Conclusion de la conférence donnée par A. Gounelle  le 29 mars 2014 à Grenoble.

Si nous ouvrons notre Nouveau Testament, nous constatons que le verbe sauver est conjugué tantôt au futur, tantôt au présent, tantôt au passé. Selon le temps privilégié, nous avons trois manières différentes de lire l’évangile.

Le salut conjugué au futur

Au moyen âge le temps qui l’emporte est le futur. « Tu seras sauvé » ! « Dieu te sauvera » ! Dieu te sauvera dans l’avenir, à la fin de ta vie, ou à la fin de l’histoire du monde quand viendra le Royaume. Le salut vient alors comme un achèvement, après la mort ou à la fin des temps.
 C’est dans le catholicisme ancien qu’est annoncé que juste après le trépas , un jugement aura lieu et nous envoie soit au paradis, soit en enfer, en passant peut être par le purgatoire.
Pour le protestantisme il est annoncé que le salut sera manifesté quand nous ressusciterons.
Le salut est donc bien devant nous, et nous l’attendons parfois avec joie et confiance, parfois avec crainte.
La vie est une période de préparation à un ailleurs, notre véritable patrie.  Notre souci doit être : « souviens-toi que tu dois mourir ». L’illustration en sera le tableau présentant un jeune homme en face d’une jeune femme. L’un et l’autre se contemplent sous la forme de leur squelette.
La conséquence est que le chrétien ne se laisser pas absorber par le monde, par ce qui n’est que transitoire. Le croyant agit en fonction de la promesse et doit en conséquence travailler ici bas à son salut.

La vie chrétienne est semblable à celle des Hébreux qui, après avoir traversé la mer rouge, marchent vers la terre promise. Ils ne font que camper dans les pays qu’ils traversent pour parvenir à leur destination. Leur salut est à venir, une fois  qu'ils seront arrivés dans la terre promise.

Le salut conjugué au présent

C’est dans la théologie luthérienne et dans les théologies existentialistes que l’accent est mis sur le présent, sur l’instant. Kierkegaard insistait beaucoup sur l’instant. Chez Paul ( 2 Co. 6, 2) se trouve également ce moment privilégié : « Voici maintenant le moment favorable, voici le moment du salut ». Le salut ne se situe pas dans l’avenir, mais dans le présent de la foi, dans l’instant qu’elle vit. Il m’arrive comme un événement surprenant. Le salut est effectif aujourd’hui. Il entre dans notre maison comme Jésus entrant chez Zachée. C’est ici et maintenant dans mon existence actuelle que je ressuscite. C’est aujourd’hui même que Jésus me donne la paix, la joie et le bonheur.
Certes ! Je reste aux prises à mes problèmes. Il me faut donc me tourner sans cesse vers Dieu pour recevoir à nouveau ce salut.
Cela engendre une vie chrétienne croyante qui fait place à la prière, au culte, aux sacrements. C’est dans ces moments à part que l’on vit avec le Christ et que le salut entre chez nous. Il arrive souvent que dans les mouvements de Réveil, des gens se convertissent à plusieurs reprises, à chaque campagne d’évangélisation par exemple. On éprouve le besoin de se convertir à nouveau, de naître à nouveau.
Pour reprendre ici l’exemple de l’Exode, on peut rapprocher le salut à l’image de la manne que Dieu donne à manger dans le désert  au  peuple  hébreu. Il est impossible de stocker la manne. Si on la met en réserve, elle devient immangeable. Dieu la donne gratuitement, jour après jour. Le croyant est un mendiant comme le disait Luther.

Le salut conjugué au passé

C’est le temps mis en valeur par les Réformés pour lesquels le salut est un problème réglé , une préoccupation dépassée. Dès sa naissance, le croyant l’a reçu. Dieu ne reprend pas le salut qu’il a accordé de tout temps. Il n’y a donc pas à se tourmenter. Nous retrouvons ces accents dans certains cantiques comme « Mon Dieu mon Père ;.. » ou « Chaque jour de ma vie… » C’est offenser de le prier pour un salut qu’il nous affirme avoir accompli » disait César Malan . Le salut ne date d’ailleurs pas même de la croix. Il date d’avant même la création du monde. En nous révélant le salut, l’Évangile nous débarrasse de toute inquiétude à ce sujet. Dieu a fait le nécessaire et c’est chose irréversible.

En conséquence, le fidèle s’engage dans l’ici-bas. Le chrétien dit Calvin, est comme le soldat  préoccupé de sa mission présente.

L’image vétérotestamentaire du salut est ici celle du peuple installé en Terre  promise. Il doit maintenant cultiver le pays et assumer sa situation d’ouvrier, de semeur et de cultivateur. Il n’est donc pas un mendiant de la grâce. Il est simplement un militant de Dieu sans angoisse.

A nous d’articuler ces trois modes, ces trois instances du salut. Le dernier mode de conjugaison au passé du salut a la préférence d’A. Gounelle. C’est dit-il un point de départ. Le réformé classique est un militant de Dieu, un combattant pour sa justice et son Royaume, sans aucune anxiété pour son sort, sans angoisse pour sa personne. Il n’agit pas, ne travaille pas, ne lutte pas pour obtenir son salut, mais parce qu’il l’a obtenu.  Significativement, le Nouveau Testament le compare à une nouvelle création, à une genèse qui rend possible une historie. Schweitzer affirmait clairement que le cœur de la vie chrétienne n’est pas dans ce qui s’est passé autrefois, mais dans ce qui se passe aujourd’hui. Notre tâche est de se mettre au service de Dieu pour que son grand projet avance. Ne pensons pas à notre destinée personnelle, mais à celle du monde. Œuvrons pour le Royaume par fidélité à la prédication du Christ.

Observation : Cette retranscription des notes prises au cours de la conférence n’a pas été contrôlée par A. Gounelle. H.L.