Pourquoi Paul a t il déclaré que le juste vivra par la foi ?

Ernest Winstein [1] en donne la raison. Paul, Juif instruit des Écritures, est convaincu que Jésus est bien le messie qui reviendra bientôt pour libérer Israël et que les non-juifs vont être perdus à jamais. En effet Esaïe l’avait dit [2] : seuls ceux qui confessent leur foi dans le Dieu d’Israël seront sauvés. Paul est inquiet pour les païens incirconcis qui se sont donné au Christ. Ils ignorent tout de la loi à laquelle doit obéir tout bon Juif. Vont-ils être perdus à jamais au retour du Christ ? Non, leur déclare-t-il, car le juste vivra par la foi.

Pourquoi Martin Luther a-t-il repris cette affirmation à son compte ?

Quinze siècles plus tard Martin Luther est dans un tout autre contexte. L’image du purgatoire et de l’enfer était source d’angoisse pour ses contemporains et pour lui-même. L’Église catholique assurait le salut des âmes à ceux qui gagneraient leurs mérites en achetant par exemple des indulgences censées diminuer la durée de vie au purgatoire. Avec Martin Luther le salut acquis gratuitement par la foi était  le chemin offert de leur libération.

Aujourd’hui la question du salut importe peu.

Cinq siècles après Martin Luther, la quête du salut, qui le préoccupait au plus haut point, n’est plus la nôtre. Qui croit encore à l’enfer ? Plus grand monde ! De même, personne ne pense plus que le peuple d’Israël soit la voie du salut pour le monde entier. Ce qui préoccupe l’homme moderne, héritier des Lumières, c’est le sens à donner à sa vie. Nous avions cru au progrès. Nous avions foi dans la croissance infinie. Mais voici qu’une croissance infinie dans un monde fini conduit à la catastrophe planétaire. Ne resterait-il que la réalité de l’absurde ?

L’héritage actuel de Paul et de Martin Luther.

L’apôtre Paul nous a appris qu’être en vis à vis de Dieu, croire en Dieu, donne à chacun un statut, la conscience d’avoir une place unique dans le monde. Martin Luther nous a permis de prendre conscience de notre autonomie, d’exister en être responsable et libre, et non plus comme un petit pépin qui n’existerait qu’en tant que partie infinitésimale intégrée dans le tout d’une grappe de raisin. Nous ne croyons pas davantage que le salut nous est accordé mécaniquement sans que nous soyons concernés.  « Le salut ne tombe pas du ciel [3]».

Où nous conduit donc notre foi ?

La foi qui nous met en route c’est la conviction que du plus profond de notre être, Dieu est là, nous redit sans cesse que notre vie ne se limite pas à notre vie physique et qu’elle a un prix inestimable. Il suffit donc d’avoir « le courage d’être » avec cette force que Dieu met en nous, pour assumer notre part de responsabilité vis-à-vis des autres et vis-à-vis du monde qui vient, en synergie, en harmonie autant que possible avec la volonté divine qui nous veut libre et heureux. Alors la plus petite des expériences de notre existence est reprise, intégrée dans une autre réalité qui participe à une évolution continue en harmonie avec Dieu et l’univers, au-delà de notre mort.

H.L.



[1] Ernest Winstein, UEPAL, Président de l'Union protestante libérale, Strasbourg.

[2] Ésaïe 45, 22 : « Tournez-vous vers moi et soyez sauvés, vous tous les confins de la terre, car c’est moi qui suis Dieu ».

[3] Ernest Winstein