Commentaire de l'évangile de Marc (Paul Claudin)

   ( Mc 2,1-3,6 Traduction de la TOB)

 

Cinq controverses entre Jésus et les Pharisiens font l'unité de ce passage. Au sein de ces affrontements se dessinent les contours de ce nouveau Règne de Dieu. Trois registres sont abordés : le regard de Dieu sur ceux considérés comme pécheurs, la nouveauté de la présence de Dieu à travers Jésus (thème placé au centre du passage) et la primauté de la vie sur les interdits religieux.

La nouveauté de la présence de Dieu (Mc 2,18-22)

Amené par la question sur le jeûne, le sens de cette partie centrale est claire : Jésus est l'époux de la « Noce de la Fin des temps ». Il est la manifestation de Dieu qui inaugure une ère nouvelle dont les pratiques sont incompatibles avec celles du temps présent.

Le regard de Dieu sur les pécheurs (Mc 2, 1- 17)

Dans la guérison du paralysé (2,1-12), notons que Jésus transmet le pardon avant de guérir. La guérison va, en quelques sortes, confirmer aux yeux des témoins le redressement complet de cet homme et l'origine divine de ce renouveau. L'homme pardonné et guéri est renvoyé à sa vie normale sans recommandation particulière, comme si cette régénératrice rencontre avec Jésus lui suffisait pour poursuivre sa route dans un nouvel élan.

Une nouvelle désignation de Jésus apparaît : la figure du « Fils de l'homme ». Elle vient s'ajouter à celles de Prophète et de nouveau Moïse déjà utilisées par Marc.

L'appel que reçoit Lévi (2, 13- 17) ne l'amène pas à tout quitter. Au contraire il met Jésus au contact de son réseau personnel lors d'un repas chez lui. Pour les scribes Pharisiens ce réseau est peu fréquentable, ils s'en offusquent. Jésus répond sur le registre de la thérapie. Les bien-portants ne seront pas contaminés, mais les malades pourraient en être guéris. C'est une grande nouveauté : abaissez les barrières de l'exclusion religieuse, la contagion ne va pas toujours dans le même sens !

La primauté de la vie sur les interdits religieux (Mc 2, 23-3,6)

L'épisode des épis arrachés (Mc 2,23-27) met en avant la transgression pour survivre ! C'est ce que dit Jésus en rappelant l'action de David (1 S 21, 2-7) alors qu'il n'était encore qu'un chef de bande. Il transgressa le sacré (la nourriture réservée à l'offrande et aux prêtres) pour assurer sa survie et celle de ses compagnons. Rien n'est plus sacré que l'homme. Ainsi le Sabbat, ce marqueur sacré de l' identité juive, est au service de l'homme et non l'inverse.

Redonner la plénitude de la vie un jour de Sabbat ? (Mc 3, 1-6). Les pharisiens attendent Jésus au « tournant », va-t-il guérir un jour de Sabbat ? Eh bien oui ! Deux types de comportement se heurtent ici. Celui des Pharisiens animés par la morale du permis/défendu, l'attachement à des règles. Celui de Jésus guidé par l'éthique de la finalité. Pour lui, aucun interdit ne peut empêcher d'améliorer la vie, de la rendre plus abondante, plus complète. Jésus semble se désespérer de l'étroitesse de vue de ses interlocuteurs « navré de l'endurcissement de leur cœur ».

C'est, peut-être, encore un trait d'ironie de l'évangéliste : celui qui défend la vie, désormais commence à risquer la sienne car un complot se profile à l'horizon...

C'est vraiment un temps nouveau qui débute. Marc nous avait déjà averti en 1,15 : le Royaume nécessite d'opérer une conversion intérieure, un retournement complet.