Amorce christologique du genre

Une réflexion sur la christologie pour notre temps peut s’envisager en abordant la question du genre. Cette question  nous concerne comme elle concerne toute une population peu fréquentable, mais que Jésus n’aurait sûrement pas laissée de côté.


Introduction christologique

Il semble que les débats concernant des problèmes de société que sont la famille pour tous ( ou pas pour tous !), l’homosexualité, les questions du genre, les exclus, et du côté de l’Église catholique, l’accueil des divorcés, le contrôle des naissances,  sont autant de préoccupations qui s’invitent par la petite porte dans les Églises. Alors, «  que faire d’un Jésus qui a été longtemps, identifié à la référence occidentale de l’homme blanc, hétérosexuel, parfaitement intégré dans la société libérale, de culture judéo-chrétienne  » ?

Jésus était un homme tout de passion pour les autres, résolument du côté des opprimés. Il n’avait pas une grande considération pour les détenteurs de l’autorité religieuse et du pouvoir. Il a contesté la lecture légaliste que les pharisiens pouvaient avoir du  respect du sabbat en guérissant un paralysé ce jour-là. Il a mis en question la notion de pureté telle que la concevaient les autorités religieuses. Il a partagé son pain avec des gens peu fréquentables comme des contrôleurs d’impôts, des prostituées, des « étrangers ». Il a renversé les tables des changeurs du Temple à l’égard duquel il a tenu des propos sacrilèges. Le pasteur Stéphane Lavignotte  cite Élizabeth Stuart « L’homme qui avait des relations d’intimités avec les hommes et les femmes , qui vivait en et à travers son corps, mangeant, buvant, touchant, guérissant , à sa manière à travers la vie des gens ; un homme qui appelait son peuple hors des structures familiales de son temps et refusait de reproduire les hiérarchies des religions et de la société  au milieu de ses amis avec lesquels il formait une nouvelle forme d’amitié, non basée sur les liens du sang, ou les hiérarchies de genre ; un homme soignant le serviteur d’un centurion( même si de tels serviteurs étaient aussi fréquemment des amoureux), qui s’identifiait lui-même aux eunuques considérés comme pervers et sexuellement pervertis ; un homme qui se tenait en solidarité avec les non-personnes de son temps, a été caché à nos yeux »[1].


Pour savoir de quoi l’on parle

Certaines femmes n’ont aucune attirance pour les hommes. Certains hommes découvrent avec étonnement qu’ils ne sont pas du tout attirés par les femmes et qu’au contraire, ils le sont par les hommes. Leur sentiment, leur attirance, leur ressenti,  « leur genre », leur identité ne sont pas en accord avec leur sexualité.
Simone de Beauvoir disait «  On ne naît pas femme, on le devient ».  Elle ajoutait « sous le regard des hommes ». Cela signifiait : les hommes pensent qu’une femme doit avoir telle ou telle qualité, et tel ou tel défaut. Et elles se conforment à cette image que l’on a d’elles alors qu’elles-mêmes ne s’identifient pas automatiquement à ce type de comportement. A ce genre.
Le genre désigne l’attitude, le comportement que l’on est amené à avoir par l’éducation, par la pression sociale,  pour être en accord avec ce que la société considère normal en fonction de son sexe.
Voici quelques précisions.

L G B T :  est un sigle qui désigne le collectif regroupant lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels. La théologie queer dont la reconnaissance dans la différence est centrale reconnaît que noirs, blancs, handicapés, pauvres, riches, hommes, femmes, et queer transgenre sont opprimés.

La notion de gender : cette notion est apparue dans le cadre de recherches médicales sur les individus nés intersexués ( ou hermaphrodites ) et sur le transsexualisme.

Identité de genre : Le psychiatre Robert Stoller a appelé « identité de genre » ( gender identity), la représentation subjective qu’une personne se fait de son identité sexuelle, masculine ou féminine, et qui peut chez une personne transsexuelle s’opposer à son sexe. C’est le cas quand un homme se sent absolument femme, ou inversement. Le corps ne suffit alors plus à forger l’identité sexuelle  de chacun.
Les identités dites de genre correspondent aux normes voulues par toute société, et sont reprises par les individus. Le genre ne prétend absolument pas  rendre l’homosexualité  aussi acceptable que l’hétérosexualité.

Théorie de genre : Croyance selon laquelle le sexe et le genre sont déterminés par des discours. Cette théorie soutient que l’on peut choisir son sexe, ce qui est faux. On pourrait de ce fait choisir son sexe. La théorie de genre est un durcissement de « l’analyse de genre ». Cette théorie prônerait le libre accès à une identité construite et rejetterait toute donnée d’ordre biologique, appelé « naturel ».
La soi-disant théorie de genre soupçonne de vouloir supprimer la différence sexuelle. C’est absurde ou affirmé de mauvaise foi.

Gender pour les féministes des années 70 : Désigne les attributs sociaux culturels de la virilité ou de la féminité et pour montrer comment ils sont élaborés.  Les hommes et les femmes se voient attribuer certains rôles ou statuts, certains traits intellectuels et moraux, et se plient plus ou moins consciemment à des modèles masculins ou féminins.

Querelle concernant les manuels scolaires  Science et Vie de la Terre (SVT) expérimentés :
Les manuels SVT indiquent que l’identité sexuelle n’est pas seulement biologique. Certains responsables politiques affirment que ces manuels « obligent les enseignants à enseigner la théorie du genre ». Ce qui est également faux. Il suffit d’aller vérifier sur Google.

Le constructivisme : Cette philosophie ( dont Kant)  dit que nous ne connaissons la réalité que par l’expérience que nous en faisons. Notre expérience est relative à notre culture, notre environnement, notre situation dans un monde précis. Quand on observe la réalité, nous la modifions. Nos efforts de connaissance  créent une réalité que l’on est tenté de considérer comme unique et naturelle. Nous construisons une image de la réalité, une vision du monde. Mais cette vision n’st pas le monde.

Construction du moi : Nous n’accédons à notre moi, à notre identité que par la communication avec les autres. On se construit grâce à confirmation ou au rejet de notre image. On n’existe pas sans la reconnaissance du regard de l’autre. « On ne naît pas femme, on le devient sous le regard de l’homme ». On ne prend conscience de son sexe que devant le sexe de l’autre.

Queer : signifie bizarre, tordu, pédé. Le mouvement queer revendique une alliance de toutes les communautés. LGTB, trans, noirs, lesbiennes, prostituées.

Performance de genre: la performance de genre est une performance apprise, répétée et exécutée.

Trans : désigne les transsexuelles et les transgenres.

Transidendité, transsexualisme, transsexualité : fait de ressentir une inadéquation entre son corps et son ressenti intérieur d’être un homme ou une femme. L’individu a une identité de genre ou sexuelle non conforme à son sexe de naissance. On parle parfois de transgenre. La personne concernée ne se reconnait pas dans les rôles attribués traditionnellement aux hommes et aux femmes.
Les femmes ont des chromosomes de type identique XX alors que les hommes ont des chromosomes de type distincts XY. Or, exceptionnellement des femmes peuvent avoir des chromosomes XY et des hommes des chromosomes XX.

Transition : période durant laquelle une personne évolue vers/dans le genre dans lequel elle s’identifie.

Place normée : Une place normée est faite à chacun en fonction de son sexe et l’oblige à se conformer au « genre » » qui lui est attaché.

Valeur différentielle des sexes : concept de Françoise Héritier qui établit une équivalence entre le statut de la femme et celui d’un enfant, ou de mineur, obligation intériorisée par les individus. Ces modèles vieux de 500 000 ans ( paléolithique) ont été transmis jusqu’à aujourd’hui.

 

Prolongements théologiques ( à partir de quelques citations tirées de « La religion crucifiée » de Vouga.)

« On veut faire mourir Jésus la première fois, parce qu’il entend, le jour du sabbat, sauver une âme », c’est un désaveu de la loi de Moïse, telle que l’entendaient les pharisiens.
« Reconnaissant comme son Fils celui qui s’attablait au nom du Royaume avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs, Dieu se manifeste comme le Père de chaque être humain dans la singularité…indépendamment de ses appartenances, qui donnent une orientation et un sens à toute existence »
« Le Dieu qui révèle sa transcendance dans la personne d’un crucifié ne peut être le Dieu de la rétribution et des systèmes d’échanges, que ceux-ci soient politiques, économiques, religieux ou moraux. » Le don est totalement gratuit.
« Le Dieu qui révèle la présence de sa transcendance dans la personne d’un crucifié ne peut être le garant d’une recherche d’identité fondée sur les qualités et sur les idéaux de perfectionnement ».
 La mort de Jésus est le fondement de la sécularisation. La révélation de la transcendance crucifie les évidences : c’est « l’abolition de la distinction entre sacré et profane. ..Dieu sort des temples servis par leurs prêtres et leurs financiers »
« La croix s’offre comme folie qui met en échec la sagesse des sages et l’intelligence des intelligents ».

Notes :

Position de Ratzinger et de l’Église catholique: Opposé à la notion de genre qui aurait le défaut de minimiser la différence sexuelle au profit de la dimension culturelle ( le genre).
Position de F. Héritier : pensés par l’homme, le genre, le sexe, sa détermination, l’adaptation des individus, ne sont pas des faits relevant seulement de l’ordre naturel. Ils relèvent de l’ordre symbolique, de l’idéologie, et les élèvent ensuite comme des faits de nature.
Judith Butler, philosophe : est issue d'une famille juive et a reçu une éducation religieuse. Elle se définit aujourd'hui comme « juive anti sioniste »1. Elle est professeure, titulaire de la chaire Maxine Elliot dans les départements de Rhétorique et de Littérature comparée à l'université de Californie à Berkeley. Auteur de « gender trouble », Trouble dans le genre.
Elizabeth Stuart, est la première théologienne universitaire à s’être spécialisée dans les questions de théologie gay, lesbienne et queer.
Robert Goss : ancien  jésuite, auteur entre autres livres  de Jésus ACTED UP: A Gay and Lesbian Manifesto 1993.

H.L.

 

                                                              

 



[1] Stéphane Lavignotte, Au-delà du lesbien et du mâle, Van Dieren éditeur.