Compte rendu de la conférence de Mr Élian Cuvillier à Grenoble le 26 janvier 2015

 

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Effets de la post modernité

               
La postmodernité
La post modernité désigne une école philosophique qui trouve son origine dans les travaux de philosophes comme Derrida, Lyotard, Lévis Strauss, Freud, Habermas, Wittgenstein, Michel Foucault. Dans les années 60, ils ont produit un nouveau rapport à la réalité. Ils assument la modernité, mais en exacerbent l’aptitude critique héritée des Lumières, non pour revenir en arrière, au prémoderne, mais pour la faire avancer, pour  faire un pas de plus vers l’herméneutique du soupçon. S’appuyer sur la post modernité conduit à éviter les postures fondamentalistes ou la négation du problème religieux avec le scientisme. Va-t-on s’arque bouter sur le passé, ou au contraire aller vers une liberté de pensée qui nous aide à comprendre de façon plus subtile un texte biblique ? Il s’agit d’éviter une régression épistémologique vers le fondamentalisme ( à noter qu’il y a plusieurs fondamentalismes),  ou d’opter pour une version scientiste qui croit régler tous les problèmes en éludant toute référence religieuse.

Les enjeux de la lecture des textes biblique :
L’histoire de l’exégèse va du quinzième siècle au dix-huitième comme l’a fort bien étudié le jésuite Pierre Gibert[1]. Elle est marquée par 2 dates, 1941 et 1943.

1943 : Publication de l’encyclique de Pie XII, « afflante divino spiritu » qui prend acte de la méthode historico critique et l’accepte, alors qu’elle était jusqu’alors refusée par l’Église catholique. Il en résulte une explosion de la recherche critique , une ouverture à l’œcuménisme sous l’influence de l’école biblique de Jérusalem qui va développer l’analyse historico critique des textes bibliques. L’idée que l’on peut retirer l’expression  d’une vérité du texte biblique d’une façon différente de celle d’un dogme est acceptée.

1941 : Cette date correspond à celle du congrès de la Société de théologie évangélique en Allemagne, congrès au cours duquel Bultmann fait une conférence sur le thème du Nouveau Testament et la mythologie. Bultmann veut démythologiser et non démythifier. Démythifier consiste à enlever du récit ce qui relève du mythe, ce qui n’est pas rationnel, raisonnablement acceptable. Or le mythe est un récit qui véhicule un message, une façon de dire un message intelligible à travers un récit fabuleux. C’est un discours des commencements, un langage des origines. Le mythe relate une expérience de la présence d’une altérité dans notre monde : ainsi vie, mort, altérité, existence de Dieu, sont parlés à travers une histoire que l’on peut entendre aujourd’hui. Le Big bang est d’une certaine manière, un mythe qui explique la création du monde. La mythologie est  système d’explication du monde, un essai de faire un système qui demande à être cru tel quel. Le récit est une explication du mystère, une information sur le surnaturel. En ce sens la dogmatique est une mythologie, une idéologie à croire. Le croyant rationalise Dieu pour en faire un dogme à croire  ( pour être sauvé).
Bultmann  veut que l’on comprenne le mythe. Dire par exemple que Dieu s’incarne en Jésus Christ a des conséquences anthropologiques. Lesquelles ? Ceci nous incite à comprendre les dogmes, à découvrir quel sens le texte peut avoir pour nous. Le texte biblique est souvent un mythe qui a un sens, qui nous fait une proposition sur l’être humain. 

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Les 3 défis de l’exégèse


1) Penser l’histoire comme une instance critique

a) Importance de l’histoire
Le lecteur doit toujours mettre une certaine distance ente lui-même et le texte. Il existe en effet une distance historique incontournable entre les textes et le lecteur d’aujourd’hui. Le monde à l’époque de laquelle le texte a été écrit est différent du nôtre. Il faut donc prendre en compte cette réalité. Les écrits de Paul ne peuvent être lus anachroniquement, car ils perdraient alors tout leur sens.

B )Vérité et fiction s’articulent dans le texte biblique.
 Préserver la théologie et l’Église de la tendance à juger qu’il y aurait adéquation parfaite entre le texte et la vérité dogmatique telle que l’Église l’entend. La recherche historique ne réduit pas le texte à l’immédiateté. La vérité n’est pas liée à l’historicité. Elle relève de l’expérience que les gens ont faite ( parfois indicible comme l’est toute expérience spirituelle ). Le récit de la résurrection en fait partie.
La crucifixion est un fait historique. La résurrection par contre ne relève pas  de l’enquête historique. Des gens ont dit « il est ressuscité ». C’est une vérité qui se dit dans le mythe.  La résurrection relève d’une expérience et son expression relève du mythe et non de l’historicité. Le mythe permet de mettre des mots sur la résurrection. Quand un sujet raconte sa conversion, ce qui est indescriptible, il prononce des mots par lesquels il se met lui-même en jeu.

c) poursuivre la tâche de la démythologisation
Dieu est devenu homme. Il est mort sur une croix pour le salut de l’humanité : c’est le mythe chrétien toujours à interpréter. Interpréter ce mythe fondateur pour en dire la pertinence aujourd’hui, en déployer le sens est essentiel.
Les chrétiens ont tendance à trop mythologiser le récit en répétant comme vérité le discours religieux au lieu de chercher le sens.

2) Explication de l’existence à « l’insistance de Dieu » (John Caputo ).

Dieu n’existe pas comme un être désincarné qui serait dans le ciel . Dieu « insiste ». Le nom de Dieu est une chose importante dans la Bible. Mais qui est Dieu ? Son nom ne désigne pas une réalité objectivable. C’est ce qui désigne une possibilité, un événement, une rencontre. C’est ce qui se produit à la lecture du texte. Dieu n’existe pas comme super être. Il insiste en se contentant des mots qui posent des questions. Dieu est la question qui se pose à moi, C’est quelque chose qui s’insinue, qui dérange, qui apporte l’épée et non la paix.Dieu a l’audace de nous oblige à nos poser des questions. Dieu est le nom de l’appel qui réside au cœur du texte biblique, qui m’appelle et à qui je réponds. Cette possibilité de poser la question est un effet du vieux dogme de l’incarnation.

Questions-réponses

Question sur la transcendance et l’incarnation
Aujourd’hui plus que jamais, la question de l’incarnation se pose. Nous vivons dans un monde de plus en plus virtuel. Nous fuyons le corps. Toute la recherche et la réflexion actuelle sur le transhumanisme  sont signe de cette fuite du corps qui  est ce qui va dépérir. Or Dieu a décidé d’habiter ce corps, cette condition de ce qui est périssable. Dieu insuffle dans ce corps mortel de la vie dans le lieu même de la mort. L’affirmation du dogme de la résurrection de la chair est affirmation que la vie est possible. C’est la raison pour laquelle le Symbole des apôtres est signifiant aujourd’hui.
La transcendance a pour signe la verticalité. Le corps a pour signe l’horizontalité. L’immortalité ne doit pas faire envie, car ce qui fait la vie est le désir. Il y a contradiction entre l’immortalité et la vie qui est désir, et… finitude.
La vie ne peut venir que de l’extérieur. ( A mettre en relation avec la naissance virginale de Marie !)
Le refus de la finitude n’a pas eu que des inconvénients ; Ce refus à incité à développer la science, la recherche.  Mais il faut reconnaître que le progrès technique n’apaise pas tant que cela !

Question sur « peut-on tout faire » ?
On ne peut pas encore tout faire comme aller sur Mars. Maintenant tout ce qui est possible n’est pas faisable. Il appartient à chacun de répondre. A noter que l’humanité ne cesse de  transgresser les interdits. La question est alors : comment fixer des limites ? Les limites infranchissables sont le meurtre et l’inceste. Mais ces interdits peuvent varier dans leur compréhension, d’une société, d’une culture à l’autre. Néanmoins, la grammaire fondamentale demeure : ces deux interdits restent en place quelle que soit la lecture spécifique selon la culture, la nation.

D’après les notes prises par H.L.



[1] P. Gibert, « Invention de l’exégèse moderne », et « Petite histoire de l’exégèse biblique ».