D’après une conférence d’Elian Cuvillier

La violence est un thème récurrent dans la Bible. La haine, la guerre y tiennent une très grande place. On y trouve même une violence dont Dieu serait responsable, ce qui nous est difficile à assumer. La violence ne se trouve pas seulement dans l’A. T., mais aussi dans le N. T. , comme nous le voyons par exemple dans la parabole du serviteur impitoyable (Mt. 18, 23-38) ou dans le livre des Actes avec la punition d’Ananias et de Saphira (Actes 5).

Les propos de la Bible attribuant à Dieu des comportements ne portent pas sur Dieu en soi, sur sa véritable identité divine. Les auteurs bibliques parlent de Dieu tel qu’ils le voient et non pas tel qu’il est en réalité. L’image qu’ils donnent de Dieu est celle qu’ils en ont. Dieu n’a rien à voir avec cette représentation puisque les sentiments qu’ils attribuent à Dieu sont les leurs.

Comment Jésus est-il situé par rapport à la violence ?

1/ La destinée de Jésus

 Ce qui est de l’ordre du destin de Jésus est jalonné par la violence. Il suffit de penser à l’opposition entre Jésus et les autorités religieuses et politiques de son temps. Cette violence le précède. La démonstration en est faite avec la généalogie qui se troue dans deux des évangiles. Cette généalogie est en rapport avec l’histoire d’une nation. Jésus est chargé du poids  de toute la violence d’une histoire qui le précède. Citons le roi David qui épousa la femme d’Urie après l’avoir fait tuer au combat. La généalogie est bien démonstration de la violence du destin de Jésus. Dès le début du Nouveau Testament, nous avons le massacre des Innocents auquel Jésus échappe. Puis suivront la mort de Jean Baptiste et la crucifixion de Jésus.

2/ La mort de Jésus

La mort de Jésus est la dernière violence faite cette fois à Dieu lui-même par le meurtre de son envoyé. Si l’on se réfère à la parabole des mauvais vignerons ( Luc 20, 9-16) , on notera qu’elle se termine par l’annonce d’une menace : « Comment le maître de la vigne les traitera-t-il donc ? Il viendra, il fera disparaître ces vignerons et il donnera la vigne à d’autres ». Or, paradoxalement,  après la crucifixion, la menace n’est pas accomplie. Jésus a consenti à subir la violence et a refusé la vengeance qui provoquerait à nouveau la violence.
Le récit de la tentation illustre parfaitement l’attitude de Jésus qui répond à chaque tentation de Satan par  une réponse de non-violence. Jésus opère un changement fondamental entre le jésus qui porte un jugement et le Jésus  prophète qui se tait et ne répond pas par la violence.

3/ Le déplacement de la croix

La croix déplace l’image que l’on se faisait du Messie et même de Dieu. Quand Jésus meurt, meurent aussi  les représentations que nous nous faisions nous même de Dieu. Avec la croix dressée meurt l’ancien système du sacrifice auquel on procédait en égorgeant un agneau. Ce qui souligne ce message, c’est l’évocation du voile du Temple qui se déchire. Une fois l’an, le grand prêtre entrait dans le Saint des Saints derrière le voile pour faire le sacrifice nécessaire.  Une fois le voile déchiré, le sacrifice est devenu inutile, tout  d’ailleurs comme le grand prêtre. Ce qui meurt sur la croix, c’est  l’image de la violence de Dieu.
Avec la résurrection, Dieu rétablit la victime dans sa dignité. Normalement le sang versé appelle du sang en retour( Mt 23 ). Avec la mort de Jésus, le sang est versé pour le pardon (Mt 26,28). Ceux qui l’ont tué ne seront pas victimes d’une vengeance en retour.

4/Signification de la crucifixion

Le Christ gênait. On s’en est donc débarrassé. La croix met en évidence nos propres violences, le refus de notre propre humanité, notre désir d’être comme des dieux. Jésus finalement a fait violence à la violence. Tendre sa joue quand on vous frappe, c’est mettre l’autre dans la logique de ce qu’il est en vérité. Nous sommes conduits vers une nouvelle compréhension de Dieu et de nous même. La mort de Jésus ne répond pas à une logique sacrificatoire, mais au sacrifice d’une certaine image de Dieu. La conséquence est que je n’ai plus à craindre d’être moi-même victime d’une négation de mon être, d’une humiliation puisque Dieu, s’identifiant à ma finitude,  est venu lui-même habiter la croix. Au pied de cette croix, je suis à côté de Dieu qui vient lui-même habiter ma place d’homme rejeté, diminué.
La toute-puissance de Dieu est une dynamique de vie qui s’oppose à la puissance de la force. Cette dynamique de vie s’affirme dans la faiblesse.
La force ferme les portes. Elle maîtrise sans laisser d’espace. Avec la croix surgit un autre espace, celui de la résurrection. Cette intuition se retrouve dans l’apocalypse avec l’image de l’agneau qui est figure de la véritable toute-puissance triomphante des forces du mal. On ne peut éviter les épreuves de la vie. On ne peut éviter les forces de la violence.  Mais la résurrection comme la traversée de la mer rouge est signe d’une délivrance, d’une ouverture. La seule vérité vraie est une vérité faible. Elle ne s’impose pas par la force. Elle laisse un espace ouvert devant, pour la dire et la vivre autrement.

P. S. D’après les notes prises à la suite d’une causerie d’E. Cuvillier le 24/05/2014 à Grenoble.
Ces notes n’ont pas été corrigées par le conférencier

H.L.