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ous vivons actuellement une transition fulgurante nous dit Giorgini[1]. L’actuelle crise économique, financière, sociale, environnementale est due à la transition imposée  par une nouvelle révolution technoscientifique. Grâce en particulier à l’électronique, l’homme coopère avec les machines d’une façon différente de celle du passé qui était linéaire, mécanique, du haut vers le bas, centralisée avec un seul point de décision.  Cette pensée mécaniste était efficace au temps de l’ère industrielle. Nous sommes passés aujourd’hui au mode coopératif, maillé. Chaque élément, chaque individu sont à la fois client et serveur, client et acteur. Avec la révolution technoscientifique et l’usage d’internet, l’information est répartie en réseaux de façon beaucoup plus efficace et économique que par le passé.


Bla-bla-car a plus de 20 000 adhérents. Exemple de son fonctionnement : J’ai besoin d’aller de Grenoble à Paris ? Je vais sur un site et formule ma demande. Un voisin qui possède une voiture et va lui-même à Paris, lit mon message. On se met d’accord sur l’heure, le lieu de rendez-vous, et le prix convenu.
Uber pop met les taxis en péril. Le client trouve via le site, la voiture disponible près de chez lui. Ils se donnent rendez vous à une adresse indiquée.  L’organisation des taxis repose sur un monopole centralisé. Cette organisation est vouée à la mort. Comme le fut le minitel face à Internet.

Wikipédia mis à la disposition de tous, vit et s’enrichit  grâce à l’apport de tous, à la fois client et acteurs. Les partis politiques cherchent un second souffle. Ils sont dépassés par une démocratie participative qui plutôt que de faire confiance à la démocratie par délégation, préfère utiliser les réseaux sociaux. C’est ainsi qu’une femme peu connue a finalement été élue maire de Barcelone.

Des réseaux solidaires commencent à émerger. Giorgini explique comment  « un besoin se fait jour- par exemple aller chercher les médicaments d’une personne âgée isolée- une mission est lancée sur un réseau communautaire. Elle peut être prise par n’importe quel membre du réseau qui passe à la fois devant la pharmacie et le domicile concerné. L’ordonnance ayant été envoyée au préalable par Internet, à la pharmacie qui s’est engagée à préparer la commande dans la demi-heure. ..La personne ayant pris la mission, s’arrête peu de temps devant la pharmacie et dépose les médicaments chez la personne concernée ».

Ce changement de paradigme, cette refonte du mode de fonctionnement conviennent parfaitement au protestantisme vu sa conception du sacerdoce universel.  La paroisse centralisée, dépendant d’un pasteur devenu au mieux ou au pire, « chef charismatique » dictant aux uns et aux autres sa conduite, ses convictions, voire ses croyances, ou sa façon de lire la Bible n’a pas cours. Le ministère appartient à la communauté dans son ensemble, ce qu'indique bien la doctrine du sacerdoce universel. Nous sommes tous des laïcs, y compris les pasteurs. Le sacerdoce universel, signifie que chacun est son propre prêtre; chacun est prêtre pour lui même, parce qu'il a accès directement à Dieu et au Christ, et n'a pas besoin d'intermédiaire. Chacun peut présider la cène, et baptiser, annoncer la Parole, être prophète[2].

 

Ce renversement de paradigme est une occasion à saisir pour l’avenir. Une seule crainte, l’attachement viscéral des traditionalistes attachés aux principes de fonctionnement archaïques ou au goût du pouvoir des « fonctionnaires institutionnels de Dieu ».
Mais bientôt viendra le temps où le prédicateur imitera Michel Serres qui fait son cours en tenant compte du fait que ses étudiants ont pris soin d’étudier à l’avance sur internet le sujet du cours prévu. Il répond à leurs questions, utilise leur apport personnel pour enrichir son exposé. La prédication deviendra alors un échange construit par tous, chacun devenant acteur et non pas seulement bénéficiaire passif. 


H.L.

 

 



[1] Pierre Giorgini, « La transition fulgurante », ed. Bayard. 2015

[2] Une fois les Ninivites convertis, Jonas peut rentrer chez lui. Ils n’ont plus besoin de prophète, ce qui le désole.