Naissance de la modernité

Le passage de la modernité à l’ultra modernité a provoqué un vide à combler par un renouveau du religieux.
- La première émergence de la modernité est la naissance du sujet moderne. Des hommes comme Pic de la Mirandole ( 1463-1494), Rabelais (1494-1553), puis Montaigne( 1533-1592), Luther ( 1483-1546) , ont posé les bases d’une rupture avec l’autorité établie de l’Église.
Au siècle suivant, Descartes publie le « Discours de la méthode » (1633). Ce discours contribue à séparer l’ordre de la raison de celui de la foi.
- La deuxième vague est au  XVIIIe siècle l’arrivée des philosophes des Lumières qui prennent leurs distances avec toute autorité religieuse. La modernité s’oppose alors à la tradition. La raison critique et la libre expression du sujet s’affirment. Ce mouvement va peu à peu déboucher sur la sécularisation et la laïcité.
- Une troisième vague commence en 1750. Les hommes construisent avec leur raison et leur volonté le monde matériel, moral et culturel de la sortie de la religion. La société débouche sur la démocratie et le libéralisme. La raison triomphe accompagnée par la foi dans le progrès. Nous sommes alors définitivement entrés dans la modernité.

Les caractéristiques de la modernité :

L’autonomie de l’individu, législateur de sa vie, se définit par le droit de s’accomplir, de satisfaire ses intérêts ici bas, sans se soucier de l’au delà.
La société se laïcise. Le politique et le religieux se séparent. La religion ne fournit plus ses références pour donner un sens de la vie qui s’impose à tous. La religion devient une option privée.
La sécularisation consistait à l’origine à faire passer les biens de l’Église dans le domaine public. Désormais la sécularisation va consister à laïciser des valeurs d’origine religieuse.
La famille  est l’objet de la sécularisation par le Code civil de 1804 qui entérine les normes imposées par l’Église. La femme par exemple reste sous la tutelle de son époux, et l’autorité paternelle s’exerce sur les enfants.
L’école qui avait été l’affaire de l’Église passera aux mains de l’État.
Le travail avait une valeur religieuse. La motivation était d’obéir à une vocation. Le travail était un devoir. Le but était de réussir son existence pour l’au-delà.

Passage à l’ultramodernité
 
La modernité avait suscité un fol espoir. Hélas ! La science et le progrès n’ont pas apporté le bonheur et un monde meilleur. Au contraire !  Deux guerres effroyables, la Shoah, La bombe d’Hiroshima, les millions de morts dus au stalinisme, les crises financières dues au néolibéralisme, furent autant de démonstrations de l’échec de la modernité. Dans les années 196o  des philosophes comme Derrida, Lyotard, Deleuze, Jonas, Foucault, vont exercer l’esprit critique de la modernité et parler de post modernité ou d’ultra modernité.
Les valeurs qui avaient été sécularisées comme celles qui concernent la famille, le travail, l’idéal social démocratique du vivre ensemble sont remises en question. L’ultra modernité provoque la crise de l’éthique collective du lien social. La société est confrontée à des questions inédites comme la révolution biotechnologique, la fécondation artificielle, le clonage, l’homoparentalité, la régulation de la fin de vie.
Les valeurs héritées de la religion qui avaient été sécularisées et laïcisées, sont bafouées. Le code civil est complètement réécrit grâce à la pilule, au contrôle des naissances, à l’autonomie de la femme.
Désormais le but du travail est de réussir son existence ici-bas, que ce soit sur le plan de la reconnaissance sociale que financier, ou par la réalisation de soi. La finalité de l’enseignement  est dénoncée, accusée de favoriser l’élitisme et l’inégalité. La politique ne suscite plus l’espérance.

La fin des certitudes
 
Les religions ont de moins en moins de fidèles et elles ont des fidèles de plus en plus infidèles. La croissance pour la croissance est devenue une désillusion. L’avenir de la planète  vu le réchauffement climatique, est source d’inquiétude. Sont autant de causes de déstabilisation la dérégulation financière, la mondialisation, le remplacement d’une économie de marché par le développement d’un certain capitalisme financier.

Le religieux autrement

Avec cette révolution et le développement de l’insécurité morale,  nous entrons dans un nouveau cycle religieux. Il ne s’agit pas d’une réhabilitation de l’autorité des religions établies. Le religieux exige une nouvelle définition. De nouvelles formes du croire apparaissent.

- Une première tendance est l’héritière du romantisme de la fin du XIXe. Après le transcendantalisme d’Émerson, le vitalisme de Simmel, on peut citer la théosophie, l’anthroposophie, l’occultisme, le dernier avatar individualiste du new âge.
- Un deuxième courant que la sociologue Françoise Champion appelle la nébuleuse mystique ésotérique, alimente les librairies spécialisées : Transformation de soi, pratiques du cosmos vivant, usage des plantes développé dans le cadre de médecines alternatives en lien avec le développement personnel, bioénergie, sophrologie, phytothérapie, la liste est loin d’être close. Les cours de yoga se multiplient comme les stages de développement personnel. Chacun en effet se forge son  « croire » en surfant au besoin sur le net.
La vie spirituelle est un travail sur soi en vue de s’accomplir, de se réaliser. L’objectif est de trouver le divin en soi-même, d’accéder par une sorte d’auto-transcendance à l’unité de son être.
- Devant l’insécurité suscitée par l’ultra modernité, il faut relever que le repli sur l’intégrisme demeure important dans toutes les religions, qu’il s’agisse du protestantisme, du catholicisme, de l’Islam, du judaïsme. Il y a, pour les intégristes, une déconnection totale entre la religion et la culture. Le réflexe est de chercher la sécurité en se réfugiant dans le passé, témoin l’islamisme qui veut revenir au VII e siècle.

L’avenir des religions

Les religions historiques ne vont pas nécessairement mourir. Elles sont néanmoins contraintes d’évoluer sur le plan théologique, de  ne plus adopter une posture inclusiviste, excluant les autres religions. La tendance actuelle est d’ailleurs au développement vers l’inter religieux.

H.L.