De l’hétéronomie…

Les représentations chrétiennes traditionnelles sont celles d’un monde totalement dépendant d’un autre monde, extérieur au nôtre, et dont les lois s’appliquent ici-bas. L’existence de cet autre monde n’est  pas démontrable, mais il est imprimé dans nos têtes. L’Ancien Testament comme le Nouveau, Jésus lui-même, tout l’héritage des Pères de l’Église, tous les conciles, fonctionnent, s’expriment dans cet univers mental prémoderne et hétéronome. Ce n’est que très tardivement que quelques théologiens nous ont invités à sortir de cet univers mental, à penser la foi hors de ces représentations fondées sur le surnaturel.

A L’autonomie

« Mais au seizième siècle commence à s’ouvrir une fissure dans l’unanimité avec laquelle on acceptait jusqu’alors l’existence de cet autre monde. Le développement de sciences exactes, qui débute en Europe à ce moment, amène la conviction que la nature suit ses propres lois lorsque la régularité de celles-ci peut se calculer, que l’on peut en prévoir les effets »[1]. Les philosophes des Lumières ne se libérèrent pas tous de cet univers mental hétéronome, mais ils prennent néanmoins leurs distances avec la religion pour laisser l’autorité à la raison qui pouvait à juste titre donner tort à l’Église sur sa conception du fonctionnement du monde. C’est bien Galilée qui avait eu raison de dire que c’est  la terre qui tourne autour du soleil et non le soleil qui tourne autour de la terre ! Condamné par l’Église en 1635, il ne fut réhabilité qu’en 1992 ! C’est dire combien il fallut de temps pour sortir de l’univers mental de l’hétéronomie.

L’individualité émerge

Luther a été l’un des premiers à affirmer l’affirmation de soi, à s’autoriser à penser par lui-même au risque d’être en opposition aux autorités religieuses du moment. Avant Luther, rares étaient les personnes qui osaient dire ce qu’elles pensaient si cela ne correspondait pas à ce que tout le monde croyait, et surtout à ce que l’Église en particulier affirmait. C’est l’Église qui imposait sa vérité. [2] Quand Luther ose dire comme le dit l’épitre aux Romains, que l’on est sauvé par la foi et non par les œuvres, il est sommé par l’Église de se rétracter.  Il répond : « Ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu. Je ne puis ni ne veux me rétracter, car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide ». Le prêtre qui dirige les débats lui avait alors répondu : « Abandonne ta conscience frère Martin ; la seule chose qui soit sans danger est de se soumettre à l’autorité établie ».       
Il faudra attendre plusieurs siècles avant que l’esprit de tolérance finisse par supporter que l’autre pense et croie ce que l’on désapprouve[3]. La liberté de conscience viendra encore plus tard. C’est l’individu qui s’impose comme norme sociale et non plus la société qui impose sa propre façon de penser.

La modernité   

La Réforme marque à coup sûr un tournant crucial. Ce fut, dit Marcel Gauchet,  un commencement. « La suite s’est jouée indépendamment d’elle et éventuellement contre elle »[4]. En effet la deuxième révolution religieuse de la modernité  s’est opérée au XVII e siècle en dehors de son inspiration directe. Cela se concrétisera d’ailleurs par la deuxième réforme qui débouchera sur le libéralisme théologique.

H.L.



[1] Rogers lenaers, Un autre christianisme est possible, Glias2011

[2] Pensons à Galilée, cet astronome italien qui a vécu à la fin du seizième siècle. Il avait observé qu’effectivement, comme le suggérait Copernic, la terre tournait autour du soleil. Comme l’Église pensait le contraire, il fut obligé de se rétracter. Condamné à la prison à vie, il finira assigné à résidence.(  Ce n’est qu’en 1992 que l’Église a fini  par le réhabiliter!) .

[3] L’Édit de Versailles (1787) autorise la construction de lieux de cultes pour les protestants à condition que leur clocher soit moins haut que celui de l’église catholique.- Wikpedia-.

[4] Marcel Gauchet, Un monde désenchanté, ed. De l’Atelier 2004.