L’identification est l’opération par laquelle le sujet se constitue (Freud). C’est un processus continuel, mouvant, ouvert sur l’environnement social. La question de l’identité se pose quand le sujet qui était intégré dans un ensemble social se trouve livré à lui-même pour définir le sens de sa propre vie ( Erikson ). C’est ce que nous vivons aujourd’hui par les effets de la post modernité.

C’est dans la deuxième moitié du XXe siècle qu’une étonnante révolution s’est produite,  celle de la découverte du soi. Avant les années cinquante, l’inconscient collectif de la société occidentale était encore sous la tutelle de l’État qui avait pris le relais de la tutelle exercée autrefois par l’Église. L’école inventée par l’Église catholique pour conduire les âmes sur un bon chemin a été relayée par l’État pour former le citoyen républicain. C’est l’État qui définit l’identification de chacun par l’instauration de la carte dite d’identité.

C’est maintenant l’individu qui cherche un accomplissement personnel. Le sens de l’existence n’est plus exercé « d’en haut », mais « d’en bas ».
C’est l’individu qui définit son rôle, s’efforce de coller à l’image qu’il veut donner de soi. L’homme de masse devient son propre souverain et, ajoute Kaufmann, même les pauvres peuvent accéder à leur propre épanouissement vu leur accès à une certaine richesse économique. Grâce aux  trente glorieuses ? Le sujet est propulsé à l’avant-scène de sa vie ( Ehrenberg).

L’individu s’efforce d’être un sujet maître de son existence.  Mais la fatigue d’être soi gâche la fête. L’émergence du sujet tourne autour de la fabrication de sens. Dans une période instable comme l’est la nôtre, l’individu vit dans une certaine angoisse du lendemain. Célébrer le culte de la performance auquel chacun est convié pour remplir son contrat ( vis-à-vis de son employeur, de sa famille, de ses copains ) est épuisant. Le doute s’installe.

Revenir en arrière pour retrouver un sens de la vie, comme si l’identité était à retrouver et non à construire, semble une solution pour les plus fragiles. La religion était  l’armature du social dans une société dont le langage collectif dictant l’ordre du monde venait « d’en haut ». Aujourd’hui c’est du sujet lui- même que naît le ressort de la croyance.  Nous assistons à une redéfinition de la religion autrefois tournée vers l’au-delà, aujourd’hui tournée vers l’identification de soi ici-bas.  Mais voici que répondre aux affres de la quête identitaire est fatigant. La solution est de retourner aux données du passé qui offrent un prêt-à-porter connu, bien qu’il soit en ruines.

Les uns optent pour l’intégrisme, même s’ils n’ont jamais ouvert une Bible. Les autres, s’ils sont de culture musulmane,  optent pour le jihadisme fondamentaliste ( sans être terroriste) même s’ils n’ont jamais lu le Coran. Et le juif orthodoxe retourne au dieu nationaliste du roi David en oubliant le Dieu universaliste issu de la réforme de Josias ( VIe siècle av. J.-C. , cf. Römer). « Plus le sujet s’impose au centre de sa propre existence, plus les communautés se désarticulent dans les faits, et plus elles rêvent avec nostalgie aux enveloppements sociaux et aux systèmes de valeurs perdues »
 ( J-Cl. Kaufmann). Tels sont les effets de la post modernité.

Il semble que seul le chemin du libéralisme théologique offre une voie   pour une véritable autonomie identitaire qui permette d’assurer un « vivre ensemble » fondé sur la responsabilité authentique de sujets adultes. C’est devant nous, mais pas pour tout de suite !

H.L.