Dieu serait-il éternel ?
Au lieu de dire Dieu, les protestants disent fréquemment l’Éternel. Cela incline à penser que Dieu n’a ni passé, ni présent, ni avenir, que Dieu est intemporel, absolu, affecté par aucune réalité, omniscient, omnipotent. Qu’il est de tout temps ou plutôt « hors temps ». On priverait donc Dieu d’un passé, d’agir dans le temps présent et de contribuer peut être à forger l’avenir.

Le Dieu des théistes :
Dieu serait-il absolu parfait, infini ? Connaîtrait-il tout ? Ne dépendant de rien ni de personne ? Les croyants qui sont « théistes» ont cette conception de Dieu. Ils croient en ce Dieu-là. Les athées ont la même conception de Dieu, mais eux ne croient pas que ce Dieu-là existe. L’amusant est que les athées sont convaincus que tous les chrétiens ont cette vision théiste de Dieu, ce qui est faux et à la limite stupide.

Le Dieu des panthéistes :
Dieu est-il alors dans la nature ? Spinoza pensait cela. Il disait en latin « Dieu ou la nature ». J’ai rencontré au Cameroun et au Gabon, des Africains qui croyaient que Dieu est effectivement dans certains arbres, ou dans certains animaux divins dotés d’ une âme. Ils leur offrent parfois des sacrifices. Ils sont « panthéistes ». Les chrétiens et les juifs  ne croient pas en ce Dieu-là. C’est en effet la première leçon que l’on peut tirer du récit de la création contenu dans la Bible. Dieu y est décrit créant la terre, les étoiles, le soleil, et la lune. S’il les crée, c’est lui qui est Dieu! C’est de lui que ces créatures dépendent.

Le Dieu des panenthéistes :
 Dieu serait-il hors de tout ? Ce n’est pas ce que pensent les « panenthéistes ». Ce mot peu usité désigne ceux qui croient que Dieu est  radicalement autre, mais il n’est pas dans un ciel transcendant. « Il se trouve présent ici-bas, élément nécessaire à la bonne marche du monde,. Il participe à toutes les réalités auxquelles nous avons normalement affaire ». Il est présent en toute chose, en toute personne et en même temps il est plus que tout cela. Il faut donc chercher Dieu dans le banal, le quotidien et non dans le surnaturel, l’extraordinaire.  « Dieu se trouve ici bas et nulle part ailleurs ». [1]

Le Dieu des philosophes des Lumières est un dieu lointain, étranger aux discours ecclésiastiques  et aux pratiques catholiques dit Frédéric Lenoir. [2] Adepte d’une religion naturelle, rationnelle, bienveillante, Voltaire croyait à l’Être suprême.
Les  chrétiens humanistes du XIXe et débuts du  XXe, influencés par le romantisme, ont versé dans le mysticisme ou ont considéré qu’en fait la présence de Dieu se manifestait dans la spiritualité de  l’homme hors de toute religion, de toute adhésion à une quelconque église. Ils refusent toute transcendance, mais se font eux-mêmes Dieu. Ferdinand Buisson se satisfaisait d’une religion laïque.

 

L’image de Dieu dans les évangiles (Mc 15, 33-41 ; Mt 27,45-56 ; Lc 23,43-49; JN 19,28-30)
Dieu se révèle en  mourant aux côtés de Jésus mis en croix. Il se révèle à l’opposé de l’image théiste d’un Dieu tout puissant. Cette image dramatique est une contestation claire de la théologie de la croix, qui tendait à justifier la mort du Christ pour compenser le péché de l’humanité. Marc rapporte qu’au moment même où le Christ expire, le voile du Temple se déchire. Le grand prêtre passait une fois l’an derrière ce voile pour pénétrer dans le lieu très saint afin d’offrir le sacrifice qui accordait le pardon au peuple élu. Si le voile se déchire, c’est signe que désormais le sacrifice est inutile et que chaque croyant peut aller directement au contact de Dieu sans la médiation de quelque prêtre que ce soit.
Dieu s’identifie et participe à la détresse humaine des rejetés. C’est dans la faiblesse que Dieu manifeste sa véritable puissance. La résurrection vécue par ses disciples affirme sa victoire sur la mort. Sa présence se manifeste de façon discrète, voire secrète. Il répond la plupart du temps à la demande de celles et ceux qui sont en quête d’une rencontre avec lui.  Il répond ainsi à « la préoccupation ultime » du croyant. Pris par l’angoisse, ce dernier doute souvent. C’est au plus fort instant de doute que Dieu se révèle à lui par de simples signes de la vie courante.

Le Dieu en qui« nous avons la vie, le mouvement  et l'être ».
Sur les suggestions de G. Castelnau[3], nous pouvons parfaitement expérimenter qu’une force, un dynamisme créateur montent en nous et nous rendent capables d’affronter les difficultés, les angoisses, les souffrances de la vie.
Paul disait:
« Dieu peut, par la puissance qui agit en nous, faire infiniment au-delà de tout ce que nous pensons » (Éphésiens 3.20).
- Un apaisement, une respiration montent en nous lorsqu’on a des occasions de stress, de colère, de haine.
- Une fraternité aussi, alors même que notre entourage ne mérite, pensons-nous, que mépris, agressivité, vengeance.
-Cet élan, ce souffle, cette force, cet esprit fraternel qui nous dépassent  sont, au fond de nous, la Source de la vie, créatrice de tout ce qui vit. Le théologien Paul Tillich disait :
« Dieu est en nous, il n’est pas sans nous et il est plus que nous ».
C'est une manière nouvelle de voir le monde, d’imaginer des possibilités nouvelles, qui surgit et dépasse largement notre propre « spiritualité ».

Nous parlerons du Dieu qui nous permet d’affronter les forces de mort de notre monde, qui nous agressent, nous tirent vers le bas, nous dépriment et nous déshumanisent.
Nous apprendrons à aimer le Dieu de notre vie, le Dieu qui nous rend humains.

Et si quelqu’un suggère de prier Dieu et de le motiver afin qu’il s’occupe des malheurs de ce monde, nous lui répondrons que justement Dieu nous demande de le faire nous-mêmes, en collaboration avec tous les hommes de bonne volonté !
La prière se fait méditation, prise de conscience de cette Présence divine en nous, regard sur le monde, la vie, l’existence telle que Jésus nous l’a montrée. Participation à l’éternelle activité créatrice de Dieu, responsabilisation, mobilisation, apaisement... Motivation, conscientisation...

« Dieu nous donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses…
en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être »

 

 



[1] A. Gounelle, Le dynamisme créateur de Dieu » Van dieren éditeur.p. 60

[2] Frédéric Lenoir, Les métamorphoses de Dieu, Plon

[3] www.proptestantsdanslaville.org