De la lecture du livre de Jean Baubérot, les 7 laïcités françaises, il ressort que chacune de ces laïcités est t l’expression d’un sentiment religieux, et traduit une relation particulière de l’individu à Dieu et à la religion.

La laïcité antireligieuse qui s’est développée depuis les années 80 est un combat contre toute religion. Moins on est religieux, plus on est laïque. Et en définitive, la laïcité devient une religion. Le laïque antireligieux particulièrement intolérant, considère a priori le croyant comme sectaire et intolérant. Il se croit démocrate. Il ne l’est pas, car, viscéralement opposé à Dieu, il est contre la liberté de penser des individus.

La laïcité gallicane s’efforce de mettre Dieu et la religion sous sa coupe. Ce fut la stratégie de Charlemagne vis-à-vis du Vatican. L’État se donne le droit d’intervenir dans les affaires religieuses. Le gallican veut ôter sa robe au prêtre et leur voile aux musulmanes.  Lui non plus n’a guère la fibre démocratique quoiqu’il en dise. Les laïques gallicans s’opposèrent longtemps au vote des femmes, craignant qu’elles ne soient capables de s’affranchir de l’autorité cléricale.  Affirmer sa particularité,  porter un signe distinctif est proscrit. Il leur faut imposer l’universel. L’école est dévolue à l’universel. Et si l’école ne défend pas l’universel, c'est-à-dire la République, elle détruit la France. Cette laïcité s’oppose finalement à la liberté de conscience.

La laïcité identitaire, autrefois de gauche, est passée à droite grâce aux efforts de Sarkozy et de Marine Lepen. Ce glissement a commencé avec la loi autorisant en 1959 le financement par l’État des écoles privées. Ensuite  Sarkozy  adopta la thèse selon laquelle les racines de l’Europe sont chrétiennes. Il affirma la supériorité de la religion chrétienne sur la morale laïque. La laïcité est alors devenue  un marqueur culturel de l’identité française. L’État pouvait imposer des limitations à la liberté de conscience au nom de l’identité française. Ici Dieu est utilisé à des fins politiques.

La laïcité séparatiste est un héritage d’Aristide Briand et de Buisson. Ils voulaient réussir la séparation de l’Église et de l’État sans que cette séparation soit inacceptable pour les catholiques. Ils opérèrent la séparation de l’Église et de l’État dans le cadre de la liberté de conscience, en incluant le libre accès aux cultes.
Aujourd’hui les défenseurs de cette laïcité séparatiste de 1905  sont la Libre pensée et la Ligue de l’enseignement. Ils s’opposent naturellement autant à l’autorité religieuse qu’aux positions d’Onfray, partisan de l’État athée. Logiquement ils sont contre le voile et contre son interdiction. Ils sont  favorables à l’enseignement laïque du fait religieux tout en affirmant le rejet de toute affirmation militante de croyance ou de non-croyance.  Dieu n’existe pas. C’est l’individu qui est déterminant.

La laïcité ouverte a été prônée par Ricoeur et André Philipp qui s’opposèrent aux gallicans qui souhaitaient instaurer le monopole d’État sur l’enseignement.
 -La Fédération protestante de France affirme son attachement à une laïcité ouverte entachée d’aucun sectarisme clérical ou anticlérical. Il s’agit d’une laïcité qui offrirait à chacun les conditions d’un choix  individuel. La laïcité ouverte s’élève au-dessus des particularismes tout en les respectant. Les protestants déplorent que les associations cultuelles ne doivent avoir pour objet que ce qui relève du culte, à l’exclusion même des activités de bienfaisance des paroisses.
-En 1945 l’Épiscopat était de fait favorable à ce que l’État exerce  la souveraineté en son domaine temporel, et accepte que chaque citoyen puisse pratiquer librement sa religion. L’Église rejette la « laïcité d’État » porteur selon elle, d’une conception matérialiste  et athée imposée aux fonctionnaires et finalement à la Nation. En fait les évêques considèrent qu’une loi votée à la majorité  ne contient pas obligatoirement le respect de la loi naturelle qui doit s’imposer à tous les hommes ! L’Église catholique « se donne le droit d’édicter des règles morales supérieures aux décisions de la société politique et juridique, concernant hommes et femmes quelque soient leurs croyances ». [1] Ce sera la même position prise contre le mariage pour tous.  Cet attachement du catholicisme à cette doctrine stoïcienne et non biblique est étrange.

La laïcité concordataire est celle qui est pratiquée en Alsace Moselle. Elle maintient le Concordat de 1802 et permet donc que l’État ait la charge des salaires des prêtres et des pasteurs, que l’enseignement religieux soit obligatoire dans les établissements scolaires. Des dérogations à la laïcité sont également pratiquées en certains pays d’outre-mer. C’est le prix payé aux passés historiques et culturels. L’État cautionne et soutient les religions sans  en privilégier aucune. On est revenu ici au règne de l’empereur Constantin qui convoqua le premier Concile et à Napoléon. La justification est seulement politique.

Conclusion : Ces différentes formes de la laïcité sont une déclinaison des différentes conceptions de la liberté. La liberté de conscience individuelle, la liberté de croire ou de ne pas croire et de pouvoir le dire est  héritée  de l’évangile. Cette liberté se heurte autant à la religion qu’à une dérive de la religion de la laïcité.

H.L.  26/05/15

 



[1] J. Baubérot, « Les 7 laïcités françaies » 2015 , p. 96