Fondements du christianisme libéral.

Raphaël Picon avait donné une conférence au temple du Foyer de l’Âme à Paris en 2011 sur les fondements du libéralisme. L’intérêt n’était pas ici de décliner ce que les libéraux pensent sur le plan théologique, mais de réfléchir aux fondements du libéralisme. Il en déduisait que les critères auxquels obéit aujourd’hui le libéralisme ne sont plus ceux qui étaient à l’œuvre pour le libéralisme au 19e siècle. En fait je pense que rares sont ceux qui n’adhèrent sans le savoir aux fondements du libéralisme. Je vais m’efforcer, m’inspirant largement de la conférence de Raphaël Picon, de le démontrer. Raphaël  Picon commençait donc par énoncer les critères du libéralisme.

Les cinq critères de base du libéralisme :

1)  L’usage de la raison est le premier critère. Qui peut penser que croire consisterait essentiellement à renoncer à comprendre ce que l’on croit ? Le libéral ne peut se passer de la raison. Le prédicateur qui clamerait: « venez écouter une parole de vérité. Surtout, ne réfléchissez pas ! Certains propos que je vais tenir devant vous n’ont aucun sens logique, raisonnable. C’est malgré tout la vérité » n’aurait guère l’écoute de quelqu’un, qu’il soit libéral ou non.

2) Le refus de l’orthodoxie est le deuxième critère. Tout parti politique, comme  toute religion, a une doctrine, une orthodoxie qui s’impose comme fondement du parti ou de telle ou telle religion. Chaque religion a son orthodoxie qui reflète ce que l’on croit à un moment donné. L’orthodoxie de l’Église du quatrième siècle n’est pas celle que nous aurions adoptée au vingt et unième siècle. La foi chrétienne devrait donc pouvoir sortir du musée pour dire sa foi dans un langage contemporain.  

3) L’usage de la critique est un des fondamentaux du libéralisme. Les croyances ne sont pas absolues. Nul ne peut prétendre que ce qu’il dit de Dieu est Dieu lui-même. Absolutiser Dieu, une croyance, revient à transformer ce dont on parle en idole. Quiconque s’auto proclamerait prophète, et affirmerait dire la vérité absolue, ne prêterait-il à faire sourire ? Dogmes, prédications, interprétations sont relatifs. Peut-on aller jusqu’à souhaiter la mort de celui qui n’adopte pas le dogme auquel je crois ? Pensons à Galilée.

4) La pluralité et l’individualité : Dieu se donne à penser dans le multiple. Sa révélation est plurielle. Il ne se réduit pas à ce que nous en disons. L’individualité ? Chacun est valorisé dans sa singularité, dans son unicité. Ce que l’autre retire de sa relation avec Dieu n’est pas la même chose pour moi. Chacun orchestre, organise les influences qu’il subit, ce qui marque son identité. Chacun est un flux constant de transformations au gré de ses rencontres, de ses expériences ; chacun est une histoire, une aventure, une individualité.

5) Dieu et l’humain est un critère particulièrement important. Dieu est partenaire de l’humain. Il l’éveille, le relève, le transforme et le traverse par un souffle de vie. L’homme  est porté par le dynamisme créateur de Dieu. Celui qui se reconnaît dans le libéralisme pense ensemble Dieu et le monde. Il ne  choisit pas entre Dieu et le monde. Dieu n’est pas hors du monde. Le monde dans lequel nous sommes est travaillé par Dieu.

Conclusion :

Le lecteur qui se reconnaît dans ces critères fait partie, peut être sans le savoir, de la fratrie des libéraux en recherche et en réflexion continue.

 

N.B. Si vous souhaitez réagir, ou recevoir le texte complet de la conférence de Raphaël Picon, contactez Hugues Lehnebach