Au moment où l’Église Protestante Unie s’apprête à rédiger une Déclaration de foi, une question se pose : que faire de la trinité ? Faut-il y croire pour être un bon chrétien ? Dans un article publié dans la revue Évangile et Liberté, le pasteur Louis Pernot donne une réponse. Ce pasteur sait bien le grec. Il est bon théologien. Bref ! Son avis compte. Il se fonde sur le prologue de l’évangile de Jean. Voici ce que j’en ai retenu[1]. ( mais mieux vaut aller lire l’article !)

 Le début de l’évangile de Jean commence par ces mots : « Au commencement était la Parole ». C’est l’affirmation selon laquelle Dieu est Parole. Parole et Lumière. Si Dieu est parole, cela change la vision que l’on pouvait avoir de Dieu. Habituellement l’idée commune de Dieu est celle d’un être tout-puissant, dominant le monde du haut du ciel. S’il est parole, c’est une vision toute autre de Dieu. Dieu n’est plus toute puissance ; Il est simplement force de persuasion. Une parole ne domine pas.  Elle vous mobilise, vous fait partager un point de vue et vous engage éventuellement dans une action. Une parole  vous laisse libre !

 Comment donc se fait-il que depuis 18 siècles on ne dit plus que Dieu est Père, Parole, c’est-à-dire parole créatrice, et Esprit. Pourtant même Thomas d’Aquin avait cette idée de la Trinité !  D’où vient l’erreur ? Et bien voici que dès ces premiers mots prononcés : « au commencement était la parole », une phrase mal traduite dit dans de nombreuses traductions que la Parole existait déjà. Dieu ne serait donc pas seul ? Hélas ! d’autres traductions disent en effet : « et la parole était avec Dieu ». Ce qui laisse malheureusement entendre que la parole est distincte de Dieu. Si l’on ajoute que cette parole, c’est Jésus, il n’y a plus de doute. Jésus existe en tant que Dieu à côté de Dieu. De là à dire que Jésus est Dieu, il n’y a qu’un tout petit pas.

 Si l’on considère que la parole dont on parle,  c’est Jésus, et si la phrase était correctement traduite, cela signifierait que le dogme classique de la trinité tient debout et que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Maintenant si l’on traduit correctement, tout change. Ce que l’on entend par Fils, n’est pas du tout Jésus historique, mais bien la Parole, le logos du début de l’évangile de Jean.

 Toute l’erreur vient de ce qu’un petit mot grec, le mot « pros », veut dire plusieurs choses. Soit pros veut dire «  à côté ». Et la trinité existe selon la doctrine devenue officielle qui affirme qu’il y a le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que tous trois sont « une seule essence et trois « hypostases » ou personnes de la trinité ».  Soit pros désigne l’appartenance. Ce qui se traduit par «  Au commencement était la parole et la parole était celle de Dieu et la parole était Dieu ».

 La question autour de laquelle on tourne depuis des siècles  est de dire si Jésus était Dieu ou simplement  un homme qui a eu soif, et  faim,  mais a été habité en totalité par la présence de Dieu, par une présence « christique ».

 
 Le début de cet évangile de Jean ajoute : « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière brille dans les ténèbres et les hommes ne l’ont pas comprise ». La lumière n’est pas toute puissante. Elle permet d’avancer, de voir clair et de prendre une décision pour dire la route que l’on choisit.

 Puissions-nous voir clair sans nous déchirer à cause d’une erreur de traduction.

H.L.

 


[1] Louis Pernot. Le prologue de Jean, Dossier de la revue Évangile et liberté » Février 2010 – N° 296.