Devant un lever de soleil à l'horizon, devant la beauté du spectacle du monde qui se réveille, on se demande: « mais qui a fait tout ça? Comment est-ce possible? Et moi qui contemple le spectacle, qui m'a permis d'être là »? L'on se pose alors la question: l’univers existe-t-il depuis toujours? Est-il habité par un esprit? Par une puissante énergie toujours à l'œuvre?
C'est ce que pensait Zénon le fondateur de l'ancien stoïcisme fondé vers 315 avant Jésus. Christ. Zénon pensait que seule existait la matière capable d'agir. Il pensait que cette matière est animée par un principe corporel, qu'il appelait l'âme, et que cette âme pénètre subtilement les éléments qui composent l'univers et en assure la cohérence et la cohésion. Spinoza, un philosophe du dix-septième siècle, pensait un peu la même chose. Il disait « de Dieu, c'est à dire la nature, découle par la seule nécessité naturelle tout ce qui existe ».


Les juifs et les chrétiens ne croient pas du tout cela. Pour eux, qui s'en tiennent à ce que dit la Bible, c'est Dieu le créateur de l'univers entier.

L'ennui c'est que dès le premier verset du livre de la Genèse, à la première page de la Bible, nous trouvons deux affirmations contradictoires. Nous avons tout d'abord : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ». C'est effectivement l'affirmation que Dieu a créé l'univers à partir de rien. Mais immédiatement après nous avons cette affirmation opposée « La terre était informe et vide. L'esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». Cela correspond à l'idée que l'univers existait déjà et que Dieu y est intervenu pour mettre de l'ordre dans le chaos primordial qui préexistait. En effet la suite du premier chapitre du livre de la genèse explique comment Dieu met de l'ordre dans « le tohu-bohu » qu'était alors l'univers. Il sépare par exemple le jour d'avec la nuit, la mer de la terre, il crée entre autres les étoles et le soleil, et finalement l'homme.

 

Le christianisme, je devais plutôt dire l’Église, a eu intérêt à garder l'image d'un Dieu tout puissant puisque c'est de son autorité qu'elle a tiré son pouvoir sur les fidèles. Luther et Calvin, tout comme leurs prédécesseurs Augustin et Thomas d'Aquin, ont affirmé avec force l'hyper transcendance de Dieu. La réforme a fait reposer sa révolution contre l'Église catholique sur la notion fondamentale du salut par la foi. C'est Dieu qui dans sa bonté accorde le salut. Ce n’est pas l'homme qui peut l'obtenir par ses œuvres.

 

Darwin avait provoqué le plus grand trouble quand il avait démontré que tout dans la nature est le résultat d'un hasard initial présidant aux lois de l'évolution. Monod avait provoqué à son tour un séisme en publiant son livre « Le hasard et la nécessité ». On pouvait déduire de cet ouvrage que le monde est livré à l'absurde puisqu'il n'y a pas de but à la création, car seul le hasard est la cause de ce qui survient. Le chrétien se trouve dès lors confronté à une obligation: trouver la source d'un salut, d'un sens à l'existence si Dieu n'y est pour rien. Il semble que c'est seulement dans l'évangile, dans certains propos de Jésus que se trouve peut-être la réponse. Michel Théron[1] cite à ce propos le verset de l'évangile de Luc « le royaume de Dieu est au dedans de vous ». Serait-ce finalement dans l'homme que se trouverait la réponse et non par un don venant de l’extérieur? La réflexion de Gilles Bourquin analysant la réflexion de Georges Simmel est une piste à suivre.

 

Luther affirma que les œuvres de l'homme ne peuvent lui apporter le salut qui est action exclusive de Dieu. Il est difficile à l'être humain de croire à son salut puisque Dieu seul en est la cause et que l’homme n’a pas directement conscience d’être impliqué. Il lui est de ce fait, difficile de vivre en participant à l'actualisation dans la vie terrestre du salut octroyé par Dieu. Calvin compléta Luther en insistant sur la nécessaire obéissance à Dieu, obéissance attestée par une bénédiction concrète. La réflexion de G. Bourquin[2] appuyée sur la théologie de Simmel, donne prise à une participation du sujet au salut dont il bénéficie, sans pour autant céder à l'idée selon laquelle le sujet contribue à son salut par les œuvres. L'idée est la suivante: Dieu accorde par sa grâce qu'une force agissante, disons l'Esprit, pénètre l'individu pour qu'il puisse, s'il le souhaite, trouver en lui les ressources suffisantes pour répondre positivement au don fait par Dieu. Assurée alors de bénéficier de l'aide divine en lui, une énergie immanente, intrinsèque, permet de répondre à l'invitation divine.

Quand on sait l’importance accordée aujourd’hui au projet de l’individu de se réaliser, de devenir « soi-même », d’actualiser ses potentialités, de « réussir sa vie », l’intérêt de cette hypothèse est évident. Au lieu de céder au culte de la performance, c’est un crédit pour l’approfondissement de la spiritualité.

La théologie du process développe une théologie panenthéiste. Dieu est présent en toutes choses et en toute personne. Comme la plante est dans la terre qui la nourrit sans s’identifier à elle. Il œuvre de façon continue. Le fidèle est appelé à coopérer à l'œuvre divine. Il serait à l'image d'un musicien qui joue sa partition dans l'orchestre dont Dieu est le chef. Dieu n'impose pas, mais il suggère, propose. Au fidèle en communion avec Dieu de répondre s'il le veut à l'invitation divine.

H.L.

 



[1] www.michel-theron.fr

[2] Gilles Bourquin, Théologie de la spiritualité, Ed. Labor et Fides 2011