La thèse de John Shelby Spong

Si l’on pense que Jésus est l’homme par lequel Dieu a pénétré la vie de ce monde, l’on doit pouvoir se faire une idée du Dieu qu’il révèle en l’écoutant. Le Dieu qu’il révèle  est très différent du Dieu que nous imaginons.
Spong en a conclu que l’idée que les Églises s’étaient faites de Dieu depuis 4 ou 5 siècles, n’avait rien à voir avec l’idée de Dieu que lui-même, Spong, s’en était faite en allant à la rencontre de Jésus. Il ne croyait plus que Dieu était en haut quelque part dans l’au-delà, pouvant intervenir dans le monde comme il le désirait, disponible pour exaucer les prières qu’on lui adressait, récompensant  ou punissant selon sa volonté.

Une malheureuse compréhension

Après l’avoir interviewé sur ses convictions religieuses, un jeune journaliste  publia un article qui disait : notre évêque est athée. Cela valut à Spong une quinzaine de menaces de mort. Il en déduisit  que le jeune journaliste était théiste et pensait que si l’on n’est pas théiste, on est athée. Spong ajoute : « quand je dis que Dieu était en Christ, ou quand j’affirme que je rencontre Dieu dans la personne de Jésus, ce que je veux dire est très différent des définitions théologiques du passé…Pour en arriver à  dire qui était Jésus, et même qui est encore et toujours Jésus, je dois aller au-delà de la définition traditionnelle théiste de Dieu ». Mais le théisme peut mourir sans pour autant que Dieu ne meurt.

Du big Bang à la création de l’homme

John Shelby Spong s’efforce alors d’expliquer l’origine du théisme. Il part de l’histoire du cosmos, de ses origines avec le Big Bang, décrit l’apparition de la vie, des êtres vivants, et enfin des humanoïdes il n’y a pas plus qu’un million ou deux d’années. L’évolution de cette forme de vie déboucha il y a cinquante à cent mille ans sur l’apparition des êtres humains qui, à la différence des autres êtres, avaient une conscience, la conscience d’être soi. Nos lointains ancêtres prirent en considération  la futilité de la vie, de  leur naissance à leur mort, et s’interrogèrent sur le sens de l’existence. Le théisme a été leur réponse.

Source du théisme

Le théisme est un mécanisme humain d’adaptation. Pour contenir et refouler l’angoisse née de la prise de conscience de l’impossibilité de donner un sens à sa vie, de la naissance et à la mort, l’être humain a trouvé une réponse dans la réalité de la présence d’un dieu théiste, qui possède la connaissance et les pouvoirs surnaturels capables de résoudre les problèmes insurmontables pour l’être humain si ce dernier sait gagner les faveurs d’un tel dieu.

De l’animisme au Dieu unique

L’animisme fut la première étape du cheminement de cette pensée par la prise de conscience qu’il devait y avoir une puissance qui animait  toutes les formes de vie, celle des plantes comme celle des animaux qui existaient sur terre. Les humains attribuèrent la conscience d’eux-mêmes à cette puissance qu’ils appelèrent l’esprit. Cet esprit, ou ces esprits invisibles étaient pourtant observables par leurs effets. Ils habitaient aussi bien les créatures vivantes que les forces vives de la nature. Telle fut l’ossature de l’animisme, l’ossature de la première religion.
« L’activité religieuse consistait à chercher à plaire à ces esprits et à éviter qu’ils se mettent en colère, afin qu’ils servent les besoins humains ». C’est ainsi que Spong imagine la naissance de Dieu, cette chose qui est dit-il, en dehors et au-dessus de notre vie, pourvue d’un pouvoir surnaturel. Telle est l’apparition du théisme.
L’animisme évolue, passe du polythéisme au dieu unique  qui dirige le monde en tant que dieu tribal, surveillant et protégeant la tribu qui le vénérait. Plus tard ce dieu devient un Dieu universel qui règne sur l’Univers. Le monothéisme est né.

Caractéristiques du dieu théiste

Ce Dieu surnaturel, superpuissant, situé hors de notre monde, capable d’intervenir pour bénir ou pour punir peut répondre aux prières, et venir en aide aux humains. L’angoisse humaine peut alors être surmontée. Les systèmes religieux se mettent en place pour dire comment faire pour gagne la faveur divine, mobiliser son assistance par un culte approprié et un comportement moral adéquat. Dans la tradition des Hébreux ces instructions furent inscrites dans les Tables de la loi.

La révélation divine

La sécurité est atteinte de façon définitive quand le système religieux proclame posséder la vérité ultime, la révélation divine. Soit cette vérité est révélée à un être humain comme un prophète, soit elle est dictée par écrit d’une façon occulte, hermétique (Le coran ?).  Détenir cette révélation, c’est obtenir la délivrance de l’angoisse. Les systèmes religieux ont pour seule raison d’être la recherche de la sécurité, non de la vérité. Ils interdisent de mettre en doute la doctrine de leur système.

Pour les premiers chrétiens, la vie de Jésus concrétisait le théisme

Les chrétiens du premier siècle crurent qu’ils avaient rencontré Dieu dans la vie de Jésus. Il concrétisait pour eux le théisme. L’histoire de Jésus est donc représentée comme le compte rendu d’un Dieu théiste, venant à notre secours en entrant dans notre monde en venant de l’au-delà. Il fallait un terrain d’atterrissage pour recevoir cette déité. Ce fut défini par la naissance virginale.  Pour eux Jésus  pouvait accomplir tout ce que Dieu pouvait faire, puisque il était Dieu sous une forme humaine. Il pouvait calmer les tempêtes, marcher sur l’eau, guérir les malades, multiplier la nourriture, ressusciter les morts. Ce Dieu qu’ils avaient rencontré dans la personne de Jésus les béniraient, réaliserait leurs prières, les accueillerait dans la vie éternelle au moment de leur mort. L’angoisse humaine avait totalement disparue.

Permanence actuelle du théisme

Les conceptions traditionnelles du christianisme ont gardé une compréhension théiste de Dieu, compréhension finalement humaine. Le théisme n’est pas du tout ce que Dieu est puisqu’il est une définition créée par l’homme.

La vision que nous devrions avoir de Jésus.

Si nous voulons vivre en chrétiens du XXIe siècle, le théisme moribond ne peut donner une signification crédible à l’expérience que firent les disciples à la rencontre de Jésus. Il nous faut donc séparer l’homme Jésus historique de son mythe. Il nous faut séparer le Dieu appréhendé par le théisme  de l’expérience  de Dieu vécue par Jésus. Le regard que nous pouvons porter  sur l’expérience qu’ont  vécue les  disciples avec Jésus est essentiel. Spong l’exprime de la façon suivante : « Qu’est-ce donc ce que les disciples avaient éprouvé, quel a été l’expérience qu’ils tentèrent d’exprimer quand ils déclarèrent de mille façons différentes, que dans ce Jésus humain, le Dieu théiste leur avait révélé ».