Pour une laïcité en marche vers une « religion civile » ?

Cibler l’ennemi

En réaction au terrorisme, c’est le salafisme qu’il faut condamner et non pas l’islamisme, car ce serait stigmatiser les musulmans. La salafisme est né vers les années 90 en Arabie Saoudite, (pourtant alliée des États-Unis et de la France !) Il s’agit d’une idéologie totalitaire politico-religieuse qui a pour objectif de susciter en France et en Occident une véritable guerre civile pour instaurer un fascisme politico religieux. Cette idéologie n’est pas vraiment une pratique religieuse bien quelle utilise la religion de l’Islam en la détournant.

Associer les français musulmans au combat anti terroriste est indispensable

Les armes utilisées contre l’Islamisme sont sécuritaires, ce qui implique enquêtes policières, jugements, répression. C’est du ressort de l’appareil d’État. Cela ne suffit pas. Si les musulmans ne sont pas associés à cette lutte contre le terrorisme, le terrorisme triomphera. Les responsables religieux et les Églises peuvent jouer un rôle déterminant. Le Président de la République a d’ailleurs déjà sollicité leur aide à l’occasion des vœux ! Ce n’est pas au nom d’une laïcité justifiée par ce qui apparaît comme affirmation de l’athéisme que l’on pourra convaincre les  français musulmans  de lutter contre le salafisme. C’est plutôt par un dialogue interreligieux que ce sera peut être possible. Cela  exige que les religions, et tout particulièrement les chrétiens, redéfinissent ce que peut être la laïcité et les conditions d’une société réconciliée et tolérante.

Sans tolérance, pas de laïcité possible

Le Président de la République, porte parole d’une sorte de religion civique, a saisi l’occasion offerte par les derniers événements tragiques pour rappeler les principes de la laïcité qui sont tout d’abord la liberté de conscience, de pensée, de religion. Cela implique en premier lieu,  la liberté d’avoir une religion ou d’être sans religion, de pouvoir en changer, de la pratiquer dans le respect des lois, de la démocratie et des droits de l’homme. A ce titre les musulmans ont donc parfaitement le droit de pratiquer leur religion.
En deuxième lieu, la laïcité se traduit par l’égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens quelles que soient leurs identifications religieuses ou philosophiques, ce qui implique non discrimination par l’État ou par les pouvoirs publics en fonction de l’appartenance religieuse ou philosophique.
En troisième lieu vient  l’autonomie respective de l’État et des religions, ce qui signifie que l’État ne donne pas de directives à la religion comme  la religion ne dicte pas ses volontés à l’État.

La religion civile, c’est  «  l’être ensemble » de la société

Jean-Paul Willaime[1] mentionne l’existence d’une « religion civile » qui exprime l’être-ensemble de la société. Il tient compte du fait que toute société a assimilé au cours de son histoire, des valeurs parfois d’origines religieuses, qui font partie du substrat social et culturel que tout citoyen accepte. Le 1 er mai et le lundi de pentecôte ne  sont-il pas des jours fériés pour les uns comme pour les autres ? « La religion civile peut entretenir des rapports très variables avec les religions constituées et représenter un enjeu de luttes entre les forces agissantes d’une société, que celles-ci soient politiques, sociales ou religieuses ». La cohésion sociale s’exprime à l’entrecroisement de la religion civique politique invoquant une laïcité parfois assimilationniste, et de cette « religion  civile » sur laquelle repose la cohésion de la nation.  

La laïcité militant pour l’athéisme s’oppose à une laïcité parfaitement  tolérante

Il y a opposition entre deux interprétations : L’une qui se traduit par une affirmation assimilationniste, universaliste d’une laïcité qui exige que tous soient sans aucune appartenance religieuse et l’autre, davantage soucieuse de respecter les données de la religion civile qui accepte que vivent et s’apprécient côte à côte des juifs, des chrétiens, des musulmans, des athées bien que, ou par ce que différents.

Le  fondement de la République : la liberté d’expression

L’État joue donc une partition laïque, en s’appuyant sur le respect de la liberté d’expression et le respect de toutes les religions à l’exception du radicalisme islamiste auquel il déclare la guerre. Le peuple traumatisé par l’assassinat de 12 journalistes et de 3 policiers, s’est senti mis en danger. Il   s’est rassemblé et a adhéré à la déclaration de guerre au radicalisme salafiste au nom de la liberté d’expression. Tous pour la liberté d’expression se sont affichés « pour Charlie », même si tous ne sont pas  favorables aux provocations  de l’hebdomadaire.

N’en demeure pas moins que certaines caricatures choquent celles et ceux pour qui des symboles tournés en dérision, expriment ce qui leur semble sacré. Mais au nom de la liberté d’expression, tant que les personnes elles-mêmes en tant que croyants ou non ne sont pas visées, le caricaturiste, l’humoriste en ont le droit. De même qu’il est impossible de troubler l’ordre public en affichant de façon provocante, ses convictions religieuses ou athées. La gestion des limites est difficile sur le plan juridique.  

La réponse au problème : le dialogue interreligieux

Plutôt qu’un affrontement des points de vue, c’est par un développement du dialogue interreligieux que peut s’opérer une saine compréhension de la laïcité. « Si, en France, la laïcité a d’abord été scolaire, l’universalisation de la laïcité passera aussi par l’école. Il est essentiel que l’école publique éduque au pluralisme, au vivre ensemble dans des sociétés multiculturelles et de plus diversifiées au plan des religions et convictions.(…) En enseignant aux enfants l’histoire et la philosophie des principales religions avec mesure et objectivité dans le respect des valeurs de la Convention Européenne des droits de l’homme, elle luttera efficacement contre le fanatisme. »[2] Alors les enfants comprenant ce que signifie la tolérance, s’accepteront différents, sans renoncer à leur identité, à leurs références religieuses ou idéologiques.

La laïcité pour le Conseil de l’Europe

Entre l’affirmation d’une laïcité assimilée à une valeur républicaine par un État centralisateur et assimilationniste, imposant une uniformité culturelle, et le développement du communautarisme facilité au Royaume –uni, il y a une marge. La voie d’une universalisation de la laïcité qui rende possible le respect des traditions religieuses ou non- religieuses qui se sont imprimées dans la culture et la vie sociale est nécessaire et possible. Alors sans doute, les religions contribueront elles à l’amélioration du vivre ensemble d’une société pourtant parfaitement laïque. C’est la position du Conseil de l’Europe.

H.L.
 

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[1] J-P willaime dirige l’Institut Européen en science des religions. A noter que Jean Baubérot a une toute conception de la religion civile qui serait religion d’État faisant référence à une transcendance.

[2] Jean-Paul Willaime, « Le retour du religieux dans la sphère publique », ed. Olivétan.