Nous vivons à l’époque du culte de la performance. Chacun, chacune est sommé d’exister par ses prouesses en faisant face aux challenges qui nous sont imposés. Le salut n’a plus sa place dans l’au-delà, mais ici bas, ici et maintenant, souvent par le paraître. Mais cela ne satisfait pas vraiment. Nous restons avec un arrière goût de manque.

Pourtant, se préoccuper des choses ultimes, des questions du sens à donner à l’existence est un premier pas vers la réponse qui se trouve dans l’évangile. Pourtant, malgré nous, Dieu peut intervenir dans nos vies car il est sans cesse à l’oeuvre. C’est ce que nous trouvons dans les évangiles.
 
Jésus était un jour chez Marthe et Marie. Marthe s’affairait pour que l’accueil soit parfait. Marie écoutait Jésus parler. Marie, se préoccupait « des choses ultimes » dirait Tillich. Marthe proteste et souhaite que Marie lui donne un coup de main. « Seigneur cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis lui donc de m’aider ! ». Jésus répond : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas ôtée ».
Conclusion : la personne qui se soucie de trouver réponse aux questions essentielles, à celles qui donnent un sens à l’existence, est sur la bonne voie. Elle écoute. Elle va pouvoir cueillir « le salut ». (Luc10, 38/ss ) Ro. 10 « la foi vient de l’écoute et l’écoute vient de la Parole du Christ ».

 

Certains pensent que pour être certain que la réponse vienne bien du ciel, il faut ressentir une émotion qui laisse des traces comme si soudain l’on était en apesanteur. Il n’en est rien. Il suffit de faire confiance à la parole entendue telle qu’elle se trouve dans le texte. Dieu, car c’est bien de lui qu’il s’agit, intervient d’une façon très simple et directe. L’exemple est donné par Marie. Elle écoute et fait confiance. Il n’y a pas de tremblement de terre, d’aurore boréale, de miracle. Elle prend au sérieux ce qu’elle entend. La Parole de Dieu nous est adressée très simplement. Il suffit d’être réceptif pour l’entendre.  Il suffit alors que l’écoutant entende la réponse à la question du sens à donner à sa propre vie. Et voici quelle est la réponse : Il est inutile de chercher à tout prix le moyen de prouver que votre vie est hors norme, de céder au culte de la performance, de faire votre possible pour être reconnu par le monde entier. Sachez que vous avez une valeur infinie aux yeux de Dieu. Qui que vous soyez, blanc ou noir, jaune ou rouge, homme ou femme, peu importe ! Vous avez peut être une idée peu reluisante de vous-même. Vous doutez de vous. Vous vous sentez incompris ? Mal accepté ? Si vous écoutez bien, voici la Parole qui vous est adressée de la part de Dieu lui-même : Tel que vous êtes, Dieu a envoyé Jésus pour vous dire qu’il vous aime et compte sur vous pour que vous preniez ce qu’il vous dit au sérieux. Vous êtes « justifié » .

L’apôtre Paul fait part de ce qu’il a retiré de l’expérience qu’il a pu faire de sa rencontre avec la personne de Jésus Christ. Et voici ce que dit Paul : « Chaque fois que les gens comme vous se tournent vers le Seigneur, le voile tombe. « Le Seigneur, c’est l’Esprit sain. Et quand l’Esprit du Seigneur est présent, la liberté est là. Notre visage à nous tous est sans voile, et la gloire du Seigneur se reflète sur nous, comme dans un miroir. Alors l’Esprit du Seigneur, qui est l’Esprit, nous transforme. Il se rend semblable à lui, avec une gloire toujours plus grande ». (2 Co. 3, 18 )

C’était la première étape. Le sujet concerné n’a qu’une chose à faire : accepter d’être accepté. Il est « justifié », considéré acceptable malgré ce qu’il a pu faire ou ne pas faire. Il laissera alors l’Esprit agir en lui. C’est simple. Il suffit de se mettre à l’écoute de ce qui vous dépasse, de ce qui est au-delà de vous. En fermant les yeux, comme assoupi, mais en fait très centré sur ce qui peut survenir dans votre vie. C’est une prière. Il n’y a qu’à se laisser faire. C’est alors que se produit la deuxième étape. L’Esprit de Dieu vous pénètre, vient habiter en vous.

 «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé. Voici qu’une nouvelle réalité est passée. » ( 2 Co. Chapitre 5 ,17-20)

Le vieux de votre personne toute entière est recyclé. C’est du neuf qui apparaît. Les évangiles rapportent nombre d’exemples de cette régénération. Dans Luc, au ch. 7, Jésus guérit un esclave auquel son maître tenait beaucoup. Il s’agissait sans doute d’un homosexuel. Comme quoi le salut s’adresse à tout le monde, même à un homosexuel. Plus tard, une prostituée vient lui demander secours, et il la remet d’aplomb, en lui redonnant une image positive d’elle-même. Il rencontre encore un malade mental vivant dans un cimetière, rejeté par tout le monde. Il lui parle, et là encore, le remet debout, capable d’agir en homme libre. Il y a bien d’autres exemples de cette libération, de cette régénération  accordée par Dieu en la personne de Jésus Christ. Jésus  ne demande jamais à tous les réprouvés qui l’appellent de réciter leur catéchisme, de dire ce qu’ils croient ou pas. Il ne vérifie pas s’ils sont de la bonne religion, s’ils font les rites qui conviennent pour que Dieu les accepte. C’est bien ce que Paul dit encore.

«car ce qui importe, ce n’est ni la circoncision, ni l’incirconcision , ce qui compte c’est ce que Dieu nous crée à nouveau». (Galates 5, 15 )

Être circoncis signifie faire partie du cercle de celles et ceux qui ont la bonne religion. Les Juifs pensent en effet que la circoncision est essentielle pour faire partie du peuple élu, parce qu’il a fait alliance avec Dieu. Beaucoup de musulmans croient également que leur religion est la seule à détenir la vérit. Mais  Il y a des chrétiens qui pensent de la même façon que seuls sont qui sont membres de leur église seront sauvés, comme s’ils étaient circoncis.
D’autres qui ne croient pas, qui ne sont donc pas circoncis parce qu’ils ne sont d’aucune religion, croient qu’ils vont accéder à « la vie bonne » justement parce qu’ils sont intelligents, rationnels, et savent bien que Dieu n’existe pas.
Or ce qui importe,  ce qui compte, c’est que Dieu lui même intervient, sans se soucier de savoir si on est circoncis ou non, si on fait partie de la bonne église ou pas !

Oui ! 2 Co. 5, 17 : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé. Voici qu’une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation ».

Il y a une action commune, une synergie entre la volonté divine et la volonté humaine. C’est la troisième étape. L’Esprit agit en l’individu pour lui permettre d’ être en phase avec l’énergie qui est venue d’ailleurs. Il ne reste plus qu’à agir en accord avec cette suggestion divine.

2 Co. 6,1 : « Puisque nous sommes à l’œuvre avec lui, nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ».

Il convient donc de coopérer à cette action de l’Esprit en nous. L’individu réconcilié avec Dieu, l’est alors avec lui-même. Réconcilié avec lui-même, il est disponible pour se réunir fraternellement à l’autre, et devenir agent de réconciliation.  
 
Et cela débouche en conclusion sur la profession de foi de Picon dans laquelle tous peuvent se retrouver[1]en vivant de  la spiritualité du protestantisme libéral :

« Tel que je suis et tel que je suis avec Dieu, c'est-à-dire continuellement recréé par lui, aimanté vers le meilleur de soi-même, attiré et en lutte vers un monde et une existence plus stimulante et plus épanouis. Être chrétien, être libre de pouvoir dire « je » avec et devant Dieu, c'est forcément associer l'Évangile à la liberté. Un Évangile sans liberté serait une loi tyrannique. Une liberté sans Évangile risquerait d'être sans amour. Le protestantisme libéral, ne prétend pas être un meilleur christianisme. Il œuvre à rendre le christianisme possible. Il libère celui-ci de l'esprit d'orthodoxie qui trop souvent l'étouffe. Il préfère les questions ouvertes, celles qui rappellent que la vérité est toujours objet de recherche et de désir, aux réponses fermées et définitives qui contrarient la pensée. Il confesse un Dieu sans barbe, libéré de ses oripeaux mythologiques qui bêtifient la foi. Il lutte contre l'obscurantisme religieux, le fondamentalisme et le sectarisme, n'ayant de cesse de rappeler que le Christ est l'utopie réalisée d'un être nouveau, libre, aimé. Une fois pour toutes et pour toujours. Être un protestant libéral, ce n'est pas être un meilleur chrétien, un chrétien plus éclairé, plus ouvert et plus généreux, c'est essayer d'être chrétien »

H.L.  

 

 



[1] Raphaël Picon, Oratoire du Louvre