John Shelby Spong a été pendant 30 ans évêque dans le New Jersey. Il propose dans son dernier ouvrage Jésus pour le  XXIe siècle, un portrait de qui était pour lui le Jésus réel. Je soumets ici à l’appréciation des lecteurs  une recension d’une petite partie du livre concernant la crucifixion de Jésus.

Borg a une lecture très troublante de la Passion. Il s’appuie pour cela sur ses connaissances approfondies de la culture et de la piété juive de l’époque à laquelle furent écrits les évangiles, notamment celui de Marc. Il constate que Marc décode les événements de la vie de Jésus en les reliant systématiquement aux écrits bibliques, comme pour prouver que la vie et les messages de Jésus étaient au centre même du culte juif. La vie de Jésus était clairement l’accomplissement de la venue du Messie, telle que l’avaient annoncé les ’Ecritures. Jésus est parfaitement identifié à l’agneau sacrifié à l’occasion de la fête de Yom Kippour, du Grand Pardon. Marc, puis Matthieu et Luc        qui se sont inspiré de Marc, ont fixé la mort de Jésus au temps de Pâque, et identifié l’institution de la Cène au repas célébré traditionnellement à Pâque. Cette transposition permet de donner un sens à la crucifixion de Jésus, « selon les Écritures », comme le dit Paul.

Borg avance la thèse suivante : la crucifixion de Jésus n’a pas eu lieu à Pâque. Des indices le prouvent. Ainsi si Marc dit bien que la foule qui accompagne la procession triomphale du Mont des Oliviers agitait des feuillages coupés dans la campagne, la Pâque était célébrée  fin mars, début avril  ( le 14 et 15 du mois de Nisan ), période à laquelle il y a peu de chance d’avoir des branches feuillues.
Un autre indice qui confirme la thèse de Spong est le récit du figuier que Jésus maudit, car il n’avait point de figues. Or ce n’était effectivement pas la saison. Le récit situe l’événement à la période de Pâque, période  pendant laquelle Jésus se rendit au Temple et en chassa les vendeurs.

Spong pense que Marc raconte le récit de la Passion dans l’intention de faire bien comprendre qui était Jésus, figure par excellence du Messie annoncé dans les Écritures, comme le confirment ses nombreuses références au Psaume 22 et à Ésaïe 53.  La démonstration de Marc va consister à bâtir un culte liturgique célébrant en  huit étapes de 3 heures chacune, les 24 heures du calvaire du Christ.

La journée de Marc en 8 fois 3 heures !

-Marc 14, 17 : « Le soir venu » , soit à 18 heures au coucher du soleil, est célébré le repas de la Pâque qui  instaure la Cène pendant laquelle Jésus annonce qu’il va être mis à mort à l’image de l’agneau immolé à Pâque. 
-Marc 14, 26 : le repas est terminé.  « Après avoir chanté des psaumes, ils sortirent pour aller au Mont des Oliviers. Il est 21 heures. Les disciples ne peuvent veiller. « Continuez à dormir et reposez- vous. C’en est fait. L’heure est venue » (Marc 14, 37-41). Il est minuit.
-Marc 14, 50 : «  Tous l‘abandonnèrent et prirent la fuite ». C’est l’acte de la trahison. Jésus est seul au procès final au cours duquel les chefs religieux lui posent la question « es tu le Messie ? ». Il est 3 heures du matin quand ils l’ont condamné.
 Ici une preuve supplémentaire confirme l’hypothèse de Spong : Les juifs ne siégeaient pour juger qu’à la lumière du jour pour rester en accord avec la Torah.
-De trois à six heures, c’est la surveillance nocturne, période appelée à l’époque dans la société :  « chant du coq ». Marc insère dans cette phase la triple dénégation de Pierre ( Marc 14, 66-72).
« Dès le matin », à six heures donc, Jésus est conduit chez Pilate. Ce sera la partie romaine du procès. Marc 15,9 : « Voulez-vous que je relâche le roi des Juifs ? » demande Pilate.
-Marc, 15,25 : 9 heures : Jésus est crucifié une fois passé le jeu de la cruauté.
-Marc 15, 33 : Il est midi «  il y eut des ténèbres sur toute la terre » . L’agonie de Jésus se prolonge jusqu’à 3 heures.
- Marc 15, 34-35 : Jésus crie d’une voix forte « Éli, éli, lama sabactani « . Le voile du Temple se  déchire
-dans l’intervalle de  3 à 6 heures Marc insère la mort de Jésus et Joseph d’Arimathée intervient. Tout fut accompli avant 18 heures, un vendredi soir.

Nous avons donc effectivement huit périodes de 3 heures chacune, figurant les phases d’un culte liturgique célébrant la crucifixion. Ce récit est une « contée » selon les Écritures. Elle n’a absolument rien à voir ave un récit historique. Jésus est bien mort absolument seul, devant des soldats romains pour seuls témoins. Joseph d’Arimathée n’est pas davantage intervenu. Jésus a sans aucun doute été mis dans une fosse commune comme c’était l’habitude pour les condamnés crucifiés.
Spong peut alors conclure que le récit de la Passion tel qu’on peut le lire dans les évangiles, ne se veut aucunement relation historique des faits, mais témoignage de la compréhension que Marc s’est forgée pour expliquer le mystère de l’assassinat de Jésus.

Pour parachever sa démonstration, Spong ajoute que la résurrection a sans aucun doute eu lieu bien après la crucifixion, et non trois jours plus tard.
Intenter à Spong le procès d’athéisme serait une erreur. Il s’affirme profondément chrétien. Ce qui l’a incité à écrire à la  fin de sa carrière d’évêque et de chercheur ce livre «  Jésus pour le XXIe siècle », est son souci de dépoussiérer les catéchismes des églises plus soucieuses de maintenir leurs acquis théistes que de la vérité, et de rendre crédible au XXI e siècle le message de l’Évangile.  

H.L.