« Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais il est puissance de Dieu pour ceux qui sont en train d’être sauvés »(1 Co. 1, 18-25). Mais qui sont ceux qui se perdent ? Ceux qui se perdent sont ceux qui n’ont pas voulu l’écouter.  Christ est venu. Il avait pris la parole et incarné cette vérité qui venait de Dieu. Jésus avait essayé de convaincre par la sagesse. Il avait tenté de dire où était le vrai, le juste. Ils l’ont fait crucifier.

Jésus n’avait pas la même interprétation de la loi que les pharisiens.
 La loi pour eux était la clef du salut. Ils plaçaient l’obéissance à la lettre de la loi au-dessus de la loi. Ils croyaient accéder au salut par leur obéissance servile. Or la loi que Dieu avait dictée à Moïse avait pour objectif de permettre le mieux vivre ensemble au nom de l’amour. Ils avaient oublié l’amour  pour sacraliser la loi.

Jésus avait partagé son pain avec les démunis, les rejetés de la société, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Il disait que Dieu est présent à la  table de ceux qui partagent leur pain comme lui le faisait. Il avait contesté l’autorité des grands prêtres qui s’enrichissaient en gérant le service du Temple. Il avait provoqué un scandale en allant au Temple renverser les tables des changeurs. Il s’était opposé à l’emprise de la religion qui opprimait au lieu de servir.

La religion d’aujourd’hui
La religion est le lien qui unit tous les êtres humains dans l’adoration d’un même dieu. L'argent est aujourd’hui le dieu d’une nouvelle religion. Le culte de ce nouveau dieu est célébré à la City. Les nouveaux prêtres sont maintenant les traders et les banquiers. Ils officient tous les jours. Les Banques contrôlent les États en donnant des notes à ceux qui gouvernent. En France ce sont les fonctionnaires de Bercy qui suggèrent leurs décisions aux ministres qui exécutent. Exactement comme les pharisiens autrefois faisaient la distinction entre ceux qui étaient purs et ceux qui ne l'étaient pas, les économistes disent actuellement qui à leurs yeux est pur ou non. Les purs sont riches ; les pauvres sont impurs.

Pourquoi Dieu n’est-il pas intervenu ?
Les autorités religieuses de l’époque ne pouvaient tolérer qu'un prophète se permette de mettre en péril les bases sur lesquelles fonctionnait la société. Ils ont donc obtenu le soutien du pouvoir politique pour mettre Jésus hors d'état de leur nuire. Il fut crucifié en application de la loi telle que la comprenaient les pharisiens.

Dieu n’a rien pu faire.

 « Pour beaucoup de gens, le mot « Dieu » désigne un être absolu, parfait, infini, qui gouverne et connaît tout qui se situe hors du temps et de l’espace, qui ne dépend de rien ni de personne »[1]. Ce dieu n’existe pas. La crucifixion le démontre. En fait, Dieu  n’est pas tout-puissant et n’intervient pas de façon magique et surnaturelle. Il veut le bien du monde et de l’être humain. Il propose. Si l’homme rejette ce qu’il propose, il en tient compte. Parfois il en subit hélas les effets. La crucifixion de Jésus a été un échec pour lui.

La mort de Jésus n’était pas voulue par Dieu
Jésus n’a surement pas été mis à mort pour payer la rançon de notre péché. Son assassinat résulte d’une ignorance, d’un calcul politique, de l’incompréhension par les pharisiens du message d’amour de Jésus. Si Jésus avait décidé de se renier, il aurait eu la vie sauve, mais il aurait anéanti tout ce qu’il avait fait, tout ce qu’il avait dit et annoncé ; la loi a été appliquée de façon inique; perverse ; à contre sens ; elle s’est du coup, disqualifiée. Ceux qui devaient être des juges intègres sont devenus des assassins. Et Dieu a accompagné Jésus dans sa souffrance, comme s’il mourait avec lui,  ainsi qu’il le fait de tout temps auprès de toutes les victimes ici bas de l’injustice.

 La loi est dénoncée comme incapable d’apporter le salut
Et Paul pourra dire « Christ est la fin de la loi » (Ro. 10,3). Ainsi « Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour nous » (Ga 3, 13). La loi n'est plus aujourd'hui celle qu’était autrefois la Torah pour les juifs. Elle est celle que nous dicte le néo-libéralisme, le super capitalisme. Cette nouvelle loi veut que nos devenions les entrepreneurs de notre propre vie pour réussir à nous réaliser totalement par nos propres efforts. C'est une entreprise absurde, pourtant considérée par ceux qui  se perdent comme l'idéal à atteindre pour l'homme moderne.
« Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d'être sauvés, pour nous il est puissance de Dieu. Car il est écrit : je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents » (1 Co. 18) .

Par la résurrection, Dieu  a repris la main
Dieu a relancé son projet pour l’avènement d’un monde nouveau. Il a ressuscité le Christ. La résurrection n'est pas un fait historiquement, scientifiquement démontrable. Mais le résultat est le même. Pour ses disciples il est pourtant vraiment ressuscité. Devant le tombeau vide, des hommes et des femmes ont eu la certitude que Jésus avait vaincu la mort, qu'il était vivant. Mystérieusement, les trois femmes présentes devant le tombeau vide reçurent l’ordre suivant : « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il - le Christ ressuscité- vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez comme il vous l’a dit ». Les disciples sont donc retournés en Galilée. Ils se sont repassé le film de ce qu’ils avaient vécu à ses côtés. Ils ont alors enfin parfaitement compris son message. « Considérez, frères, qui vous êtes. Vous qui avez reçu l'appel de Dieu, il n'y a parmi vous, ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais Dieu les a choisis pour confondre les sages » (1 Co. 1, 26-27). Eux qui n’étaient ni sages, ni puissants, ils ont bouleversé le monde; habités par la certitude que le Christ ressuscité était à leurs côtés, leur témoignage  a fait basculer l’Empire romain quelque temps plus tard. Effectivement « Ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n'est pas, Dieu l'a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu'aucune créature ne puisse s'enorgueillir devant Dieu. »(1 Co.1,28)

Le salut au nom de soi-même? Un échec!
La loi sous laquelle nous vivons nous-mêmes est celle du marché, de l’entreprise financière, de la productivité, de la concurrence. Cette nouvelle loi veut que nos devenions les entrepreneurs de notre propre vie. Notre performance est de réussir à nous réaliser totalement par nos propres efforts. C'est une entreprise absurde. Elle est pourtant considérée comme l'idéal à atteindre pour l'homme moderne.
Ceux qui espèrent parvenir par eux-mêmes à l'autonomie ont besoin de la considération des autres, d’être vus, reconnus pour démontrer leur réussite. S'ils n'y parviennent pas, ils sombrent parfois dans l'angoisse, finissent par prendre des anxiolytiques, ou de l’alcool, et parfois même de la drogue[2]. Espérer donner un sens par nos œuvres est une folie !
 Par contre, nous pouvons facilement  reconnaître que nous avons été appelés à la vie, que nous ne sommes pas source de nous-mêmes, que nous ne vivons pas à partir de nous. Aller sur les routes de Galilée, c’est aller à la rencontre du Christ ressuscité pour prendre la parole et dire enfin  « je », parce qu’un « tu » de Jésus  s’est adressé à nous, et nous a dit : lève-toi et va ta vie ! Nous devenons alors un être de réponse, un être libre. Parfaitement lui-même. Une nouvelle créature.

Le salut? C’est devenir fermant de la nouvelle création
Celles et ceux qui font confiance à Dieu deviennent, disait Paul, « de nouvelles créatures, une nouvelle création ». Ils sont les nouveaux prêtres. Ils sont alors de ceux qui peuvent sauver le monde. Ils œuvrent simplement en harmonie avec ce que Dieu leur suggère d'entreprendre pour faire avancer l’avènement du Royaume.

 

H.L.

 

 



[1] Citation d’A. Gounelle.

[2] A. Ehrenberg, L’individu incertain, ed. Calmann-Lévy 1995