Jésus était un rabbi particulier, vraiment très original. Il participait au débat qui avait lieu en son temps au sujet de la meilleure façon d’interpréter la loi de Moïse. Les pharisiens qui étaient des experts pour ce qui était d’obéir à la loi considéraient que l’essentiel était de se garder pur, d’éviter tout contact avec l’impureté, que ce soit du sang, un étranger non juif,  une femme qui avait ses règles, un malade sur le bord du chemin. Toucher un lépreux, c’était l’horreur. Respecter la loi à la lettre était le bonheur, fut-ce au prix de sa mort. La preuve ? Deux siècles plus tôt,  au temps des guerres dirigées par les chefs de guerre qu’étaient les Macchabées, mille juifs cités en exemple, avaient préféré se laisser tuer plutôt que de combattre un jour de sabbat.

Jésus avait une tout autre lecture de la loi de Moïse. Au lieu d’une interprétation littérale, au lieu de prendre la loi au mot à mot, il la comprenait en tenant compte de l’intention divine qui avait inspiré les commandements. La volonté  de Dieu qui avait dicté la loi était de mettre en application l’amour, quel qu’en soit le prix. Pour bien se faire comprendre, Jésus dit que le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Le sabbat est un jour où l’on s’arrête de travailler, de gagner de l’argent, pour se placer devant Dieu et réfléchir au sens que l’on donne à sa vie. Mais maintenant si votre enfant tombe dans le puits, le jour du sabbat, Dieu  ne vous ordonne pas de le laisser mourir sous prétexte qu’il faut se reposer et ne rien faire ce jour-là!
Jésus n’hésite pas un jour de sabbat, à guérir un homme en plein service religieux. Pour les pharisiens, un bon juif, même s’il est médecin, donne ses consultations un jour de semaine. Le malade n’a qu’à attendre.
Mais pire encore ! Jésus se permet de se mettre à la table de gens peu recommandables comme des collecteurs d’impôts, détestés, car ces derniers collaboraient avec les Romains. Il laissait même entendre que lorsque des gens  partageaient leur pain quelle que soit leur race de non juif, la couleur de leur peau, leur religion, Dieu était sans doute présent à la même table ! On peut dire qu’il était sans doute déjà laïc !
Un jour où Jésus était invité par un notable pharisien, une femme s’introduisit dans la salle du banquet, versa du parfum sur les pieds de Jésus, les lui essuya avec ses cheveux avant de les embrasser. Cette femme était une prostituée. Et Jésus la donne en exemple au pharisien sans doute stupéfait.

 Bref ! Jésus exagérait vraiment.

Le pire, c’est ce qu’il a fait au Temple, au jour d’une grande fête religieuse. Des Juifs pratiquants venaient des quatre coins du monde offrir des sacrifices. Il y avait des changeurs à leur disposition, car beaucoup venaient de l’étranger, et n’avaient pas la monnaie qui permettait d’acheter les bêtes à sacrifier. Cela rapportait beaucoup d’argent aux chefs du Temple. Et bien Jésus  ne fait ni une ni deux ! Il renverse les tables des changeurs. Il les accuse d’avoir fait du Temple de Jérusalem une caverne de voleurs. Jésus ne respectait donc vraiment pas la religion, ni les grands chefs du Temple. Il ridiculisait les pharisiens pourtant experts en interprétation des textes biblique.

Dans un sermon qu’il aurait fait du haut de la montagne, Jésus déclara qu’il faut avoir assez d’amour pour aimer ses ennemis au point de tendre la joue gauche si on vous a frappé sur la joue droite. Ce n’est pas par masochisme. C’est dans l’espoir que le méchant prenne conscience de ce qu’il a fait. Au lieu de  rendre coup pour coup, on désarme son ennemi par la non-violence comme le fit plus tard Gandhi !

Jésus a préféré se laisser crucifier plutôt que de se renier. S’il avait dit : «  je m’excuse ! Ne croyez pas tout ce que je vous ai dit. Je me renie. Je me suis trompé».  Certainement les  autorités religieuses, et Pilate le premier  ne l’auraient pas condamné à mort. Mais Jésus tenait à nous faire comprendre qu’il valait mieux vivre en obéissant aux lois du Royaume, aux lois du ciel, plutôt que de vivre en obéissant aux lois de ce monde-ci, de ce monde auquel nous sommes soumis. Oui vraiment ! on peut se demander parfois si Jésus exagérait !

 Mais alors si Jésus meurt sur la crois, où est donc Dieu ?
Je reprends ici un texte de Jean Alexandre[1] pour répondre.
 « Dieu est là où il n’y a pas d’issue. …au moment du plus grand malheur, de la plus grande peur, de la plus grande désespérance.
C’est là que Dieu se trouve, est trouvé, se laisse trouver. »
C’est ce que la résurrection, victoire de la vie sur la mort, prouve.

Mais maintenant nous, nous vivons sous la loi de l’argent sans frontière qui asservit le monde entier. C’est notre nouvelle religion. Comme l’écrit Jean Louis Servan Shreiber : « Pourquoi  les riches ont gagné ».  Jésus nous exhorte à vivre en nous plaçant résolument sous la loi du Royaume comme il disait. Et il ajoute très souvent : « Attention ! C’est urgent ! » Il n’exagère pas, car c’est vraiment urgent ! La planète terre est en danger ! Le monde lui-même est en crise ! Ce sont nos petits enfants qui  payeront la facture de nos dettes !

H.L.



[1] Jean Alexandre, Ce qui m’importe, théolib. 2013