Petite recension du premier chapitre du petit livre de Jean Paul willaime « Le retour du religieux dans la sphère publique ». Édition Olivetan.

 

La religion est revenue en force dans le débat social. Il y a aujourd’hui une mutation phénoménale du religieux. Il n’y a plus de choc entre le magistère religieux et le magistère séculier pour contrôler la société qui s’est hyper sécularisée. C’est l’hyper sécularisation qui a redonné une place au religieux. Avec l’ultra modernité nous entrons dans une phase de radicalisation des effets de la modernité. La modernité inspirait confiance, que ce soit dans l’école, l’État nation, la santé, le savoir. Une logique exacerbée de l’individualisation contenue dans la modernité a poussé  à tout soumettre à un examen critique, à tout remettre en question. Nous étions dans la certitude. Nous entrons dans l’incertitude, que ce soit en ce qui concerne les traditions religieuses, les coutumes, la politique, l’État, la famille.

Tout ce qui était placé sous l’autorité religieuse, que ce soit les services de santé, le travail, la politique, l’école, la famille, est passé sous l’autorité séculière. C’est maintenant l’État qui en assure le contrôle. La modernité avait sécularisé le religieux, tout en gardant l’idéal dont le religieux était porteur. Les institutions de la société moderne que sont le travail, la politique, l’école, la famille, sont restées très traditionnelles, bien que sécularisées. Elles ont bénéficié d’une sacralisation particulière qui a été aujourd’hui mise en cause par l’ultra modernité.

En voici la preuve.

L’accomplissement de soi par le travail a été dépouillé de ses valeurs spirituelles. Il s’agit en modernité non plus de réussir son existence pour l’au-delà, mais pour ici bas. L’ultra modernité va plus loin et déconnecte le travail de l’accomplissement de soi. La valeur  du travail diminue, car c’est maintenant  l’expression personnelle, l’épanouissement de soi  qui compte.
            Nous assistons à une sécularisation du politique. La dimension politique croyait on, devait assurer le bonheur de l’homme. Or l’incroyance dans le politique s’est développée comme pour la religion. « La croyance religieuse cesse d’être politique et la croyance politique cesse d’être religieuse ». L’État nation est mis en difficulté par la globalisation et se trouve contesté par  la régionalisation.
            Comme la religion, l’éducation scolaire est prise dans les processus d’individualisation et de mondialisation. Elle est concernée, comme la religion, par le pluralisme. L’État est de moins en moins en situation de monopole. Les informations circulent comme les savoirs. Priorité est donnée à la professionnalisation au détriment du savoir fondamental. L’école n’a plus le monopole de l’apprentissage, car il est pris en charge par d’autres comme les associations sportives, les travailleurs sociaux, les clubs, les associations de quartiers. Après un passage du magistère de l’Église au magistère de l’État dans l’éducation scolaire, l’on assiste à la désacralisation de l’école laïque elle-même. Écoles publiques et écoles privées sont en concurrence. L’éducation scolaire est confrontée à la mondialisation des connaissances et à la transnationalisation des savoirs.
            Il y a eu sécularisation de l’institution de la famille. Le Code civil ( 1804 ) de Napoléon avait maintenu les principes judéo-chrétiens du mariage. L’ultra modernité a totalement bouleversé les bases de cette institution. Les principes sur lesquels reposait encore la famille sont complètement modifiés. Les principes qui continuaient à vivre sous des formes sécularisées se trouvent remis en cause.   

Dès lors, dans les quatre domaines du travail, du politique, de l’école, de la famille, ce sont maintenant les institutions religieuses qui volent au secours des institutions séculières ébranlées par l’ultra modernité. « Le désenchantement démocratique amène les religions à soutenir des démocraties en quête de légitimité ». Le religieux et le politique ne se concurrencent plus comme par le passé. L’hyper sécularisation de l’ultra modernité permet un certain retour du religieux.   

L’ultramodernité religieuse se manifeste par le développement d’une religiosité sans appartenance. Nombre de personnes se disent « sans religion », tout en étant à leur façon, croyante. Il n’y a pas indifférence croyante, mais la croyance échappe au contrôle des grandes églises et des institutions religieuses. Il convient de distinguer les sans-religions croyants et les sans-religions incroyants. Il ya une logique de l’individualisation qui se traduit par une démarche religieuse personnelle en puisant au besoin sur internet de la religion en kit.
« Les religions constituent désormais des sous-cultures offrant à leurs membres un sens leur permettant de s’orienter dans une société pluraliste, des groupes de référence, des enceintes convictionnelles que les individus choisissent individuellement ». L’heure des minorités rassemblées autour d’une conviction a sonné. Des questions comme les unions homosexuelles, la parentalité, l’euthanasie, le clonage thérapeutique s’installent dans les débats politiques, ramènent les intervenants religieux dans la sphère publique.

Le lecteur pourra conclure à la suite de la lecture de ce livre, que le pasteur ou le prêtre qui voudrait imposer une tutelle spirituelle et morale sur les fidèles pour que sa communauté survive malgré les changements imposés par l’ultra modernité, a tout faux. Par contre, soutenir la dynamique des réseaux, les démultiplier et en coordonner l’action, permettrait  de  trouver les réponses qui ont un sens pour le monde de demain.