D’après  le livre de Raphaël Picon « Le christ à la croisée des religions ».

Déjà les évangiles livrent de multiples représentations du Christ

Jésus Christ est-il Dieu ? Est-il homme ? À la fois Dieu et homme ? La question s’est posée dès la lecture des 4 évangiles. Ainsi dans l’évangile de Jean, Jésus pré existe à la création du monde. Matthieu inscrit Jésus dans le déroulement de l’histoire d’Israël. Chez Luc, le Christ est par essence d’origine surnaturelle car Marie était restée vierge après l’avoir conçu. Marc affirme que Jésus Christ est bien fils de Dieu.
Plus tard, les conciles se sont efforcés de donner une définition de la nature du Christ en utilisant les concepts philosophique de leur temps. Au fil des siècles les théologiens ont donné leur vision. Cobb a une démarche originale plus en adéquation avec notre culture.

Dépasser l’enfermement du Christ dans une seule définition

La signification du Christ dit Cobb ne peut être saisie dans une seule définition. Il faut identifier le Christ en passant par une voie qui ne s’enferme pas dans une de ces définitions qui tentent de définir la substance de la personne du Christ. Le but est de rendre perceptible la réalité christique en l’identifiant à ce qu’elle stimule, à ce qu’elle suscite, provoque. Cela permet de sortir du débat Christ Dieu ou Christ homme, ou encore Dieu et homme.
Christ est l’image d’une action de  transformation créatrice de Dieu. Cette image permet de se représenter ce que peut être la réalité de l’action créatrice de Dieu que réalise le Christ.

La seule réalité historique disponible : les interprétations

Il y a un lien entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi. Il est impossible de  connaître la réalité historique de la personne de Jésus. Mais des témoins ont entendu Jésus parler. D’autres l’ont vu agir. Les uns et les autres ont transmis ce qu’ils ont compris de ce qu’ils ont entendu ou vu.  Ce que nous savons de Jésus finalement  est la transmission de leurs  interprétations. La seule réalité dont nous disposons, c’est ce que Jésus Christ a suscité, mis en mouvement. Ce sont ces interprétations qui la mise en mouvement.

La réalité est mouvement, dynamique, inter relation

Les physiciens[1] expliquent que la mécanique quantique démontre que la réalité matérielle se comporte dans l’espace de l’infiniment petit d’une façon qui n’a absolument plus rien à voir avec ce que par le passé, l’on pensait évident. Par exemple, des particules existent à plusieurs endroits en même temps. D’autres particules communiquent entre elles sans qu’aucune structure ne les relie. Cela se passe comme par télépathie. D’autres cellules traversent des murs épais. Certains objets n’ont plus aucune masse ! D’autres ne vieillissent plus. Du coup, on n’est plus sûr de rien. La réalité est dans un processus constant de flux et de changement dont chaque élément réunit à la fois du matériel et du sensoriel. Au bout du raisonnement, la réalité est identifiée avec ce processus de mouvement même. Aujourd’hui, depuis Einstein eet la découverte de la relativité, nous avons appris qu’un objet nait d’une série d’événements qui se rencontrent, s’enchaînent, et dont la succession constitue une nouvelle réalité qui est le résultat d’un courant continu d’actions qui se rencontrent, se télescopent pour créer du nouveau.  Le réel est un flot d’événements qui se succèdent, s’interpénètrent et interfèrent les uns avec les autres. Il s’agit d’événements qui naissent de la rencontre d’un certain nombre d’expériences qui se combinent, s’entrelace. Chacune de ces réalités est un événement, une occasion. Chacun de ces moments a un caractère passager, momentané. il ne demeure pas. Il connaît une période de croissance, et aboutit à un point culminant. Puis dépérit.  Comme la vie. Comme notre propre existence. Il entre dans le passé sans pour cela s’anéantir. Une nouvelle réalité l’intègre et survit en ayant donné naissance à un autre événement, à une autre réalité, assimilée par l’expérience qui lui succède. Jamais aucune de ces réalités ne disparaît totalement. Dieu les conserve toutes et leur donne une autre forme de vie. La réalité christique est l’événement qui a suscité la naissance de cette action créatrice actuellement à l’œuvre dans notre vie et dans le monde.

Les mutations de la réalité christique

La première image du Christ a été celle d’un Christ divin, impassible, distant, majestueux. Puis au fil du temps, cette figure du Dieu tout-puissant s’est humanisée. C’est la souffrance du Christ en croix qui a été représentée par les artistes. Pas à pas Christ a muté vers une parfaite identification à l’humain. Puis la représentation du Christ lui-même a disparu. Mais si le Christ n’est plus représenté, ce n’est pas qu’il n’est plus reconnu, qu’il soit sans valeur. C’est simplement qu’il est à être pensé, représenté autrement. La réalité du Christ perdure, au-delà de sa transformation. Sa réalité est incorporée au monde.  C’est précisément parce que Christ ne désigne plus une instance souveraine et figée qu’il peut se révéler en prenant sa place dans le champ de la représentation du monde qu’en donne l’artiste. Christ perdant son caractère absolu, devient un agent actif de la représentation du monde. Comme le dit Whitehead : « le monde vit de l’incarnation de Dieu ». Christ est le principe dynamique et créateur du monde. La représentation du Christ sous la forme d’un objet souverain, s’est transformée en un principe dynamique et créateur. Le mot Crist ne nomme pas un Dieu sacré, absolu, transcendant. Il désigne un processus organique de transformation qui appelle à la nouveauté, condamne l’ordre établi, fonde notre liberté. La puissance transformatrice et créatrice du Christ est une force transcendante qui agit dans l’immanence de notre monde.

L’appel du Christ pour notre existence

L’appel du Christ introduit dans notre existence la possibilité de nous épanouir pour peu que nous lui ouvrions la porte. Il est cet événement qui provoque une série d’événements qui se rencontrent, s’enchaînent, et dont la succession constitue une nouvelle réalité en nous, résultat d’un courant continu d’actions qui se rencontrent, se télescopent pour créer du nouveau en nous-mêmes et autour de nous. C’est du bien qui en résulte pour nous même et pour les autres. Libres ! Nous pouvons nous épanouir, reconnaissant envers ce monde d’où nous venons des nouvelles possibilités  qui sont offertes à notre avenir, dans notre intérêt et pour celui des autres. Grandir, c’est transformer dans la joie toutes les nouveautés acquises sans rien anéantir du passé.  Christ est bien le processus  des transformations créatrices dans le monde. Là où une transformation est possible, là réside notre espérance. Face à la conscience moderne mourante dans laquelle nous sommes plongés, nous avons besoin d’une imagination libre et courageuse. C’est le Christ en nous, à travers nous, qui est l’espoir du monde.

H.L.



[1] Le pasteur Marc Pernot, cf site de l’Oratoire du Louvre.