La raison invoquée par quelques pasteurs de refuser de donner une bénédiction à un couple homosexuel est infondée. Ils considèrent que l’homosexualité est un péché comme le dirait la bible. 

Je n’en suis pas aussi sur.
Ce refus correspond inconsciemment à un alignement sur la position prise par l’Église catholique et par les évangéliques. C’est normal puisque ces deux groupes pèsent  sociologiquement plus lourd que notre Église qui a bien du mal à prendre la mesure des bouleversements de notre société, de ses changements de paradigmes. Écouter les questions posées dans ce nouveau contexte social,  tenter d’y répondre en tenant compte de la réalité actuellement vécue est possible en se référant à l’Écriture sans être prisonnier des interprétations données par le passé en réponse à des questions posées dans un tout autre contexte social et culturel.

Il y a deux causes au fait que le mariage entre homosexuels soit une question qui se pose aujourd’hui : l’évolution du fondement de la famille et le passage d’une société holiste[1] à une société basée sur l’individu.

L’Église catholique développe une argumentation universaliste et non plus seulement religieuse. Elle revendique   une anthropologie de la famille qui procède de l’ordre de la nature. C’est elle qui a produit ce modèle de la famille. Dans ce modèle chrétien du mariage qui date du XIIe , le vouloir divin est supposé parler  dans l’ordre de la nature. L’union a pour finalité la  procréation  et la soumission de la femme à l’homme. L’Église catholique a réussi à établir un lien entre l’ordre de la nature et l’ordre biologique. Or, dit clairement Françoise Héritier : « les catégories de genre, les représentations de la personne sexuée, la répartition des tâches telles que nous les connaissons dans les sociétés occidentales ne sont pas des phénomènes universels générés par  une nature biologique commune, mais bien des constructions culturelles ».

Napoléon a éliminé la référence à Dieu et a substitué à l’ordre fondé en Dieu,  l’ordre « sacré » de la nature. Le droit s’est fait le garant de cet ordre immuable assignant aux hommes et aux femmes des rôles différents et inégaux « par nature ». En leur temps, l’Église s’opposa au mariage civil,  critiqua l’engagement professionnel des femmes, combattit l’instauration du divorce par consentement mutuel, l’I.V.G., la pilule et le reste. En effet la famille reste encore aujourd’hui le terrain sur lequel l’Église peut « combattre l’autonomie du sujet, de la personne  soumise à son autorité.  ( Si en effet la femme devient réellement l’égale de l’homme, c’en est fini de la supériorité du prêtre sur son peuple pour lui dire quoi croire et penser).

Les évangéliques ont une conception similaire qui se fonde sur d’autres arguments. Ils ont une lecture fondamentaliste des Écritures. Pour eux, si c’est la Bible qui le dit, c’est vrai. Si le monde a été créé en 6 jours, cela vaut vérité scientifique.

La conception de la famille n’a plus rien à voir avec la conception des auteurs bibliques. Leur anthropologie n’est pas la nôtre.  L’expression biblique employée pour préciser la relation que la première femme entretiendra avec le premier homme traduite souvent par « vis-à-vis » ou « semblable à lui » évoque plutôt en hébreu le lien de loyauté qui unit un seigneur à son vassal, ou à son serviteur.  Ce n’est pas par hasard qu’Ève sort d’Adam et non l’inverse ( ce qui serait pourtant conforme à la nature), elle est de second ordre et dépend de son homme. Ses enfants seront ceux de son mari et non d’elle. Leurs relations étaient hiérarchisées. Dans ces sociétés la femme avait valeur d’échange et était signe d’alliance entre les hommes. La loi donnée à Moïse s’adresse aux hommes. Pas aux femmes qui n’ont qu’à suivre (cf. J. Alexandre, traducteur de la TOB). Nous ne vivons plus à la mode antique.

Nous ne vivons plus dans une société holiste, une société qui dépend d’un dieu supervisant et organisant le fonctionnement de la société. L’individu est devenu un sujet responsable d’une démocratie. La famille n’est plus le fondement de la société. Ce n’est plus elle qui éduque l’enfant, mais l’école, et cela dès la maternelle.
Et nous arrivons au mariage entre homosexuels. Le mariage est devenu un choix par amour entre deux personnes et non plus objet d’un contrat pour assurer la pérennité du patrimoine grâce à la descendance. La famille est devenue  relationnelle. Le choix du conjoint repose sur la volonté des personnes. Maintenant c’est sur  l’enfant qui repose la famille. La filiation biologique est remplacée par la filiation par choix grâce à la possible régulation des naissances

Il y a dans la société 6,5 % de personnes biologiquement homosexuelles. Certains découvrent leur homosexualité  seulement à quarante ans. La pression sociale fait que nombre d’entre ceux qui sont biologiquement  homosexuels,  adoptent le genre auquel ils doivent se soumettre par l’éducation et le respect de la norme sociale.
Il faut noter que la violence anti homo que manifestent certains, ne fait que trahir leur refoulement homosexuel  par peur de laisser paraître la  part de féminité naturelle qui existe en chaque individu masculin ou la part de masculinité qui est en chaque femme.

Venons-en à la bénédiction. Il y a deux conceptions de la bénédiction. Pour les uns elle marquerait l’approbation de Dieu sur notre façon  d’être.  C’est la conception des chrétiens qui s’opposent à la bénédiction des mariages des homosexuels. S’appuyant sur la compréhension de quelques passages bibliques, ils pensent savoir ce que pense Dieu.
Pour d’autres la bénédiction marque le oui fondamental de Dieu sur nos vies, sur ce que nous sommes, indépendamment de nos actes. Ici l’église ne se met pas à la place de Dieu.

Que dit souvent le N. T. ? La mission du chrétien semble clairement de bénir : « Bénissez ceux qui vous maudissent » (Lc 6,28).  « Bénissez et ne maudissez point » (Rm. 12,14 ).  « Bénissez , car c’est à cela que vous avez été appelés » ( 1 P. 3,9 ).
On pourrait ajouter que Jésus a reçu la femme adultère, dîné avec une prostituée, guéri le serviteur du centenier qui était sans doute un  homosexuel amoureux fou de son esclave.
 
D’après Témoignage chrétien, Monseigneur Jacques Gaillot  a dit au pape François : « en m’excluant, l’Église m’a donné un passeport vers les exclus ». Le pape François lui a répondu : « Le Christ frappe à la porte de l’Église, mais il frappe de l’intérieur ! Il veut qu’on ouvre les portes en grand ! Pour le laisser sortir ! Pour aller rencontrer le monde et l’humanité ».Monseigneur Gaillot donne corps à cet appel. Il a raconté au cours de son entretien avec François comment il avait béni un couple de divorcés remariés, et également béni un couple d’homosexuels. Le pape a acquiescé et ajouté « La bénédiction, c'est dire la bonté de Dieu à tout le monde ! »

Il est étonnant que des protestants si souvent en pointe dans le souci de donner des réponses aux questions posées par leurs contemporains et non de reprendre les réponses adaptées à un autre temps, soient tellement décalés par certains témoins de l’Église catholique.

H.L.



[1] Une société est holiste si elle part de la société globale et non de l’individu, par opposition à une sociologie qui considère que l’individu préexiste à la société. Le moyen âge avait une conception holiste de la société. Chaque individu avait une place et un rôle dans la société qui était déterminés par un ordre divin.