« Car ce qui importe, ce n’est ni la circoncision, ni l’incirconcision, mais la nouvelle création ». Galates 6, 15)

L’apôtre Paul exprimait ainsi clairement ce qu’est  la découverte du véritable  et authentique moi. Les uns pensent que c’est l’appartenance à un clan, que ce soit celui des circoncis ou non, qui détermine leur identité. Le jeune délinquant dans sa cité a le sentiment d’exister par son appartenance au gang. Il n’existe plus par lui-même. La loi du clan est sa conscience. Sa circoncision. Qu’il quitte le gang par une trahison, une faiblesse, et il n’existe plus à ses propres yeux comme aux yeux des membres du clan. Il arrive que le politicien, le cadre bon chic bon genre, le cheminot, le policier ont conscience de leur moi grâce à leur livrée, leur costume. Ils sont d’une certaine façon, bien circoncis. Ils ont le sentiment d’exister, non par eux-mêmes, mais par leur appartenance à leur statut social, leur « circoncision ».

D’autres se déclarent libres de toutes appartenances, inféodés à rien, ni religion, ni parti, ni nation, contre toute autorité, à leur façon anarchistes. Ils sont incirconcis. C’est par opposition aux « circoncis » qu’ils pensent qu’existe leur moi.

Or la véritable identité naît avec la nouvelle création, une nouvelle rencontre. L’apôtre Paul a su qui il était en vérité à la suite de la rencontre qu’il avait faite avec la personne de Jésus ressuscité. Cette rencontre il ne l’avait pas faite physiquement avec Jésus sur les chemins de Galilée. Et pourtant il a vécu une expérience subjective déterminante alors qu’il était en route sur le chemin de Damas. Son objectif était alors  de dénoncer les chrétiens pour les faire arrêter, et sans doute exécuter. Il entend une voix lui demander « Saul, Saul, pourquoi me persécutes tu » ? Il se pose la question : quel est le sens de ce à quoi je consacre mon existence ? Et il s’est arrêté tout net. Lui qui croyait voir clair, certain de sa vérité, il est aveuglé et est dans le noir absolu. Arrêté en plein milieu du chemin. Lui qui  était bien circoncis, adhérant au judaïsme le plus strict, découvre brutalement qu’il s’était fourvoyé dans une conviction stupide. Lui qui croyait voir, il devient aveugle, puis peu à peu, revient à la vraie vie. Il est l’objet d’une création nouvelle. Sa relation à l’autre est toute différente. Dès lors, il va apprendre qui il est en vérité. Hébergé par ses anciennes victimes, il va rester silencieux un bon moment avant de partir à l’action. Et quelle action !
 
Bien des frères parfaitement circoncis, sont convaincus d’être dans le bon chemin en vouant aux gémonies les tenants du mariage pour tous, ou les homosexuels qui demandent à recevoir la bénédiction de Dieu sur leur amour. Circoncis, car membres d’un clan, ils sont parfaitement sincères, mais emmurés dans des certitudes ancrées dans le passé.
Certains d’entre eux, sur leur chemin de Damas, entendent les paroles bienveillantes du Christ et leurs yeux s’ouvrent, les fait basculer. Désormais ils découvrent l’actualité des Évangiles. Ce qui leur apparaissait paroles divines ne sont plus que la formulation de ceux qui ne font que transmettre ce qu’ils ont compris enrobé dans les normes culturelles d’une époque donnée. Mais qui prend encore pour parole d’évangile l’interdiction de la pilule par le pape Benoit XVI ? Enfin lucides, ils ne  tiennent plus les expressions culturelles de l’époque primitive pour vérité absolue. Ils s’attachent au sens profond contenu dans les propos rapportés par les témoins. Leur moi se libère et s’ouvre au souffle de l’’Esprit. Ils vivent la création nouvelle de leur authentique moi. Être un sujet, c’est se construire par rapport à soi-même. Rencontrer la personne du Christ tel qu’il est annoncé dans les évangiles, c’est aller, libéré, au devant de soi-même tel qu’on est en vérité.

 

H.L.