Les premiers chrétiens avaient une foi qui ne les portait pas à s’investir dans le monde. La doctrine luthérienne du salut par la foi n’a guère plus de sens aujourd’hui. La foi du chrétien du XXIe siècle l’incite au contraire  à s’investir dans le monde comme témoin plutôt que de miser sur l’au-delà.

Le renoncement au monde des premiers chrétiens

La différence entre  la façon dont un chrétien du premier siècle idéalisait son avenir n’a plus rien à voir avec  notre vision des choses aujourd’hui. L’apôtre Paul exhortait les chrétiens de l’Église primitive à renoncer au monde pour se consacrer à Dieu seul. Cet idéal de renonçant n’est plus le nôtre.

Quelques citations de l’apôtre Paul le confirment : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé. Voici qu’une nouvelle réalité est là. » (1 Co. Chapitre 5, 17-20 ).

- Ou encore tiré des Galates 5, 15 : « car ce qui importe, ce n’est ni la circoncision (fidélité aux rites), ni l’incirconcision (l’incroyance) , ce qui compte c’est ce que Dieu nous crée à nouveau ».

- Romains XII, 1-2 : « Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Ce sera là votre culte spirituel. Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence pour discerner ce qu’est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.

- Éphésiens IV, 22-24 : « Il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui  se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité ».

- Galates II, 20 : «  Je vis, mais ce n’est plus moi. C’est le Christ qui vit en moi. »

Luther vivait lui aussi dans un autre monde

Luther au début du seizième siècle vivait également dans un monde différent du nôtre. C’est Dieu qui, du haut du ciel,  lui accordait le salut. Luther avait vécu dans la terreur de l‘enfer avant de découvrir le salut par la foi accordée par Dieu.
« Ce prétendu salut n’a plus grand-chose à nous dire. Il pose une question qui n’est plus la nôtre. Le fut-elle d’ailleurs pour l’homme des cavernes ? Il convient plutôt de considérer le salut comme une réalité présente et de ne pas l’enfermer dans une religion de l’Au-delà. »[1]

« De même qu’il faut entrer à l’intérieur de l’église pour avoir le vrai éblouissement du vitrail, de même il faut entrer ou plutôt rentrer en soi pour retrouver l’essentiel, la vraie lumière. La merveille est à l’intérieur  de moi, de nous, de vous. Le ciel est en nous et non pas au-delà de notre propre mort physique aux côtés du Christ ressuscité ».[2]

L’espérance du peuple de Dieu il y a deux mille ans,  était simplement d’accéder le jour venu au Royaume annoncé, une fois le Christ ressuscité de retour. Les yeux fixés au ciel, l’on marchait en étranger dans ce monde.

 Une espérance pour la post modernité

Dieu n’existe pas sans l’homme. Dieu est avec nous. Dieu est en marche, en   mouvement. Il est devant nous, à venir. L’homme créé à l’image de Dieu est également en devenir car il n’est qu’ébauché. Il n’est pas encore parvenu à la plénitude de son être. Il n’est pas encore accompli. Mais il y a du divin en lui pour peu qu’il laisse l’Esprit agir en lui. Jésus est venu nous dire combien Dieu espérait que nous nous mettions en marche pour advenir enfin à l’être que nous sommes destinés à être. Chaque fois que Jésus rencontre une personne qui doute d’elle-même, pour mille raisons, Jésus intervient et la remet débout. Il l’a fait naître de nouveau à elle-même.

Maître Éckart (1260-1328) avait dit «  Dieu est devenu homme pour que Dieu naisse en l’homme ». Créés à l’image de Dieu, nous sommes créateurs, appelés à nous associer à l’œuvre créatrice de Dieu et pour jouer notre petite partition dans son orchestre. Laurent Gagnebin rappelle ces mots de Berdiaeff : « selon les Pères grecs l’homme a été créé pour participer de tout son être - y compris le corps- à la vie divine, pour la communiquer à l’univers ». Oui !  «  Nous sommes les enfants de Dieu » (1 Jn 3,1). [3]

Jésus pour le XXIe siècle

Notre société a basculé à partir du dix-huitième siècle dans un univers où triomphent la raison et l’intérêt. Les rois régnant de droit divin ne sont plus. C’est à l’État que revient la responsabilité de la gouvernance accordée par le vote des citoyens et non plus par Dieu. Et maintenant « L’économie impose sa loi. Les hommes sont devenus ses sujets ». [4] L’idéal ? C’est celui de la marchandise ! Pouvoir consommer pour donner une bonne image de soi-même.

Jésus nous appelle à autre chose. A donner du sens. Non pas en simple adhérant d’une Église mais en témoin du Christ. Gagnebin conclut : « Je crois au Dieu de Jésus : un Dieu pour nous, un Dieu avec et en nous. Cela change tout. Jésus nous libère en nous ouvrant ainsi à une relation nouvelle avec Dieu et, par conséquent, avec les autres et nous-mêmes. C’est ce que j’entends dans l’affirmation « Dieu est amour » (1 Jn 4,8 et 16).

H.L.


[1] L. Gagnebin, www.protestantsdanslaville

[2] Mounier, cité par Dumont

[3] 1 Jean 3,1

[4] Jean-Claude Kaufmann, L’invention de soi.  P. 215 Éd. Pluriel 2015