Commentaire de l'évangile de Marc par Paul Claudin - suite-(Traduction de la TOB)

Ce passage débute de façon solennelle : oui ce qui était attendu depuis des siècles – le moment où Dieu interviendrait – arrive maintenant (v 15). Mais pour le recevoir, peut-être même pour le percevoir, il s'agit de changer de l'intérieur. Sans conversion profonde, nous risquerions de laisser passer ce moment exceptionnel. Trois séquences se succèdent : le recrutement des premiers disciples, une fulgurante notoriété, le revers de la « médaille ». Elles précisent le mode opératoire de Jésus.

Le recrutement des premiers disciples :

Dans l'évangile de Marc, recruter est le premier acte concret de la mission de Jésus. Au mépris de toute vraisemblance, le récit met en scène la complète initiative de Jésus (v17.20) et la réponse sans faille des premiers disciples appelés (v 18.20). Ils sont choisis dans une classe sociale intermédiaire (des artisans pêcheurs), sans connaissances religieuses particulières. Jésus n'aura jamais de « théologiens » dans son premier cercle de disciples. Dans les évangiles les scribes et les docteurs de la Loi nous sont présentés plutôt comme des opposants.

Une fulgurante notoriété :

L'autorité de Jésus est mise en relief (v21-34) dans trois activés qui seront celles de tout son ministère : enseigner, guérir, chasser les démons. Elles s'exercent dans tous les lieux de vie : la synagogue (lieu de prière), la maison de Simon (lieu privé), la porte de la ville (espace publique). Cette autorité ne lui vient pas d'un statut socio-religieux, elle est intrinsèque à sa personne. Les démons qui disent connaître quelque chose de Jésus sont instamment priés de se taire ; en révélant ce lien de Jésus à Dieu, avant le supplice de la Croix, ne risquent-ils pas de donner une image erronée de Jésus et de Dieu ?

Malgré le concert d'admirations, finalement une seule relation personnelle se noue avec Jésus : la belle-mère de Simon (v30-31). Le verbe « se lever » fait partie du vocabulaire de la Résurrection. Peut-être, avons-nous ici la trace d'une catéchèse baptismale, ou d'une lecture chrétienne de la mort, utilisée dans les communautés chrétiennes où cet évangile s'est formé ?

Le revers de la « médaille » :

Changement d'atmosphère à partir du verset 35. Un Jésus à l'autorité reconnue, adulé, puissant en paroles et en actes, laisse place à un Jésus qui cherche dans la solitude la relation avec son Père. Jésus prend-il conscience qu'il se trompe de voie ? Qu'il risque de déclencher à son égard des attitudes qu'il ne souhaite pas : devenir une idole, être proclamé roi ?
            Frustrant ses disciples qui auraient volontiers continué l'expérience, il provoque le départ vers d'autres lieux. Bizarrement, le texte (v38-39) ne parle plus de guérisons mais uniquement d'enseignements et d'exorcismes. Les verbes conjugués à la troisième personne du singulier pourraient laisser penser que Jésus repart seul !
            Mais voilà qu'un malade croise à nouveau la route de Jésus (v40). De part sa maladie c'est aussi un exclu de la société du temps. Jésus va-t-il rester insensible à sa misère ? En comptant sur sa discrétion Jésus le guérit ; mais le nouveau guéri ameute la population. Du coup (ironie de l'évangéliste ?) c'est Jésus qui est exclu et « reste dans des endroits déserts » (v45).
            « Dur, dur » d'annoncer la « Bonne Nouvelle » en paroles et en actes, sans que les humains s'engouffrent dans l'idolâtrie d'un Dieu à leur service.