son  Royaume. Les Américains sont en général convaincus de porter effectivement cette responsabilité.

L’ultra libéralisme a pourtant trahi le libéralisme

Malheureusement cette théorie n’est pas celle du libéralisme  mais celle de l’ultra libéralisme, celle d’une vision de toute-puissance du système libéral, maximisant le profit à court terme pour rémunérer toujours plus l’actionnaire. Ce n’est plus la main invisible du marché qui préside aux destinées de l’économie mais le sentiment amoral de la tout puissance. Prévoir quelles seront les conséquences dramatiques de cette dérive inéluctable de la domination des États –Unis sur le monde est impossible. Les américains ont hérité de la théologie des puritains.  Le salut revient à ceux que Dieu a élut « par sa seule bonté et miséricorde en Jésus Christ Notre Seigneur, sans considération de leurs œuvres, laissant les autres en icelle corruption et damnation pour démontrer en eux sa Justice… » dit Calvin.

L’espoir peut-il surgir des Églises et des hommes de bonne volonté?

L’Église catholique dénonce les effets du néo libéralisme. Du 2 au 4 octobre 2013 le Conseil pontifical « Justice et Paix » a organisé, à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de l’ encyclique Pacem in terris, des journées d’étude traitant de la subordination du développement humain à l’économie. La revue Parvis fait remarquer (N° 129), que l’Église catholique ne fait que valider la démocratie chrétienne au nom du bien commun. Elle  prône une doctrine sociale qui serait partie intégrante de la révélation mais ne met pas en question la logique des rapports sociaux permettant à une minorité de s’approprier la presque totalité des ressources. Quant à la Fédération Protestante de France, elle semble s’aligner de plus en plus clairement sur les positions conservatrices des évangéliques. Une minorité milite pour une véritable révolution, mettant en cause les principes du supra capitalisme. Cette minorité se trouve dans la mouvance protestante d’Évangile et Liberté, du Christianisme social et de la Cimade, comme dans les réseaux des Parvis et de Témoignage Chrétien pour ce qui est du côté catholique. Ce travail en profondeur consiste dans un premier temps à dépoussiérer les catéchismes théistes qui empêchent de voir la réalité. C’est de là que pourra surgir la prise de conscience collective qui fera que la roue tourne enfin dans le bon sens. Mettre à bas l’idole de cette fausse religion, voilà nos vœux pour 2014. 

H.L.

 

 

 



[1] GAÊL Giraud ? Illusion financière, Ed. De l’Atelier2013

[2] E. Toniutti, L’urgence éthique, 2013