Petite approche de la prière du Notre Père  d’après le livre « Le Sermon sur la Montagne »   d'Élian  Cuvillier :  

Introduction :

La prière doit être secrète. Tenter d’obtenir l’exaucement par le flot des paroles est infantile.
Prier c’est autre chose que demander.  Dieu en effet sait ce dont nous avons besoin.

Mt 6,5 : Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire  leurs prières debout dans les synagogues et les carrefours, afin d’être vu des hommes.
Mt 6, Pour toi quand tu veux prier, entre dans ta chambre la lus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton père qui est là dans le secret

Mt 6,7 : Quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer.

L’entrée dans la prière :

Les cieux sont l’image de l’altérité, de la transcendance. Nous entrons dans une autre réalité par la prière.
Invoquer le Père c’est invoquer celui dont nous sommes les enfants, les fils et les filles. Nous sommes dans une relation filiale.
Ce n’est pas le Dieu de la nature, mais un Dieu avec lequel nous faisons alliance

Mt 6, 9 : Notre Père qui es aux cieux, fais toi reconnaître comme Dieu, fais venir ton règne. Fais se réaliser ta volonté sur la terre à l’image du ciel.

Mt 6, 9-10 : trois demandes concernant le Père :

« Que ton nom sot sanctifié », c'est-à-dire que ton identité soit manifestée.
« que ton règne vienne », qu’il soit effectif.
« Que ta volonté soit faite », Ce n’est pas la volonté d’un Dieu théiste de qui proviendrait le bonheur ou le malheur, la vie et la mort, la maladie et la guérison. La volonté du Père  est liée au Christ en qui elle se réalise. Cette demande signifie : « que ta volonté et non pas la mienne soit faite ». Il s’agit de se décentrer de soi, de lâcher ses préoccupations, ses prétentions à agir pour Dieu.

Mt. 6 11-13 : trois demandes qui concernent celui qui prie : le pain, le pardon, l’évitement de la tentation.

La demande de pain est déclaration de la confiance totale faite à Dieu. Le pain de ce jour est en fait le pain supérieur, le pain surnaturel qui permet de continuer à être. En se référant à la manne distribuée dans le désert ( Ex. 16, 18), c’est le pain qui aide à marcher en vie éternelle, c’est en fait  la personne même du Christ. « C’est moi, dit le Christ, qui suis le vrai pain de vie » ( Jn 6, 27.32.35 ).L’orant demande donc que la personne du Christ vienne, et qu’en communion avec lui, il puisse poursuivre sa route dans la foi.
Mt.26,26 : « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples en diant : Prenez, mangez, ceci est mon corps ». C’est bien ce pain là qu’il faut demander.

La demande sur le pardon (Mt 6  v 12 et 14-15) est une exhortation à sortir de la loi du talion. Il ne faut pas confondre « pardonne-nous parce que nous pardonnons » avec : « comme nous pardonnons aussi ».

L’éclairage de la parabole du débiteur impitoyable  nous fait avancer dans la compréhension du pardon. Souvenons nous (Mt 18,23-35) : Un roi, après avoir réduit en esclavage un de ses serviteurs et sa famille pour le contraindre à rembourser sa dette, la lui remet  à la suite de ses supplications.  Par la suite ce débiteur fait jeter en prison un de ses serviteurs qui lui devait une somme modique. Dénoncé, le roi le livre aux tortionnaires. Conclusion : le Père céleste traitera de la même manière ceux qui ne pardonneront pas à leurs frères. Celui qui ne vit pas de cette grâce et n’en fait pas le principe de sa vie, s’exclut lui-même de cette logique de la grâce.
Pour comprendre la parabole, l’auditeur doit se demander : « est-ce que je suis comme le créditeur  auquel quelqu’un doit  quelque chose  ? Est-ce que je suis celui qui n’est pas capable de voir que je suis tout à fait semblable à celui qui me doit » ?  Ou « suis-je celui auquel on a remis une dette » ?
Ce qui est reproché au serviteur impitoyable, c’est de n’avoir pas été capable de reconnaître son débiteur comme un autre lui-même. Il s’est pris pour un juste. Il avait bénéficié de la grâce, mais cela ne l’a pas touché. Il est resté enfermé dans la logique de la loi du talion.

La psychanalyste Mary Balmary montre que ne pas pardonner pourrit la vie alors que pardonner permet de se débarrasser de la haine qui ronge la victime.
Pardonner brise la logique de la réciprocité.Tendre la joue à celui qui vous a frappé signifie se présenter autrement, de façon à briser le cercle vicieux de l’échange de violence.
Pour le pasteur Pernot[1]le pardon libère celui qui est pardonné, pour qu’il renaisse à une vie nouvelle, libéré comme celui qui pardonne. Que rien ne retienne du passé, car l’essentiel de l’Évangile est devant, est ce vers quoi nous allons.

« Et ne nous conduis pas dans la tentation, mais délivre nous du Tentateur », appel au Père céleste qui peut s’interposer entre  moi et ce qui me pousse à succomber à la tentation. Ce n’est pas Dieu qui me tente, mais c’est lui qui peut préserver le croyant de la tentation. Pour aller un peu plus loin, relisons  Mt 4, 1-11, qui est le récit de la tentation de jésus au désert. Ce récit insiste sur le refus de la toute puissance comprise comme déni de la réalité[2]. Ne pas succomber à la tentation c’est se savoir dépendant du Tout-Autre.

H.L.



[1] Louis Pernot, « Le Notre Père » Abrégé de tout l’Évangile, » Ed. de Paris

[2] Le pouvoir de dominer en donnant du pain, de dominer par le pouvoir politique, ou par le pouvoir religieux.