Quand la science s’est imposée

C’est après la renaissance que s’amorcèrent les conflits entre science et religion qui ont perduré pendant cinq siècles.  
Avec le perfectionnement de l’imprimerie qui facilita l’information,  puis la Réforme avec l’affirmation de Luther privilégiant sa conscience sur les autorités religieuses car disait-il : « Je n’ajoute foi ni au pape, ni aux conciles seuls...Ma conscience est captive des paroles de Dieu. »[1], la conception du modèle de l’homme basé sur la confiance en la raison poussa l’individu à se libérer des Autorités.

Copernic(1473-1543)avance l’idée que le géocentrisme que l’on considérait  comme vérité absolue depuis Ptolémée n’était peut-être qu’une hypothèse. Galilée met le premier télescope au point et ...confirme l’intuition de Copernic. Mal lui en prend ! Il est condamné[2](1633). La vérité pour l’Église reposait sur les textes sacrés et l’autorité qu’elle accordait à Arisstote, non sur l’observation et l’expérience. Descartes se pose la question suivante : « qu’est-ce que la connaissance » et publie le Discours de la Méthode dont le sous-titre est : Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences(1637). Les scientifiques n’ont pas encore droit de cité, mais ils avancent. Au siècle suivant les philosophes des Lumières veulent sortir de l’obscurantisme et encourager la science. Diderot et D’Alambert publient sur vingt ans l’Encyclopédie qui recense toutes les connaissances de l’époque.
Fin du XVIIIesiècle : Laplace répond à Napoléon qui lui demandait quelle était la place de Dieu dans ses explications : « Sire, c’est une hypothèse dont je n’ai pas besoin ».
Fin du XIXel’Église s’oppose à Darwin grâce auquel on n’avait plus besoin du livre de la Genèse pour expliquer l’apparition de l’homme sur la terre. Avec assurance le positivisme considère que seule la connaissance des faits vérifiés par l’expérience explique les phénomènes du monde.
La crise moderniste dans l’Église catholique commence en fait au milieu du XIXe siècle et va se développer de 1902 à 1908. Le modernisme se caractérise par un relativisme vis-à-vis des affirmations de l’Église et une propension à la sécularisation. Il sera dénoncé par Pie IX.

Les réactions au sein du protestantisme

Les effets de ces tensions entre science et religion ont marqué le protestantisme qui a généralement  pris le parti de la modernité. Les orthodoxes ou conservateurs ont voulu rester fidèles aux discours et aux doctrines de leurs prédécesseurs, selon eux immuables. Ils ont voulu les préserver dans le fond comme dans la forme. Le danger était pourtant de ne pas répondre aux interrogations posées par les réalités culturelles et scientifiques de l’actualité.
A l’opposé, un néo protestantisme se met alors peu à peu en place. Au milieu du 19e, le protestantisme effectue une rupture avec Luther et Calvin. Certains vont même juger  les réformateurs archaïques, trop attachés aux pères de l’Église. Des petites brochures paraissent et soutiennent que le protestantisme est moderne, en phase avec la culture du temps. Au même moment Pie IXdéclare la guerre à la modernité par la publication d’une encyclique, le Syllabus.
Le courant des libéraux ou des novateurs nait à  peu près à la même période. Ils veulent repenser et reformuler les doctrines pour dire la foi dans les catégories et le vocabulaire de leur temps, en tenant compte des réalités culturelles, scientifiques, philosophiques.  Le libéralisme refuse l’autoritarisme, le dogmatisme, l’esprit d’orthodoxie.
Les libéraux ont été les artisans et les défenseurs de l’analyse historico-critique de la Bible venue d’Allemagne. Cette méthode permet de retrouver le sens premier du texte. Ils abandonnent donc les interprétations allégoriques, morales, littérales qui permettaient de justifier tout ou n’importe quoi. 

Les fondamentaux des libéraux

La vision du monde de l’homme biblique et des premiers chrétiens n’a plus rien à voir avec la nôtre. Il s’agit donc de traduire les données bibliques qui nous ont été transmises pour les exprimer dans nos représentations modernes. L’Église les a reformulées entre le troisième et le septième siècle à l’aide des concepts philosophiques gréco-romains. Les réponses données répondaient aux questions qui se posaient dans ce lointain passé. Elles ne répondent plus aux questions qui se posent aujourd’hui.  Il s’agit aujourd’hui de purifier le contenu de certaines de ces affirmations doctrinales dont nous avons hérité. Telles sont les notions d’enfer et de salut, d’au-delà, de péché, de culpabilité, de rétribution, de rédemption, d’expiation, de sacrifice, de peines éternelles,  voire même le Symbole dit des apôtres. Le libéralisme clarifie, épure donc les contenus donnés à ces anciennes doctrines qui ont été très utiles pour exprimer la foi de l’Église à un moment donné. Mais elles ne sont pas vérités éternelles. Parmi les principaux théologiens libéraux du XIXe, on peut nommer Ferdinand Christian Baur, Albrecht Ritschl, Adolf von Harnack, Ernst Troeltsh.

Les excès du libéralisme

Le conflit entre libéraux et orthodoxes alla jusqu’à provoquer une scission au synode général de l’Église réformée en 1872.
À la fin du XIXe, un des courants du libéralisme a compté des théologiens qui, non seulement se sont écartés des réformateurs et des doctrines traditionnelles, mais ont mis l’homme, sa raison, ses sentiments au cœur de la doctrine chrétienne. Parmi eux, Ferdinand Buisson, auteur d’une thèse magistrale sur Castellion,  fut un des maîtres d’œuvre de la mise en place de l’école laïque. Il a sa vie durant, défendu une foi laïque[3]. Rares furent toutefois ceux qui ont été jusqu’à faire du christianisme un humanisme et de Jésus un simple penseur, ne se différenciant plus des libres penseurs.
Au XX e Karl Barth, pour qui Dieu est totalement au-dessus de nos réalités naturelles, les a fortement contestés.

L’éthique des protestants libéraux

Le courant libéral actuellement en place a élaboré une charte qui se réfère au message évangélique. Il refuse tout système autoritaire, affirme la primauté de la foi sur les doctrines, la vocation de l’homme à la liberté, la nécessité d’une critique réformatrice, la valeur relative des institutions ecclésiastiques, son désir de fraternité. C’est la charte du mensuel Évangile et liberté.

La théologie du Process, une nouvelle façon de penser Dieu

Ce courant théologique a une grande qualité : celle de renouveler totalement l’idée que l’on se fait habituellement de Dieu. Avec ces théologiens, Dieu n’est pas un être lointain, dominateur, tout puissant, totalement en dehors ou au-dessus de notre monde. Bien au contraire. Dieu n’est pas une réalité surnaturelle. Il fait totalement partie du monde. La pensée de ces théologiens est originale parce qu’elle part de l’idée que le monde ne peut s’expliquer sans Dieu. Whitehead, le philosophe à l’origine de cette pensée, était à l’origine un mathématicien réputé qui avait travaillé sur les données d’Einstein. Il n’ignorait pas grand-chose de la relativité et de la physique quantique. Cela explique en partie la conception du réel des théologiens du process qui se sont largement inspirés de sa réflexion.
La théologie élaborée par le jésuite Teillard de Chardin, savant paléontologue, a bien des points communs avec la théologie du process[4].

Hugues Lehnebach


[1] A quoi l’official répondit :  « Abandonne ta conscience, frère Martin, la seule chose qui soit sans danger est de se soumettre à l’autorité établie ».

[2] Il sera réhabilité par le Vatican en 1992.

[3] Cf. le livre de Vincent Peillon Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson .

[4] Cf le numéro 276  du mensuel Évangile et liberté.