L’expression « principe scripturaire » renvoie au dogme de « l’Écriture seule », (sola scriptura) fondement des Églises de la Réforme. Ce principe est aujourd’hui admis par l’Église catholique depuis le Concile de Vatican II qui a reconnu de façon univoque la signification des Écritures. La question du rapport entre tradition et Écritures n’est plus objet de controverse entre protestants et catholiques.

Le principe scripturaire est soumis à l’épreuve du temps. Si l’on s’en tient à l’idée que les Saintes Écritures sont la seule source de la foi, on retient Dieu dans le passé biblique et on l’y emprisonne dit Siegwalt.  Les Saintes Écritures sont norme et source, mais non seule source, car Dieu « est le même hier, aujourd’hui et éternellement ». La révélation se poursuit tout comme la création.

La question qui se pose est la suivante : comment Dieu se révèle-t-il donc ? C’est en faisant appel à ce que Tillich appelle la « corrélation » que l’on a une réponse. En théologie nous avons deux données à prendre en considération. L’une vient d’en bas, à partir de l’expérience humaine. La philosophie, la sociologie, la science politique, la psychologie, l’art, la littérature, bref ! la culture, exprime la manière dont l’humanité ressent cette manifestation, cette révélation, dans un contexte historique donné. « La révélation nous arrive dans des vêtements culturels et historiques. Il faut donc se livrer à une interprétation  forcément risquée pour discerner la parole divine au travers des paroles humaines ».

L’autre vient d’en haut. Elle est d’inspiration prophétique. La parole divine donne les réponses, apporte les solutions  pour surmonter les difficultés auxquelles se heurte la culture. La théologie a pour mission de montrer les solutions que propose le message divin aux problèmes qui travaillent les êtres humains. Qu’est-ce qui engendre les questions et quelles sont les réponses ? Une interrogation fondamentale nous habite. Nous sommes en recherche. Les questions sont présentes. Même si elles sont inaperçues. C’est la culture qui l’exprime. A chaque époque correspondent une réponse, une formulation à la question posée.

Les deux données sont totalement intriquées, mêlées l’une à l’autre. Les Saintes Écritures sont la référence ultime qui permet de décrypter cette révélation en marche. Le plan sapiential qui agit de bas en haut et le plan prophétique qui agit de haut en bas «tricotent » ensemble les deux orientations en un même texte. « Elle est toujours l’élaboration de la réalité empirique dans la lumière de Dieu, et ainsi de la relation de foi vivante et responsable- apte à en rendre compte- à Dieu »[1]

Il faut ajouter maintenant que la tradition chrétienne n’a pas le monopole de cette révélation. L’Église n’existe pas en dehors de l’humanité. Dieu est bien Créateur et Rédempteur des cieux et de la terre et pas seulement de la chrétienté bien que l’Église puisse bénéficier d’une prophétie particulière. Chacune des trois religions qui se réfèrent à Abraham a sa compréhension particulière de cette histoire du salut.

H.L.

 



[1] Gérard Sigwalt, Le principe scripturaire à l’épreuve du temps, ETR 2014/1