Une mort expiatoire ?

Nous avions cherché à savoir quelles avaient été les raisons de l’assassinat de Jésus. Était-ce, comme l’avait pensé Anselme, un évêque du 12e siècle, parce qu’il fallait que Jésus meure dans d’atroces souffrances pour laver le manque de respect, que dis-je, l’affront que nous avions fait à Dieu en lui désobéissant ? Jésus, le fils de Dieu, était donc mort pour payer le prix de notre péché ? Ce raisonnement qui correspondait bien à l’idéologie d’une société moyenâgeuse particulièrement soucieuse de respecter le code de l’honneur ne trouvait aucun écho dans notre culture.

Qu’en était-il dans les évangiles ?

 Quel ne fut notre étonnement de découvrir que chacun des quatre évangélistes avait donné sa réponse. Aucun des quatre n’avait la même. Donc eux aussi s’étaient interrogés pour répondre à la même question posée par leur communauté.
-Pour Luc, l’assassinat de Jésus résultait d’une erreur humaine, d’un mauvais calcul politique, d’une absence de compréhension du message de Jésus.
- Pour Matthieu Jésus avait simplement refusé de se dédire, de renier le message dont il avait été porteur pendant son ministère. Sa compréhension des Écritures avait révolté la lecture légaliste qu’en avaient les pharisiens et les sadducéens. C’est cette lecture qui leur donnait le pouvoir. Allaient –ils le perdre ?
- Marc avançait  une certitude : , si le Fils de Dieu reste sur la croix, c’est pour  attester que celui qui veut sauver son âme la perdra. Faire don de sa vie dans la confiance c’est au contraire, sauver son âme.
- Quant à Jean, il va dans une tout autre direction. La mort de Jésus ouvre la route de la liberté. Jésus par sa mort et sa résurrection est de retour vers son Père et nous montre le chemin pour vivre ici-bas une existence qui n’est pas déterminée par ce monde dans lequel nous vivons. La résurrection est davantage cause du salut que la croix.

Les quatre modèles appellent donc au changement, à la conversion, à reconnaître par la foi dans la confiance en Dieu, le changement opéré par la venue du Christ.

-Mais Paul ? Nous achoppions tout de même sur de nombreux passages des épîtres de l’apôtre Paul. En effet il mentionne souvent la formule selon laquelle Jésus est mort pour nos péchés. Si pour certains exégètes Paul a inspiré les Pères de l’Église, Anselme dont je parlais tout à l’heure, et même Luther et Calvin, d’autres ne les suivent pas. Pour ceux-ci  il ne s’agit pas d’un sacrifice, mais du libre don que Jésus a fait de sa vie pour nous libérer  de l’emprise exercée sur nous par la puissance du péché.
Enfin, tout récemment d’éminents spécialistes du Nouveau Testament ont fait remarquer que la piété juive dont Paul avait été imprégné  était très attachée à la notion du sacrifice à offrir à Dieu pour obtenir son pardon. C’est bien à la vue du sang d’une brebis répandu sur les linteaux de leur porte que l’ange de l’Éternel a épargné les enfants d’Israël. Le jour du grand pardon, Yom Kippour, est aujourd’hui encore une fête importante chez les juifs.  Il était tout à fait naturel que l’Église primitive assimile la brebis égorgée à Jésus.

 Pour conclure,

Dieu n’est pas du tout le responsable de la mort de Jésus. Il nous a semblé absurde de croire qu’un Dieu d’amour ait voulu sacrifier son propre fils pour venger son honneur bafoué. A chacun de donner sa réponse :
-Jésus est allé simplement au bout de sa mission. Son message était trop révolutionnaire pour laisser sereins ceux qui étaient visés
-Nombreux sont celles et ceux qui ont découvert qu’ils auraient pu être à l’image des  bourreaux du Christ, et se sentent pardonnés comme ses bourreaux l’ont été par Jésus en croix.
-Le dolorisme est ce qui a conduit certains à s’identifier à Jésus au point d’accepter volontairement la souffrance et les épreuves.
-C’est bien Jésus qui meurt et non pas Dieu. Mais Dieu est faible, sans pouvoir. Il accompagne Jésus comme il accompagne celles et ceux qui sont aujourd’hui même en souffrance. Cela inspire les théologiens de la révolution.
-Jésus a enseigné en allant jusqu’à la mort sur la croix, qu’au-delà de nous, une part de nous est éternelle et que nous ne devons pas craindre ceux qui tuent le corps, car ils ne peuvent tuer l’âme.
-Ses bourreaux croyaient que sa mort le réduirait définitivement au silence. Il n’en a rien été.