Ce que l’on peut retenir d’un atelier biblique animé par Elian Cuvillier, sur la résurrection.

L’attente de la résurrection

Du vivant de Jésus, ceux qui le suivaient étaient dans l’attente passionnée et fébrile d’une délivrance annoncée par les Écritures, celle de la venue du Messie qui ne manquerait pas d’ouvrir l’avènement du royaume de Dieu. Cette attente était très concrète. Il s’agissait de la délivrance du joug imposé par les Romains. Il faut noter que, toujours d’après les Écritures, l’avènement du Royaume était précédé par la résurrection des justes. Cette notion se retrouvera  dans le livre de l’apocalypse. Et quand Jésus leur dit « Convertissez-vous, le Royaume de Dieu s’est approché », cela faisait référence dans l’esprit de ses auditeurs à la résurrection. Le Dieu que leur annonce Jésus est un dieu qui se tourne vers les petits, les exclus, les rejetés de la société.

L’échec

Mais voici que le ministère de Jésus se termine lamentablement par sa crucifixion, supplice infâme infligé aux esclaves. Ce n’est pas la mort d’un messie tel qu’on le rêvait, chassant glorieusement les Romains de la terre d’Israël. C’était bien le signe d’un échec total. Les disciples désemparés, se posent alors la question suivante : Le Dieu qu’annonçait Jésus n’était-il qu’une illusion, qu’une chimère ?

Surprise inattendue : Dieu intervient

Dieu s’est tourné vers cet être perdu et l’a réhabilité. Il est ressuscité ! Effectivement un certain nombre de personnes affirme avoir fait une expérience visionnaire. Ils ont vu Jésus ! La conviction selon laquelle il était bien ressuscité s’est affirmée. C’est ce que Paul relate. Jésus ressuscité s’est fait voir. C’est la bonne nouvelle. Paul annonce même que 500 personnes ont vu Jésus ressuscité. Était-ce 500 personnes « à la fois », ou 500 personnes  « une fois pour toutes » ? Cela dépend de la traduction. Si l’on retient « une fois pour toutes », cela indique qu’il s’agit d’une rupture, d’un changement entre le temps d’avant et le temps de la résurrection.  On relèvera que d’après ce que Paul écrit, il n’y a que des croyants qui ont été l’objet de cette vision. La foi précède donc la vision.
 Il s’agit d’un acte fondateur. Le ressuscité inaugurerait un nouveau messianisme.

On est dans le visuel

La résurrection est autre chose qu’un corps qui se manifeste à tout le monde. Les récits rapportent les effets de la résurrection et non ce qui s’est passé. Le texte paulinien diffère des évangiles. La raison en est que les évangiles sont une construction du récit qui s’efforce de combler le vide entre la mort et la résurrection.

La peur

Ce qui fait peur aux femmes, c’est  le vide du tombeau. Elles venaient honorer un mort, faire mémoire du disparu. Il faut noter que si elles ont bien préparé les onguents indispensables pour l’onction du cadavre, elles n’ont rien prévu pour « rouler la pierre » qui devrait obstruer le caveau ! Elles ont accepté l’échec. Elles s’étaient préparées  à accomplir un rituel avec le mort. Et elles sont devant le vide. Il n’y a plus rien. C’est incompréhensible. La seule preuve de la résurrection est l’absence de corps. Absence réelle. Elles étaient psychologiquement dans la même attitude que celle d’une personne endeuillée qui s’efforce de faire revivre dans son esprit la présence du défunt tel qu’il était de son vivant. Or Jésus ressuscité est autre. Les femmes ne le reconnaissent pas alors qu’elles le voient. Pas plus que ne le feront les disciples d’Emmaüs. Jésus ressuscité est autre.

C’est en se rassemblant que la communauté rendra  présent Jésus ressuscité.

Un renouveau et non un recommencement

Avec la résurrection s’ouvre un temps nouveau, celui du début d’une autre réalité. On pourrait parler de « surrection ». Jésus est relevé d’entre les morts et s’est levé d’une autre manière. Il ne s’agit pas d’une réapparition de Jésus tel qu’il était de son vivant. Cette indication insiste sur le fait que les disciples ne sont pas incités à la nostalgie, à ressasser le souvenir du passé, mais à s’installer dans une réalité nouvelle. La résurrection n’est pas recommencement d’un passé. Il ne s’agit pas de la possibilité de revenir en arrière dans le paradis perdu comme ils le voyaient autrefois. Souvenons- nous ! Jésus avait déjà dit aux  sadducéens que la résurrection des morts ne permettra pas les retrouvailles avec les époux qu’avait pu avoir une veuve par le passé (Mt 22, 30) : « A la résurrection on ne prendra ni femme ni mari ».
D’ailleurs si l’on a perdu un être cher il y a, mettons 40 ans, et qu’il revienne à la vie, on ne le reconnaîtrait certainement pas vu le vieillissement de l’un et de l’autre. À propos de la résurrection, l’on est dans une tout autre logique. La vie continue. Il n’y a pas un retour en arrière. Il faut s’ouvrir à du nouveau et non vivre dans la nostalgie de ce que l’on a perdu. Il ne peut y avoir de résurrection s’il n’y a pas deuil, traversée de la mort.

La construction des évangiles

Luc insistera sur le fait qu’ils ont mangé avec Jésus ressuscité. On se trouve ici devant une construction qui comble le vide. C’est ce que feront les évangélistes chacun à sa façon. Or c’est en fait la prédication qui fait l’événement de la résurrection. Ce qui est vivant est bien au-delà du biologique revivifié.

La métamorphose de Dieu

Dieu a été laminé par la crucifixion. Il est devenu comme chacun d’entre nous. Il habite le lieu que nous habitons nous-mêmes. Il a détruit les images que nous nous étions faites de lui. Le Dieu de la toute-puissance, de la transcendance, a disparu.  Le réel est bien ce que l’on ne peut imaginer. La résurrection est une vérité fondatrice du tout autre. La résurrection est le réel d’une vérité fondatrice. Mais où est Jésus? Il est en Galilée où il précède et attend les disciples, pour recommencer à prêcher, à guérir, à marcher sur le chemin. Il s’agit de « retourner à la case départ » de l’histoire de Jésus de Nazareth, en marchant avec lui, en devenant acteur de son histoire, qui deviendra alors la nôtre. « Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez comme il vous l’a dit ». …Cette Bonne  Nouvelle, c’est que chacun est invité à rencontrer le ressuscité là où i se révèle à l’home , sur le chemin de son existence quotidienne .

D’après les notes prises par H. Lehnebach