Introduction

Dans quel type de chrétien vous situez vous ? Parmi les militants engagés ? Les distanciés ? Les « alternatifs » branchés new-âge ? Les « séculiers » indifférents ou anti ? Votre réponse répond à la question : « quel est l’avenir prévisible du christianisme? ». Une enquête menée en Suisse par une équipe de sociologues[1] dont les résultats sont publiés dans « Religion et spiritualité de l’égo »  permet de se faire une idée de l’évolution possible du christianisme en Europe.

Les plus de 60 ans ont vécu sous une pression religieuse sociale qui a déterminé leur mode d’adhésion à leur Église.

La pratique religieuse des anciens, des plus de 60 ans, était dans la norme : Baptêmes, confirmations, enterrements, participation à la vie de l’Église  étaient nécessaires à la vie sociale. La fréquentation de la messe ou du culte allait de soi. Les enfants avaient l’obligation naturelle de suivre un enseignement religieux. Le pli était pris. L’adhésion à l’Église allait de soi. Cette socialisation religieuse était encore une évidence dans les années 50. Les parents intervenaient souvent dans le choix du conjoint. Le prêtre et le pasteur étaient des ressources d’orientation pour les problèmes personnels. Les fiancés ne vivaient pas ensemble avant le mariage.

Les moins de 60 ans ont aujourd’hui une pratique religieuse individuelle

À partir des années 1960, on bascule dans une autre société. Les gens sont beaucoup moins socialisés religieusement. Participer à la vie de son église est une option individuelle, un choix personnel aussi bien pour les parents que pour les enfants. Le choix du baptême est laissé aux enfants quand ils seront adultes disent les parents. On consultera plus facilement un thérapeute qu’un prêtre ou un pasteur pour les problèmes personnels.
Sur le plan théologique, quantité de convictions sont remises en question. La toute-puissance de Dieu, la notion du sacrifice du Christ payé à Dieu pour payer le prix du péché, la réalité des miracles, etc. ne sont plus aussi facilement acceptées. La dérive séculière est en marche.
En 1960, grâce à la pilule contraceptive, une révolution sexuelle s’installe ; on se libère peu à peu des normes religieuses. Les jeunes gens vivent en couple avant de se marier.  À partir des années 70, les rôles de genre, d’homme et de femme ne sont plus aussi clairement assignés. Hommes et femmes jouissent de plus en plus des mêmes droits.

 

Les différents types de population

L’ enquête portant sur environ 2600 personnes a été faite sur les mêmes personnes à 10 ans de distance, de 1989, à 1999 , puis 2009 pour savoir comment avaient évolué leurs pratiques et croyances religieuses. Cette enquête faite en Suisse a permis de repérer quatre grandes familles classées en différents types : type établi, type distancié, type séculier, type spiritualiste (ou alternatifs). On peut penser que les résultats seraient à peu près les mêmes en France.

En 1, le type des « établis », qui font partie de l’institution. Il comprend les membres actifs, affiliés aux Églises catholiques ou protestantes. Ce sont les convaincus.  Ils concernent 17,5 % de l’échantillon de l’enquête. Ils croient en un Dieu unique, personnel. Dieu et Jésus Christ comptent beaucoup pour donner un sens à leur vie. Ils prient,  72 % vont aux cultes ou à la messe au moins une fois par mois.
Il faut mentionner un sous-groupe de plus en plus important, les évangéliques qui font partie de cet échantillon. Ces derniers sont très critiques envers les attitudes séculières et athées.

En 2,  les croyants sur le papier, baptisés, classés dans le groupe des « distanciés » :  57,4 %de l’échantillon. Ils n’ont pas rayé la religion de leur vie. Ils ont simplement pris leurs distances. Ils ne croient pas à rien. Ils pensent et agissent en laïcs, selon des conceptions religieuses et spirituelles. Ils réfléchissent au sens de leur vie, mais sans entrer dans le détail des dogmes et des croyances. Ils peuvent aller à l’Église à l’occasion de fêtes, assister de temps à autre à un service religieux. Ils pensent qu’existe un pouvoir supérieur que l’on peut nommer Dieu. Ils participent financièrement de moins en moins à la vie de leur église. Ils sont sensibles à la chaleur humaine du pasteur ou du prêtre et s’il sont froids, distants, hommes de l’institution, ils coupent tous liens avec l’Église.

En 3, « les séculiers » (11,7 %).C’est le groupe qui présente le moins de convictions religieuses. Seuls 2 % d’entre eux croient que Dieu s’occupe des personnes ; ils refusent non seulement les croyances chrétiennes, mais aussi les croyances alternatives, spiritualistes.
Deux sous groupes se distinguent : les « indifférents » et les adversaires de la religion.
-Les indifférents
ne croient pas en Dieu, en la vie après la mort. Ils croient en l’humain, en ses capacités, en la nature. Ils n’ont aucune pratique religieuse. Quand ils visitent une église, c’est pour eux une visite de musée.
-« Les adversaires de la religion ». Antireligieux, pour eux il est important de refuser explicitement la religion qui, est à leur avis « une histoire de bonne femme ». Ils s’opposent à l’Église et aux religions, avec parfois un zèle antireligieux presque missionnaire.

En 4, les « spiritualistes » ou les
 alternatifs : (13,4 % de l’échantillon). Ils ont des croyances et des pratiques plus ou moins ésotériques. Ils parlent plus de spiritualité que de religion. Ils s’intéressent par exemple à la loi du Karma, aux énergies cosmiques, aux pouvoirs des maîtres secrets, aux forces bienfaisantes des pierres, des plantes, aux techniques de divination, de guérison spirituelle, aux techniques de respiration, au yoga, au taïchi, à la méditation, etc. Leur spiritualité est très diversifiée. Leurs influences sont orientales, jungiennes, écologiques, hindoues, chrétiennes. Pour eux, les sphères du divin et du monde forment une unité. Ces personnes sont centrées sur leur propre développement personnel.

Parmi les spiritualistes se trouvent les « ésotériques » dont la caractéristique est de pousser à fond l’expérience de la transcendance qui, pour eux, se trouve partout. Ils vivent dans un monde dans lequel il y a des messages spéciaux, des visions, des secrets.

Les raisons de cette évolution

Les auteurs de l’enquête tablent sur la concurrence entre églises, puis entre églises et société séculière. Il semble toutefois qu’ils y aient d’autres causes à cette évolution comme la sécularisation héritée des Lumières, les progrès de la science qui ont incité à croire plus à l’effet d’un paratonnerre qu’aux prières et aux processions pour éviter les effets néfastes des orages entrent en jeux, la révolution industrielle et les effets du néolibéralisme favorisant l’individualisme, en bref les effets de la postmodernité. La pression sociale de la religion a presque totalement disparu en occident. La transmission ne s’effectue plus aussi facilement vu les offres ludiques  à la jeunesse hors églises (sports, musique, ciné, etc.).  Pratiquer sa religion est devenue une option individuelle, un choix personnel.

-Il est vraisemblable que le groupe des distanciés va s’étoffer d’année en année.
-On peut penser que les évangéliques vont encore se développer, compte tenu du désarroi collectif des personnes perturbées inconsciemment par le changement actuel de la civilisation, par les effets de l’ultra-modernité.
-Les « établis », les convaincus actifs vont être de plus en plus certains de leurs raisons de croire et d’agir. Ils vont sans doute approfondir individuellement leur spiritualité et leur réflexion théologique. Ils seront peut être capables de réinsérer des « distanciés ».
-On peut constater une individualisation des convictions. Chacun se forge sa croyance. -L’Église catholique s’adapte à cette demande et démultiplie les offres, que ce soit de pèlerinages, de retraites, de voyages spirituels.
-Il n’y a plus l’adhésion communautaire à la même foi d’autrefois.
-On peut penser que les fidèles à leur foi et à leur église vont cheminer à l’image des chrétiens de l’église primitive, réunis en assemblées de maisons ou en petites communautés animées par des prédicateurs laïcs, des pasteurs et des prêtres exerçant leur ministère à mi-temps, vu l’impossibilité pour les institutions actuelles de se maintenir encore longtemps financièrement sur leurs bases actuelles, si ce n’est dans les grandes agglomérations. C’est une première raison d’espérer dans un renouveau positif.
 -Il est évident que les prêtres et les pasteurs qui fonctionneraient encore  en s’identifiant aux prêtres et pasteurs d’autrefois, croyant peut-être que le salut est dans la sauvegarde de l’institution et non dans la communion de l’assemblée, sont décalés, inadaptés, artisans de la décrépitude.

Le cercle evangile et liberte en Isere

 



[1] Sous la conduite de J. Stolz, « Religion et spiritualité à l’ère de l’ego ». Labor et Fides. 2015. Nous n’avons pas exposé les thèses de l’ouvrage, mais simplement pris les conclusions. Leur hypothèse pour expliquer les causes de cette évolution est la concurrence et non la sécularisation.